La vie à Troyes


Transports publics


Les voies et les moyens de communication sont en rapport avec l’état social, économique et politique d’un pays et d’une époque. Lorsque le morcellement administratif du moyen âge succède à l’unité romaine, les grandes voies de l’empire cessent d’être entretenues d’une manière régulière, les ponts tombent en ruines, et, quand les seigneurs ou les villes les réparent, les péages qu’ils établissent sous le prétexte de les entretenir, mettent de nouveaux obstacles à la circulation. Il n’y a pas de grands services nationaux, pas de transports publics, si ce n’est sur les fleuves et les rivières que remontent les bateaux. On ne voyage guère qu’à pied ou à cheval, et ces modes de voyage sont tout à fait individuels. Des cavaliers peuvent s’associer pour marcher en troupe, mais pour un long trajet, il faut un cheval par cavalier. Quand un prince, un seigneur, un riche marchand, une communauté ou une ville veulent correspondre au loin, il leur faut faire porter leurs dépêches par un envoyé spécial. En 1358, à une époque de guerre et de troubles civils, le conseil communal de Troyes, en dehors d’un message envoyé à tous les capitaines et châtelains du bailliage, ne fait faire que 5 courses pour porter ses lettres. Les seigneurs et les bourgeois qui se chargent des dépêches de la ville, ne font pas de grands voyages ; leurs plus longs trajets ne dépassent pas 30 ou 40 lieues. Châlons, Auxerre, Melun et Paris sont les points les plus éloignés qu’ils atteignent.

En 1495, on trouve pour la première fois à Troyes, un « chevaucheur d’écurie », qualifié de « poste en l’écurie du roi ». Il n’a pas, comme le décrète l’arrêt du conseil de 1464, 4 ou 5 chevaux de légère taille, bien harnachés, et « propres à courir le galop » ; il n’a qu’un cheval, et quand il est en course, il faut le remplacer. La municipalité s’adresse à des sergents pour leur faire porter des lettres du roi, « pour ce que la poste du roi estait autre part », ou « pour ce que la dite poste n’estait pas à la ville ». Ces postillons du roi ne sont d’aucune utilité pour la municipalité et pour le public. Aucun service de postes n’est organisé, quoique Louis XII ait voulu que la commune de Troyes tienne de bons chevaux prêts pour le service des gentilshommes. Il faut toujours s’adresser à des messagers spéciaux, et, à leur défaut, recourir à l’obligeance de certains voyageurs, à l’entremise de négociants ou de conducteurs de marchandises.

 Dans la première partie du XVI° siècle, l’état des routes est tel qu’on ne voyage qu’à pied et à cheval.Les nobles dames et les personnes âgées se servent aussi de litières, et ce genre de transport persiste jusqu’au milieu du XVIII° siècle.

 A Troyes, la ville et quelques négociants ont recours aux « chasse-marées », qui pendant la plus grande partie du XVI° siècle, font régulièrement le voyage de Paris. C’est ainsi que par l’un d’eux, la municipalité envoie, en 1550, à Paris, les comptes relatifs aux fortifications pour les faire examiner par les commissaires royaux. En 1553, la ville de Troyes est tenue de réparer les chemins de Pont-Sainte-Marie, dans le but de «faciliter le passage des postes du roi ».  

 On a peine à s’expliquer comment l’état défectueux des routes permet à une ville située à 90 lieues de la mer, de s’approvisionner de marée fraîche. Ce genre de commerce est encouragé par l’échevinage, en 1494. Le chasse-marée, Jean Castellain, apporte du poisson d’Abbeville. Le trajet est long, les risques nombreux, le profit mince, car on est obligé à lui accorder de fréquentes subventions. Plus tard, lorsque les coches sont organisés, les conducteurs de ces coches, prenant parfois le titre de messagers et chasse-marée, transportent le poisson de mer. A la veille de la Révolution, on essaie de rétablir le service spécial des chasse-marées. Mais quoique l’état des routes se soit beaucoup amélioré, on y renonce rapidement. En effet, le poisson qui devait être livré 3 jours après avoir été pêché, n’est mis en vente qu’au bout de 7 jours.

