La vie à Troyes


Les Mendiants à Troyes

  "Les pauvres sont, selon un grand écrivain, les muets de l’histoire. Ils n’ont ni le souci, ni les moyens de se raconter. La tâche de l’historien est bien sûr de combler cette absence ".

 

De tout temps, la mendicité a été considérée comme un fléau social. On a pu l’enrayer, sans pouvoir la supprimer.

 

En 1371, le maire de Troyes fait arrêter les mendiants et les enferme.

 

Au recensement provoqué par la famine de 1482, il y a 3.000 mendiants à Troyes.

 

L’hiver 1521, le maire nourrit les mendiants dans leurs maisons, leur interdisant de mendier, sinon ils sont bannis et expulsés par le bourreau.

 

En 1530, avec l’épidémie de peste, la mendicité est considérable : 4.000 battent le pavé de la ville. Le Maire crée l’" Aumône Générale ", et les mendiants ne s’assemblent plus que 2 ou 3, à peine d’être fouettés sur la place publique, piloriés et rasés. Si une personne leur eut fait l’aumône elle est passible de 10 écus d’amende.

 

En 1564, la ville a son Bureau des pauvres, c’est la première assistance publique municipale, mais elle ne nourrit que ses pauvres, et encore, doivent-ils travailler pour gagner leur vie.

 

Au XVII° siècle, les coureurs de chemin qui n’ont ni toit ni emploi, ni ressources, sont prestement expédiés aux galères. Ils rament et on les nourrit, sans trop d’égards. Cette pharmacopée brutale, paraît efficace.

 

La ville de Troyes connut d’affreux moments.

En 1653 les vagabonds doivent quitter la ville, sinon ils seront fouettés sans autre forme de procès, et il leur est interdit de mendier dans les églises.

 

Lors de la famine de 1695, le tiers des habitants mendie, soit 6.679 sur 18.229, soit 36,64 % de la population totale.

A cette période, l’activité économique du pays est paralysée par l’accroissement des charges fiscales et par de mauvaises mesures douanières. Le protectionnisme outrancier préconisé par Colbert a provoqué des représailles de la part des gouvernements étrangers. La mévente des vins auxquels le marché anglais se ferme de plus en plus, provoque une crise grave dans le vignoble champenois.

 

En 1697, l’intendant Larcher écrit qu’il voit la misère depuis 5 ans qu’il est en Champagne. Des émeutes éclatent contre la perception des droits sur les vins. Le 6 mai, il avait déjà remarqué que nous étions épuisés par les " enlèvements de grains " effectués pour Paris ou pour les armées. Les prix augmentent de ce fait à chaque marché. Troyes se remplit de pauvres que les bourgeois ne peuvent plus soutenir.

 

Jusque vers 1700, la répression des mendiants et vagabonds est le fait des mesures d’origine locale, prise par les échevinages. Au XVIII°, la lutte se fait à l’échelle du royaume. Une déclaration du Roi de 1700 prévoit de " renvoyer aux champs ceux que la stérilité des années 1693 et 1694 avait chassé de la campagne pour aller chercher dans les villes les Aumônes Publiques… et que la plupart ont négligé de retourner à leur travail, et élèvent leurs enfants dans cette paresse… mendiants valides doivent travailler à la moisson, vendange et autre travail rural pour subsister… "

 

En 1709, le maire déclare la mendicité comme délit de droit commun. Ainsi, une femme qui mendie en récidive, est enfermée 3 mois, et marquée au fer rouge de la lettre M comme mendiante !

  

En 1770, " les pauvres se trouvent dans la misère par la cherté et rareté des grains ".

 

En 1772, Troyes et ses faubourgs contiennent 3.300 maisons qui renferment : 39 feux nobles, 4.333 feux roturiers, 1234 demi-feux roturiers, soit 5.606 feux au total.

En 1778, 1.209 foyers soit 4.400 personnes sont pauvres, contre 5.275 foyers comportant 13.950 personnes.

 

En 1787, le traité de commerce franco-anglais favorise l’entrée en France des cotonnades anglaises et frappe de droits de douane les produits français similaires, ce qui porte un rude coup à la fabrique troyenne. Le chômage prend une grande extension : " au 1er janvier, il y a plus de 2.700 métiers qui tombent à 1.500 en octobre. 9.000 personnes sont sans travail ".

 

         Dans le monde des pauvres, on trouve aussi les victimes de la maladie, de l’âge et de la solitude, qui nous rappellent l’exactitude de la définition du pauvre : " celui qui n’avait que son travail pour subsister ".

 

Les listes d’aumônes ou de distribution de secours disent d’abord le malheur des infirmes. On y trouve des incurables, comme ce pauvre nommé Jean Epinglie. Il est qualifié de faible d’esprit sur le registre de distribution d’aumônes. A cet effet on l’a placé chez une dénommée Chrudey qui reçoit chaque mois 50 sols pour sa subsistance.

 

On note aussi l’aide accordée aux gens qui sont dans le besoin temporairement, comme la femme de Jean Buse : " elle reçoit 30 sols par mois, jusqu’à la guérison de son mari. Ayant arrêté son activité professionnelle, ce dernier ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille, n’ayant aucune réserve ".

 

Nous remarquons aussi combien sont nombreux les artisans réduits définitivement à l’indigence par un accident : " trois manouvriers blessés lors d’un accident survenu pendant qu’ils travaillaient à la corvée, à tirer les graviers derrière le couvent des Carmélites du faubourg de Croncels, pour réparer les chaussées de cette ville. A cet effet, l’Assemblée consulaire leur octroie un dédommagement en décidant qu’il sera payé aux blessés qui ne mourront pas de leurs blessures, une somme proportionnelle au préjudice que chacun des dits blessés souffrira de ses blessures ".

