La vie à Troyes



Intérieurs d'autrefois


Dans le journal « La Réforme sociale » des années 1880 (il a été créé en 1830), on trouve des études pleines d’intérêt sur les laboureurs, artisans et bourgeois de l’Aube, aux XV°, XVI° et XVII° siècles.   

 

Il est intéressant de voir comment vivaient, d’après les inventaires trouvés dans ces archives, nos ancêtres, ces vieilles populations auboises, appartenant aux classes inférieures et moyennes.

 

         Voyons d’abord un serf des Grandes-Chapelles près de Troyes, Giles Thibault, homme de corps de NN. SS. les chanoines de la cathédrale de Troyes, qui, en 1479, vivait, tout serf qu’il était, dans un « hostel composé de plusieurs corps de logis ». Son mobilier et les biens amassés à force de travail appartenaient au Chapitre par droit de « mainmorte ». Le terme mainmorte est un symbole qui en réalité reflète l'impuissance du serf à transmettre son patrimoine au reste de sa famille, après sa mort.

 

         Passons dans la demeure d’un maître passementier habitant, en 1622, rue Saint-Paul, à Troyes. Charles Dieu, c’est son nom, n’a pas moins de 8 métiers. Ce patron vit cependant avec sa femme et ses 7 enfants, dans une seule chambre, établie au-dessus de l’atelier. C’est là que se fait la cuisine et que toute la famille couche. Les 3 lits sont couverts de vieilles courtines de tapisserie. Le mobilier est simple, les vêtements aussi, bien que la femme soit pourvue de « 3 anneaux d’or garnis de cornaline et de pierres non fines ». Le mari fait partie de la milice bourgeoise, il a ses armes, 1 hallebarde et 2 vieilles épées. Il est propriétaire d’une maison louée 16 livres par an. A son enterrement, des draps sont tendus devant sa maison, on accompagne de torches son convoi, des services sont faits à l’église, le jour des obsèques et au bout d’un mois. Le total des frais est de 12 livres. A tous ces signes, on reconnait un maître artisan de l’époque.   

 

         Nous voici à Troyes, en 1614, chez un ouvrier tisserand en toiles. C’est dans une cave qu’il travaille. Il rentre le soir dans une chambre haute de la rue du Marché-aux-Trapans (près de l’Hôtel-Dieu). Cette chambre est peu meublée. L’inventaire du costume du mari et de sa femme ne révèle pas une grande aisance, et le ménage a des dettes, constatées par l’inventaire après le décès de la jeune femme.

 

En 1532, entrons chez un cultivateur veuf du hameau de Brébant, près de Dampierre. Le mobilier de la cuisine indique un état prospère. La table de chêne a « 14 pieds de longueur ». Dans la chambre à coucher, les lits sont bons, il y a plusieurs coffres ferrés qui contiennent beaucoup de linge. Dans la basse-cour se trouvent « 18 pièces d’oies et 30 pièces de poulailles ».

 

Allons en 1705, c’est-à-dire dans les plus sombres années de la fin du grand règne, chez la veuve d’un laboureur à Thill (près de Soulaines). Malgré la détresse du temps, l’aspect des maisons des paysans de l’Aube a peu varié. C’est le même mobilier, la table de bois de chêne, le coffre fermant à clé, le dressoir en chêne, les lumières à 4 becs à queue de fer. Il y a peu de linge et des vêtements de peu de valeur. La maison a 2 chambres, l’écurie 5 chevaux et « une tore », 12 brebis et 1 porc. Mais le ménage avait des dettes : un arriéré de 110 boisseaux de blé était dû pour fermage.

 

Pénétrons maintenant dans des maisons bourgeoises : ce sont celles des maîtres boulangers, bouchers, rôtisseurs et hôtelier des XVII° et XVIII° siècles. En 1533, on comptait à Troyes, 41 maîtres boulangers, il y en avait 70 en 1765.

 

Voyons l’intérieur de Jean Caillat en 1631. Il n’indique pas beaucoup d’aisance. Le ménage et les 3 enfants logent dans une chambre basse derrière la boutique. Le lit est couvert de serge, 1 coffre de chêne contient peu de linge, de vieilles armes sont suspendues à un râtelier. Le costume de la femme est de serge, l’inventaire ne constate pas de bijoux. La maison est située rue de la Petite Tannerie, elle a été achetée 320 livres en 1625.