C’est à cheval que se rendent à Paris les députés que l’Echevinage ou le Chapitre y envoient pour traiter leurs affaires. En principe, le trajet se fait en 4 jours à l’aller et 3 au retour. Comme il n’y a pas de moyens de transports à l’usage du public, et qu’une lettre exige le voyage d’un messager, on trouve plus simple d’envoyer chercher la personne avec laquelle on veut conférer, que de lui écrire de venir. C’est ainsi qu’en 1506, le Chapitre de la cathédrale, désirant consulter son architecte qui réside à Beauvais, lui envoie un cheval destiné à lui servir de monture pour l’amener de Beauvais à Troyes.

  En 1520, lorsque la ville de Troyes envoie à François 1er, à titre de présent, une statue équestre d’Hector en argent ciselé, elle la fait transporter par 3 hommes jusqu’à Dijon, sur une civière garnie de sangles et d’épaulières.

 On peut aussi mettre des marchandises sur des chariots ou des charrettes, mais l’usage n’en est ni fréquent ni régulier.

  Aux Etats d’Orléans, en 1560, les députés de Troyes se font suivre d’un voiturier qui transporte leurs bagages et leurs lits. Eux-mêmes les précèdent à cheval.

 Les voyages à cheval et à petites journées restent en usage jusqu’à la Révolution, surtout lorsque ces voyages sont de courte durée et qu’ils doivent s’effectuer sur les chemins de traverse. Mais dans la seconde moitié du XVI° siècle, une grande amélioration s’introduit dans les moyens de transports. Les voitures peuvent circuler sans obstacle sur les grandes routes qui relient Paris aux principales villes situées dans un rayon de 40 lieues.

 Deux progrès importants se produisent simultanément : la meilleure condition des routes et la création de transports publics, où les bourgeois peuvent trouver, à un prix modéré, des facilités de circulation que ne connaissaient pas leurs pères.

 Pendant 100 ans, de 1676 à 1776, il y a peu d’amélioration dans le service des voitures. Les carrosses, qui contiennent 8 places, marchent plus rapidement que les coches, qui subsistent pour le transport des voyageurs peu aisés et des marchandises peu encombrantes. Mais, malgré le progrès des routes, la rapidité n’augmente guère, et la régularité laisse toujours à désirer.

En 1767, les loueurs sont au nombre de 9 à Troyes.

En 1777, la diligence part de Troyes à 5 h du matin, le dimanche, pour arriver à Paris le lundi à 6 h du matin, l’été. L’hiver, elle n’arrive qu’à midi. Faire le trajet en 25 heures, à moins de 2 lieues par heure, est le plus beau résultat qu’on peut obtenir. Le prix de la diligence est élevé : 30 livres 8 sous dans l’intérieur, à raison de 16 sous par lieue. Dans le cabriolet, on ne paie que 19 livres. La diligence, malgré sa lenteur relative, excite l’admiration des contemporains.

 Si l’on n’a pas un cheval à soi, la poste et les voitures de louage sont coûteuses.

 Si les nobles et les riches bourgeois peuvent recourir aux chevaux de poste, qui coûtent pour un voyageur seul environ le double du prix de la diligence, les marchands, les personnes pour qui l’économie est une nécessité, peuvent aller prendre le coche d’eau à Nogent-sur-Seine. En 1703, des coches d’eau circulent de Troyes à Paris. Ils remontent la Seine en 5 jours, et prennent 3 livres 10 sous par personne aux voyageurs.

 L’Etat a sans doute eu le tort de s’emparer d’une manière absolue de tous les services, mais, s’il ne les a pas toujours suffisamment stimulés, il a lutté contre l’égoïsme local, qui s’opposait aux améliorations des moyens de communication, sous prétexte qu’elles augmenteraient le prix des denrées ; il a surmonté les résistances inspirées par l’esprit de clocher ; il a perfectionné les routes ; il a supprimé ou racheté les péages, dont les abus et les exactions existaient encore au commencement du XVII° siècle ; il a rendu la transmission des lettres plus régulière et plus sûre ; sous Turgot, il s’est efforcé d’augmenter la rapidité des voitures publiques.

 

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