Aubois très célèbres


Camille Claudel  


Il y a encore une quarantaine d’années, le nom même de Camille Claudel était inconnu de nombreuses personnes. Paul, oui, bien sûr, son frère, écrivain, diplomate et académicien !

Mais Camille ? Heureusement, la ville de Nogent-sur-Seine a fait beaucoup de publicité, et aujourd’hui qui ne connaîtrait pas Camille Claudel sculpteur champenois ? Cette ville construit un Musée Camille Claudel, qui devrait ouvrir au printemps 2016.

         Camille Claudel fut 30 ans sculpteur à Paris et 30 ans, jusqu’à sa mort, enfermée dans un asile psychiatrique.

Camille Claudel connut Auguste Rodin dans tous les sens du terme, et aima et sculpta à en perdre la raison.

Camille eut le malheur, dès sa naissance, de ne pas être aimée, du moins de sa mère. Le ménage Claudel avait perdu un premier fils âgé de 15 jours, et la mère ne s’en remettait pas.

          Rapidement, Camille prit son frère pour témoin de sa passion violente qui l’envahissait lorsqu’elle parcourait la campagne et les forêts environnantes, forêts parsemées de blocs de rochers auxquels son imagination donnait des noms et prêtait des attitudes. Elle rentrait chez elle, les mains et le tablier souillés d’argile et de boue, puis s’enfermait sous les reproches maternels, pour sculpter des mains, des visages, des bustes.

Le hasard de la situation de M. Claudel les emmena à Nogent-sur-Seine où ils connurent le sculpteur Alfred Boucher. Le père de Camille lui montra les bustes qu’elle avait déjà modelés et Alfred Boucher, enthousiasmé devant ce jeune talent, l’encouragea vivement. Orgueilleuse, elle ne doutait pas de son art et, à 16 ans, avait déjà réalisé un « David et Goliath », un buste de leur servante « Hélène », et ceux de toute la famille, qu’elle obligeait à poser pour elle. On ne dira jamais assez que la fréquentation d’Alfred Boucher eut d’impact sur l’art naissant de Camille. Alfred Boucher la présenta au directeur des Beaux Arts Paul Dubois qui lui dit : « Vous avez pris des leçons avec M. Rodin ? », et Camille de répondre : « Qui est-ce ? », prouvant ainsi, sans le savoir, qu’elle n’imitait personne.

         C’est à 19 ans, en 1883, que Camille fait la connaissance de Rodin, venu remplacer Boucher parti en Italie. Il constate rapidement ses dons exceptionnels, l’aide au point de vue technique, s’aperçoit vite qu’elle a très peu besoin de lui et cet homme de 43 ans tombe amoureux de sa belle et talentueuse élève. Leur passion semble vite partagée d’autant plus qu’elle se double de la passion de leur travail.

         Pendant plusieurs années, auprès de lui, elle s’acharne au travail, est manifestement plus une collaboratrice qu’une élève et réalise des œuvres déjà remarquées. En 1888 elle expose au Salon des Champs-Elysées sa première grande œuvre : le « Sacountala », inspiré d’une légende indienne : l’amant retrouve sa maîtresse après l’avoir cru perdue. Cette œuvre magnifique fut reconnue comme un chef d’œuvre et son auteur comme un grand sculpteur.

         Rodin, reconnu comme leur maître à tous, reçoit des commandes. Comment vivre sans ? Pour Camille, rien ! Il entreprend « Les Bourgeois de Calais », se sert de Camille pour les mains et les pieds où elle excelle.

Camille souffre dans son amour. Rodin a une maîtresse, Rose Beuret qui partage sa vie depuis au moins 20 ans et dont il a un fils. Chaque soir il rentre donc auprès de Rose qui autrefois passait l’éponge sur ses incartades, lorsqu’il se contentait de ses modèles.

Dès 1893, elle décide de séparer ses activités de celles de Rodin et prend un atelier à elle. C’est là qu’elle sculptera entre autres « le buste de Rodin », une allégorie « Clotho » et un couple appelé « La Valse ».

Elle apprécie pendant quelques temps l’amitié profonde ou peut-être l’amour que lui vouera Claude Debussy.

Elle s’acharne au travail, dort peu, se nourrit mal. Sa personnalité et son talent ne vont pas sans provoquer des heurts avec Rodin. Elle qui était si belle, devient grosse et empâtée, sa santé commence à chanceler. Elle manque de commandes, donc d’argent. Elle sculpte un admirable bronze, « Le Dieu envolé », appelé aussi « L’implorante ».

Peu à peu, le chagrin, la jalousie, la déception, tendent à diminuer le génie créatif de Camille. Pourtant, elle va présenter « Les Causeuses » au Salon du Champ de Mars, en plâtre puis en onyx : elle est la première femme à s’attaquer au marbre, même Rodin ne l’a pas fait ! Dans le même style, elle compose « La Vague » : 3 jeunes filles se baignent sous cette vague de jade qui va les recouvrir. La critique est enthousiaste.

Mais, Camille n’a pas de commandes. Pour l’aider, Rodin lui envoie à terminer des bustes commencés par lui et que bien entendu, il signera.

En 1898, c’est la rupture définitive, elle a 34 ans, elle végète, sans argent, déménage, poursuivie par les commerçants, par les fournisseurs de pierre, de marbre, par les fondeurs de bronze, par ses praticiens qu’elle ne paie pas.

Cependant elle termine un groupe important : « L’âge mûr ».

Sa santé s’altère, elle se replie sur elle-même dans un pauvre logis d’où elle s’enfuit parfois après avoir brisé ses propres œuvres pour que Rodin, dit-elle, ne les lui vole pas ! Elle se néglige, ne se coiffe plus, et le 10 mars, 1913, des ambulanciers de l’asile psychiatrique de Ville Evrard la trouvent nue derrière sa porte.

On l’emmène, elle ne sculptera plus.

Ainsi s’achève l’histoire de cette femme qui fut sans doute la plus grande femme sculpteur !

         En 1943, elle fait un infarctus et meurt, seule : personne ne vient à son enterrement.

Quelques années plus tard, Paul écrira à l’asile pour récupérer le corps de sa sœur et le mettre auprès de ceux de sa famille. On lui répondra que l’emplacement même de sa tombe a disparu : les services de la municipalité en avaient eu besoin.

Elle meurt donc 25 ans après Rodin. Rodin qui avait désiré, car il l’avait aimée et savait son génie, que son œuvre soit honorée auprès de la sienne.

         Camille fut sa vie durant une mal aimée, du moins, pas aimée à son goût. Elle aurait voulu épouser Rodin, l’avoir à elle seule : Rodin ne voulut pas quitter Rose Beuret, à cause de son fils. Elle aurait aimé être une artiste à part entière, mais y avait-il place pour 2 génies ? Et Rodin, qu’elle ne nomma jamais que M. Rodin, Rodin, prétendait-elle, l’avait volée, s’était servi de ses idées. Rodin s’était enrichi à ses dépens. Rodin, ce pelé, ce galeux, d’où lui vint tout le mal. 

Une exposition lui avait été consacrée à Paris en 1886, dans la chapelle proche de l’Hôtel Biron où trône Auguste Rodin. Toujours à l’ombre du grand homme.

         Un lycée de Troyes porte le nom de Camille Claudel.

 


Lycée Camille Claudel
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