La Bonneterie

La vie à Troyes



Ets Valton - Petit Bateau


Grâce à Louis et Marie-Madeleine Boucraut et au chanoine Alfred Valton, à partir d’une masse de documents, conservés avec le plus grand soin de génération en génération, c’est l’histoire d’une famille (il serait plus exact de dire d’une dynastie), la « radiographie » d’une activité industrielle ininterrompue, qui sont développées et illustrées tout au long de 3 livrets dont chacun est consacré plus spécialement, à une étape significative de l’essor et du rayonnement des célèbres firmes Dupont, Quinquarlet, puis Valton. C’est le témoignage rigoureux et sans concession, d’une réussite sociale et industrielle due au travail, à la bonne gestion, à la formation précoce des enfants aux affaires, à la préservation, par une politique d’alliances, d’un capitalisme familial troyen, dont les premières générations ont jeté les bases. La dédicace du premier livret est ainsi rédigée : « en mémoire, en hommage à ceux qui ont précédé et préparé la création à Troyes, de la Société « Valton Petit Bateau », à ceux qui y ont travaillé, qui y travaillent, qui y viendront… ».

 

         Pierre Valton, fils d’un bonnetier de la banlieue de Troyes, est entré comme commis à la bonneterie Quinquarlet avec un contrat d’apprentissage, au milieu du XIX° siècle. Par son travail appliqué, il s’est fait remarquer par son patron (gendre du filateur Jean Dupont) et par la fille de celui-ci, Noémie Quinquarlet, qui travaillait aussi dans l’entreprise familiale. Le mariage de Pierre Valton avec Noémie n’a eu lieu qu’après une mise à l’épreuve de nouvelles responsabilités dans l’usine, qu’imposa Antoine Quinquarlet à son futur gendre. André, le fils aîné de Pierre, entra très tôt dans l’affaire comme secrétaire de son grand-père qui le forma à la gestion de la fabrication. Lors de la succession d’Antoine Quincarlet, ce fut la dissolution de la Société en 1891 et la création, par Pierre et André, de leur propre entreprise « Valton & ses Fils », en 1894.

 

         L’histoire de l’entreprise et des familles Valton, se poursuit tout au long des 2 brochures suivantes de 158 et 182 pages, intitulées respectivement : « de 1892 à 1940, Pierre Valton et ses Fils, industriels troyens » et « de 1940 à 1970, les Fils de Valton & Cie ». La société s’est alors transportée de la rue de la Paix, où les bâtiments furent d’abord loués puis vendus la firme Vachette, à la rue des Marots (aujourd’hui rue Pierre Murard) dans de vastes ateliers plus connus sous le nom d’« Usine Saint-Joseph ».

 

         De 1892 à 1940, la bonneterie locale connaît un développement considérable et l’entreprise « Petit-Bateau » a toujours  eu une croissance régulière dans un climat de prospérité et de confiance. Quant au bilan, très largement positif, il porte l’empreinte du talent industriel et commercial de tous les membres de la « dynastie » familiale. L’entreprise prospère et devient l’une des plus importantes de Troyes, avec des réussites industrielles et commerciales. La superficie bâtie passe de 3.700 à 8.500 m². Les progrès technologiques sont naturellement considérables dans les domaines de la force motrice, des matériels investis, de l’organisation du travail. L’effectif passe de 200 à 1.000 personnes et le chiffre d’affaires est multiplié par 200. Les collections prennent de l’importance et se diversifient. Vers 1910, Etienne Valton a l’idée de lancer la marque « Petit Bateau ». La fameuse culotte sans jambes, en tricot 2 et 2 coton blanc, allait devenir rapidement célèbre et bouleverser, dans une certaine mesure et surtout à partir de 1918, la mode vestimentaire des sous-vêtements. Il s’inspire de la chanson « Maman les p’tits bateaux qui vont sur l’eau ont-ils des jambes ». La poupée fétiche « Marinette », en culotte « Petit Bateau », assise sur une pile de boîtes d’emballage, dessinée par Béatrice Mallet et choisie comme image publicitaire du produit en 1920, image de qualité et de modernité largement diffusée, l’une des premières du genre, fait doubler les ventes d’une année sur l’autre, pour atteindre 367.000 dizaines en 1926. Il y a aussi l’illustration d’un océan à l’horizon duquel naviguent 3 voiliers et 1 globe terrestre à l’opposé, qui soulignent le caractère international du développement commercial de l’entreprise et du renom de la célèbre marque durant le troisième quart du XX° siècle. La crise des années 29 et suivantes, est surmontée grâce au lancement par André Valton, d’une seconde marque, « Petit Loup », dont le succès permet le maintien de l’activité de la société jusqu’au seuil de la Seconde Guerre mondiale.   

 

         Lors de l'Exposition spécialisée de 1937, l'entreprise obtient le « Grand prix de l'innovation », mais c'est réellement après la Seconde Guerre  mondiale que l'entreprise se développe et diversifie ses produits. Durant 30 années, l’équipe des 5 gérants, dont l’entente fait la force, dirige la société. Ce sont messieurs Jean et Joseph Valton, Louis Boucraut, Raoul et Jacques Valton. Cette période, après les inévitables perturbations dues à la guerre et à l’Occupation, nous fait découvrir une entreprise en pleine expansion, bénéficiant de l’euphorie des « années glorieuses » et des conséquences d’un accroissement du pouvoir d’achat jamais vu dans l’histoire. Le troisième livret évoque le travail sous l’Occupation et relate minutieusement les événements qui ont marqué l’usine et le quartier des Marots au moment de la Libération. Un hommage tout particulier avait été rendu au lieutenant Pierre Murard qui trouva la mort le 25 août, dans la maison de Madame et Monsieur Louis Boucraut. Dans ce livret, nous apprenons la croissance de l’entreprise : le nombre de dizaines produites par an et par salarié passe de 288 en 1930 à 1.494 en 1970 pour respectivement 2.496 et 1.800 heures travaillées pour les seuls sous-vêtements. C’est dire que la production est multipliée par 7. L’usine éclate dans ses murs avec 1.339 salariés en 1970. Mais la main-d’œuvre se fait rare à Troyes et des ateliers annexes sont créés à Agen, Marolles-les-Bailly, Tonnerre, Villenauxe, Marigny-le-Châtel, Troyes par achat de l’usine Rozen. En 1973, 2.250 personnes travaillent.

 

A la fin des années 1980, l’usine Valton est rachetée par le groupe Yves-Rocher. Au milieu des années 1990, Petit Bateau devient une marque « à la mode » : «Karl Lagerfeld fait défiler Claudia Schiffer en t-shirt « Petit Bateau » sous son tailleur Chanel. Le succès est immédiat. Le modèle enfant porté est alors décliné en tailles adultes.[] Les ventes de t-shirt sont multipliées par dix en trois ans. Par la suite, une gamme pour adultes est commercialisée, ainsi que quelques produits. Il y a 391 boutiques dans le monde dont 184 en France en 2010. En 2006, c’est le lancement de la « boutique en ligne Petit-Bateau ». En 2015, lors d’une photo de Son altesse royale le prince George de Cambridge, arrière petit-fils de la Reine d’Angleterre habillé en « Petit Bateau », puis de sa mère la duchesse royale de Cambridge en marinière, ce fut un boum extraordinaire pour les ventes qui s’envolèrent ! !  

 

Je termine par une de leurs devises : « Parce que la qualité Petit Bateau, ça ne s'invente pas ! »       

 

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