 

En 1636, Jean Degris est plus riche.  Il demeure rue de la Corderie. A en juger par le nombre de ses bagues, 1 carcan de corail et 1 cœur en cristal, sa femme est coquette, non seulement pour elle, mais pour ses enfants, car elle possède aussi 1 « ceinturon à enfant couvert de velours rouge, où il y a 18 coquilles d’argent avec des agrafes d’argent. La chambre de famille est garnie de tableaux, d’images de bois et de plâtre, de gravures. Le mari possède 1 arquebuse à mèche, un-demi-mousquet et 2 épées à fourreau de cuir.

 

Le troisième boulanger visité est tout-à-fait à l’aise. Jean Boyvin, en 1665, habite une maison dont il est propriétaire. Il a des coffres remplis de linge, 27 draps de toile et 75 serviettes. L’inventaire constate plus de 250 livres en or et en écus, un peu d’argenterie et parmi les bijoux de Jeanne Poinsot sa femme, 1 bague d’or, garnie de 9 pierres bleues, plus dans sa cave, « 2 muids » (1 muid valait environ 130 litres) de vin vieux cru du pays.

 

Passons à la corporation des bouchers. Celle-ci est plus riche, et ne se recrute presque que parmi les fils de maîtres, ce sont des sortes de dynasties. Il y avait 60 bouchers à Troyes en 1765.  Ils ne vendaient pas de viande chez eux, ils l’exposaient sur des étaux placés dans les boucheries publiques. Aussi, rien dans leur intérieur ne révélait leur profession.

 

En 1666, Toussaint Camusat, boucher, habitait rue de la Petite-Tannerie, dans une chambre basse, sur la rue, servant de cuisine, et cependant garnie d’un lit, des armoires de noyer et des dressoirs contenant  de l’argenterie et des faïences. Au premier étage, la chambre à coucher était décorée d’une tapisserie de Rouen, les meubles étaient également recouverts de tapisserie ou de cuir rouge. On y remarquait un miroir entouré d’un cadre en écaille de tortue garnie d’argent, des tableaux religieux et profanes, 1 bénitier d’argent ciselé, 1 bassin, 1 aiguière et 2 flambeaux en argent. Les bijoux d’or de la bouchère et le trophée d’armes du mari, officier de la milice bourgeois, indiquaient un état de fortune que ne démentait pas l’inventaire de la cave, garnie de 16 « muids » de vin de Laines-aux-Bois et de Crésantignes.

 

En 1706, Denis Camusat, autre boucher, possédait, quartier de la Tuerie, une vaste installation. A une cave aussi bien garnie que la précédente, il y avait à ajouter 360 livres de lard et de jambons. L’inventaire mentionne un vieux cheval gris, que le boucher montait pour aller faire ses achats dans les villages voisins, avec une paire de pistolets dans ses fontes (étui pour les placer). Nous trouvons sur ses comptes que M. de Mesgrigny, seigneur de Soulaines, lui devait 1.551 livres de viande, et l’abbesse de Notre-Dame-des-Prés 6.834 livres pour vente de viande, lard et poisson.

 

Claude Thomas, pâtissier dans un faubourg de Troyes, en 1665, faisant « noces et festins » avait pour 696 livres d’argenterie : 2 aiguières, 1 sucrier, 1 bassin à laver les mains, , 2 bassins à cracher… La batterie de cuisine était à l’avenant : tourtières, poissonnières, « rouslots », râpes, mortiers… La femme de Claude Thomas avait peu de bijoux, mais les coffres renfermaient de nombreuses constitutions de rentes et 1.800 livres en or et en argent monnayé

 

         Que conclure à la vue de ces tableaux ?

 

         En portant nos regards sur ces intérieurs de nos ancêtres, il n’est pas de doute que nous vivons aujourd’hui dans de meilleurs conditions, au point de vue matériel, mais sommes nous plus heureux ?

 

Il nous est permis d’en douter : « nous avons plus de richesses, mais aussi plus de désirs, et c’est l’honneur de notre nature que la source du vrai bonheur soit avant tout morale ».

 


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