Aubois très célèbres


Albert Gabriel


 

Albert Gabriel naît le 2 août 1883. Le père de sa mère, cultivateur aisé, apparenté aux Lapérouse, a fondé à Paris un restaurant appelé à devenir célèbre.

 

Madame Simon,  grand-mère maternelle d’Albert, jouera un rôle important dans sa vie : très âgé, il en parle encore avec tendresse et émotion. Berthe Simon épouse un jeune maître d’œuvre, Eugène Gabriel, originaire de Clérey, où son père est cultivateur-arboriculteur. Il étudie dans le cabinet d’architecture de M. Dormoy. Il joint à une grande habileté de dessin, une connaissance pratique profonde de son métier d’architecte qu’il exerce toute sa vie à Bar-sur-Aube, avec succès. Quoi qu’il n’ait que 4 ans, Albert devient écolier en 11ème, où il apprend rapidement à lire et à écrire.

A 10 ans, Albert Gabriel est brillamment reçu au certificat d’études. Il rêve de préparer l’Ecole navale et d’être marin, puis, d’être astronome. De la classe de 6ème à celle de mathématiques-élémentaires, Albert fait des études solides et brillantes, toujours à la tête de sa classe. Aux palmarès de la distribution des prix du collège de Bar-sur-Aube, il a toujours le prix d’Excellence. Il y noue des amitiés qui durent toute sa vie : Gaston Bachelard, le docteur Louis Legendre, René Vallois, archéologue, professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux, Paul Evrard, Brivois… L’un de ses professeurs écrit : «... j’ai reçu un jeune externe, toujours tiré à quatre épingles, au visage grave et paraissant soucieux, où seuls parfois souriaient, beaucoup plus que ses lèvres, deux yeux d’un bleu remarquable. Nous l’appelions l’Ange, non pas à cause de ses yeux, mais bien à cause de son nom de Gabriel, qu’il devait illustrer plus tard...».

M. Eugène Gabriel avait acheté une belle maison ancienne à Bar-sur-Aube, mais délabrée et déchue, qui exigeait une remise en état complète. Le jeune architecte prend son temps pour la réparer, avec un très grand soin et jusque dans les détails. Il en fait une demeure accueillante. Sa carrière est toute tracée : il sera architecte comme son père : il lui succédera.

En 1900, il entre à l’Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris, section d’architecture, il a 17 ans. Il y fait des études remarquables, est nommé massier de son atelier, obtient en 1903, le prix Jean-Leclaire de l’Académie des Beaux Arts. Son professeur le destine au grand concours du Prix de Rome. C’est aussi un aquarelliste remarquable. Pendant ses vacances, il effectue de longs voyages d’étude en Italie, Belgique, Hollande, Allemagne, Danemark, Espagne

Fin 1907, l’Ecole française d’Athènes offre une place d’architecte pour collaborer aux fouilles de Délos. C’est l’affaire d’un an ou deux. Le poste est mis au concours. Son professeur lui conseille de poser sa candidature et écrit sur le champ une lettre de recommandation qu’il le charge de porter à M. Holleaux, directeur de l’Ecole d’Athènes, alors à Paris. Il l’invite en même temps à présenter quelques spécimens de ses travaux. Albert Gabriel, 25 ans, va rencontrer ce directeur, qui partait à une réunion officielle : « Je n’ai guère le temps de vous recevoir, entrez un instant ». Le maître lit la lettre, parcourt des yeux les plans et les dessins, puis se retourne, frappe l’épaule du jeune homme, et dit d’une voix cordiale : « Il n’y aura pas de concours ! Ce n’est plus nécessaire, vos dessins me suffisent, je vous prends ».

En 1908, Albert Gabriel visite Istanbul et Brousse, et il est ébloui. C’est alors que le maître de ses travaux lui dit : « Votre vocation, c’est l’enseignement». C’est de ce moment qu’il décide qu’il sera à la fois archéologue et professeur. Il rejoint l’école d’Athènes, se perfectionne dans le grec ancien, apprend le grec moderne, et participe aux fouilles de Délos. Il est chargé de mission à Rhodes où ses travaux s’appliquent à l’architecture civile et religieuse, telles les défenses et l’œuvre des Chevaliers de Rhodes.

Il travaille à Paris pendant l’hiver 1909-1910, et, dans l’été repart à Délos. En 1911, il commence l’étude des remparts de Rhodes, où il est chargé de la restauration du monument appelé « l’auberge de France », classé comme monument historique français. En 1914, il passe sa licence ès lettres en histoire et géographie, puis est mobilisé dans la Marine en Orient, servant, à la demande expresse de l’ambassadeur de France en Turquie, comme officier interprète polyglotte, près de Rhodes.

En 1923, il est maître de conférences d’histoire de l’art à la Faculté des lettres de Caen, en 1925, à l’université de Strasbourg et en 1926, professeur à l’université d’Istanbul. Il se consacre alors entièrement  à la Turquie, est nommé premier directeur de l’Institut français d’archéologie créé à Istanbul, accomplit des missions en Irak et en Iran, et d’importantes campagnes de fouilles à Palmyre, en Haute Mésopotamie, en SyrieAlbert Gabriel, dirige pendant de longues années l’Ecole française d’archéologie d’Istanbul, et est le conseiller fort écouté du gouvernement turc pour toutes les questions d’art et d’urbanisme.

Pendant plus de 20 ans, il dirige les fouilles de Phrygie, d’une énorme complexité, avec une nécropole préhistorique, un niveau de l’Empire Hittite, il recueille des monuments rupestres, des reliefs hittites, des œuvres architecturales de la Cité de Midas… De son œuvre considérable qui fait sa réputation internationale, il nous reste, avec de très nombreux articles, 18 volumes consacrés aux monuments d’Anatolie, de Palmyre, de Rhodes, aux Mosquées de Constantinople… Ses ouvrages sont remarquablement illustrés de ses dessins, de ses aquarelles et de ses photographies.

En 1941, Albert Gabriel est professeur au Collège de France à la chaire d’histoire des arts de l’Orient musulman.

En 1954, il est élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, mais déjà membre de l’Académie des Beaux Arts et de l’Académie d’architecture. En 1960, il est élu à l’Académie Royale des sciences, des lettres et des beaux arts de Belgique. Ses cartons contiennent des richesses insoupçonnées. Il avait un culte pour la vieille ville de Bar-sur-Aube et il conservait en portefeuilles, notamment ses dessins des vieilles façades, de vieilles girouettes disparues… il pensait avec Bachelard, que les rives de l’Aube, avec en arrière-plan le mont Sainte-Germaine, étaient le plus beau paysage du monde.

 

         Albert Gabriel décède le 23 décembre 1972, dans sa 90ème année. A ses obsèques, la Turquie est représentée par le 1er conseiller de l’ambassade de Paris et par le 1er secrétaire. Il repose aux côtés de sa sœur et de son frère, à quelques mètres de la dalle de Gaston Bachelard.

 

Il a donné son nom à une rue de Bar-sur-Aube, et à l’un des principaux immeubles de la cité Gaston Bachelard.            

 

 

 

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