 

Les problèmes des vieillards sont très comparables, puisque pour eux aussi, la misère est le résultat de leur impossibilité à travailler. Au XVIII° siècle, les registres d’entrée des mendiants à l’Hôtel-Dieu Le Comte nous fournissent un grand nombre d’exemples de présentations volontaires ou d’arrestations de pauvres trop vieux pour subvenir à leurs besoins en travaillant. Ainsi le cas d’Antoine Mory, âgé de 80 ans : " borgne de l’œil droit, amené par les archers des pauvres à l’Hôtel-Dieu le 11 septembre1724. 4 jours plus tard il est transféré à la Santé pour y être nourri pendant sa vie comme invalide, incapable de travail. Il décède le 19 décembre 1726 ".

 

En 1987, la troyenne Marie-Pascale Ragueneau crée l’association L’outil en main. Eh bien sachez que deux siècles avant, cela existait déjà dans les hôpitaux troyens. Ainsi, en 1779, Jacques Surge, ancien chaudronnier, âgé de 73 ans, entre à l’Hôtel-Dieu " à la charge de s’occuper de sa profession, et la faire découvrir aux jeunes enfants qui y sont également enfermés ", son expérience professionnelle étant utilisée pour faire passer un savoir aux plus jeunes.

 

De même, Sabine Thérèse, est reçue en 1757, à l’âge de 75 ans, à l’Hôtel-Dieu Saint-Nicolas. Elle montre la filature aux jeunes enfants, et elle le fait aussi à l’Hôpital de la Trinité.

 

Il faut aussi ajouter l’aide aux victimes de la solitude, c’est-à-dire les veuves, très nombreuses sous l’Ancien Régime : entre 1769 et 1789, il y a 77 veuves pour 131 femmes (59 %). Ainsi, dans le menu peuple, une femme qui devient veuve, n’ayant plus que son faible salaire pour vivre, et ne trouvant point à se remarier, rencontre des difficultés pour subvenir à ses propres besoins et ceux de ses enfants à charge. On voit donc de nombreuses veuves demander assistance aux hôpitaux. Avec un deuxième salaire, aussi humble soit-il, il était plus aisé de faire face aux dépenses de la famille. A la fin du XVII° siècle, l’Aumône générale de Troyes est très active dans le secours des veuves : outre des distributions régulières de pain et d’argent, elle confie aux veuves des enfants qui sont à la charge de l’Hôtel-Dieu. Ainsi, elles reçoivent mensuellement une somme d’argent pour l’entretien de ces derniers.

 

Au XVIII° siècle, les pauvres (mendiants et vagabonds compris), sont alors considérés comme des groupes sociaux dangereux, des êtres asociaux.

 

Le Conseil Municipal institue en 1850 une Commission pour "l’extinction de la mendicité ".

 

Napoléon fait apposer une plaque de fonte à l’entrée et à la sortie des localités. On y lit : " La mendicité est interdite dans le département de l’Aube ". Cela est inopérant, et les plaques, devenues historiques, sont décrochées par les brocanteurs.

 

Avec la Sécurité sociale, et les retraites ouvrières, le nombre des malheureux s’est considérablement amoindri. Le Secours catholique répartit des aumônes aux plus malheureux, et il y a l’Espace Baltet : un abri de nuit pouvant accueillir jusqu'à 19 personnes, en chambres de 2 ou 3 lits (durée moyenne de séjour, 13 jours), une cantine sociale, un vestiaire et une antenne médicale. Un bon repas est fourni et peut être renouvelé 2 fois. Les bons sont délivrés par la police, et ils sont alors pris en charge par la ville. D’autres sont fournis par le Secours catholique, et bien entendu réglés par cet organisme. Et il y a toujours les Resto du cœur.

 

L’asile de nuit de la rue Turenne leur est ouvert, à condition qu’ils ne dépassent pas 3 nuits consécutives.

Mais il reste des cas incurables.

 

En général, les mendiants se postent à l’entrée des églises lors des offices, de préférence à la cathédrale.

 Celui qui arrive le 1er se poste au côté droit de la grille, le côté de la main qui donne. Dès qu’il en vient un second, la concurrence est à redouter, l’un fait tort à l’autre, car rares sont ceux qui donnent 2 fois, coup sur coup. Le troisième est franchement indésirable pour les 2 premiers. Ils le refoulent devant une porte intérieure, dans l’obscurité. Ceux qui sortent ne le voient pas et il ne récolte pas grand-chose. A la sortie, on peut entendre leurs réflexions :" C’est plutôt maigre », " Ils ne me reverront plus ", " Dimanche prochain, j’irai à Saint-Nicolas, c’est dans un beau quartier, ils seront peut-être plus donnants "…

 

Il y a aussi de bonnes places, devant la FNAC, devant Monoprix ou entre les composteurs du parking du marché central…

 

Ils adoptent des attitudes contrites. Un jeune baisse la tête et tremble de honte. Le vieux malin pleure sa pauvre femme malade, qui n’existe pas. Un autre balance un écriteau sur lequel est griffonné ces mots lamentables : " J’ai faim ".

 

Rien n’est plus facile que de se mettre mendiant : pas de formalité, pas de papier à produire, pas de démarches à effectuer. C’est un droit que l’homme acquiert en naissant.    

Une étude effectuée par l'Insee en 2005, fait état de 35.000 pauvres dans l'Aube.

 

En 2012, on rencontre toujours des mendiants, appelés aussi SDF, non seulement à Troyes ou en France, mais dans tous les pays du monde.

 

Jacky Morin, maire-adjoint de Troyes, a fait prendre un arrêté municipal le 15 septembre 2011, appelé " anti-mendicité " ! 

 

 


 

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