La vie à Troyes


Incendie de l’Ecu de Bourgogne

En 1686, dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11 septembre, un sinistre, dont les ravages devaient être considérables, éclate dans le quartier du Beffroi.

Dans le haut de la place du « Marché-au-Blé » (aujourd’hui place Jean Jaurès), l’emplacement où se trouve la Halle (aujourd’hui Bourse du Travail), était occupé par 3 hôtelleries : l’« Ecu de Bourgogne », le « Bon Laboureur », le « Bougelot », et par une maison particulière.

« Vers 10 heures du soir, le jour susdit, le feu prend à l’Ecu de Bourgogne, dans 40 à 60 tonnes de sucre, appartenant à un marchand d’Orléans descendu dans l’hôtellerie ». Ce sucre avait été mouillé dans la traversée du gué de Saint-Liébaud (Estissac) et on le faisait sécher sur des fourneaux. En quelques instants, l’Ecu de Bourgogne flambe de la cave au grenier.

Mais, le fléau ne devait pas s’arrêter là. Bientôt, et quoique séparée par la chaussée, la maison du conseiller Doé, dans la rue Saint-Nicolas, s’allume à son tour, puis l’Hôtel du Mulet, qui la touche et où se trouve une provision de bois pour 3 ans, et, de l’autre côté, et contigus à l’Ecu de Bourgogne, le Bon Laboureur et la maison suivante deviennent la proie des flammes.

Les secours n’arrivent pas. Il n’y a pas de seaux, presque pas d’eau, et par malheur, les magistrats, on ne sait trop pourquoi, refusent de laisser employer le moyen habituel en ces cas désespérés : « couper les maisons les plus proches pour sauver le quartier ».

Quelques heures plus tard, le feu a consumé toutes les maisons situées à côté de l’église Saint-Nicolas jusqu’au rempart et toutes celles qui forment le commencement de la rue de la Pierre et de la rue de la Clef-de-Bois (actuellement rue François-Gentil). Quand on parvient à l’éteindre, le lendemain à midi seulement, 52 maisons étaient détruites !

On avait voulu obliger les charretiers qui amenaient la vendange en ville à déménager sur leurs voitures le mobilier des sinistrés et à transporter des muids d’eau sur le lieu de l’incendie, mais plusieurs, par crainte de périr, s’y refusèrent et menacèrent de tuer leurs chevaux plutôt que de se soumettre à ces ordres.

Comme bien on pense, ce fut la ruine pour beaucoup de Troyens. Un moment même, on craignit pour l’église Saint-Nicolas et l’on transporta le Saint-Sacrement à l’hôpital Saint-Bernard, situé place du Marché-au-Blé, sur l’emplacement des numéros 30 et 32 actuels.

En même temps, le clergé de la Cathédrale faisait une procession pour demander à Dieu la fin de ce fléau. A 8 h du matin, le doyen portant le reliquaire de la vraie croix, la procession descendit la rue Notre-Dame, passa par la petite rue Saint-Pantaléon (rue Turenne aujourd’hui), le rue du Marché-aux-Noix, le Marché au Blé, l’Etape-au-Vin (place Audiffred) et vint s’arrêter à la Belle-Croix (place de l’hôtel de ville), où l’on chanta le « Vexilla regis ».

Les Ursulines, établies à Troyes en 1628, avaient acheté depuis peu l’hôtellerie du Dauphin dans la rue de ce nom, où elles avaient ouvert une école gratuite de filles. Leur immeuble très vaste et ses dépendances s’étendaient à proximité des maisons embrasées et les pauvres filles furent pendant plusieurs heures, pendant plusieurs jours même, dans des transes mortelles. En outre chez les bonnes sœurs pour prendre de l’eau à leur puits, « tout un peuple d’indiscrets et de pompiers d’occasion, affamés et altérés », en profitèrent pour boire et manger aux dépens de la communauté : « Toutes les bonnes gens qui tiraient l’eau, savaient bien trouver où était le pain. On en mangea une cuite. Le vin n’était pas épargné, on le tirait à seaux, mais par prudence l’officière en avait serré quelques pains pour le besoin de la communauté… ». La plupart des religieuses commencent à perdre la tête et la supérieure, plus morte que vive, court à la chapelle faire le vœu que « tout le couvent se donnera la discipline si le feu s’éteint ». L’incendie paraît s’apaiser un moment, mais il reprend de plus belle. Les bonnes sœurs déménagent leur mobilier, tandis que les Capucins combattent le feu, qui, d’ailleurs, continue à gagner du terrain et atteint maintenant le couvent.     

« Le feu prend à la tête d'une sœur dont le voile brule… On sonne au tour pour avoir les clefs des religieuses et on dit aux sœurs tourières de se jeter par les fenêtres si elles ne veulent pas être brulées... Les Ursulines donnent tous les draps pour les mouiller et les étendre aux endroits où il y a le plus de danger… On tire, 3 personnes à la fois, 5 heures d’horloge au grand puits, sans qu’il tarit… Les sœurs infirmes, qui ne peuvent travailler, sont en prière devant le Saint-Sacrement… Les sœurs déménagent le mobilier, tandis que les Capucins combattent le feu qui continue à gagner du terrain et atteint le couvent… Tous les chers enfants sont levés dès minuit, les parents de la plupart les envoient quérir leur petit mobilier… ».  

Plusieurs jours se passent ainsi. Le feu reprend de temps à autre par place. Les peureuses se sauvent de tous côtés aux premiers accents du tocsin. Quelques autres, plus hardies, et déjà habituées au danger, n’en continuent pas moins la besogne ordinaire. Avant de s’enfuir, une sœur, a soin d’emporter sa plus belle robe et de laisser sa vieille. Une autre met 3 voiles sur sa tête, pour en prêter à celles qui ont perdu le leur, et plusieurs mouchoirs dans les 2 poches… « pour essuyer les larmes en cas qu’il fallut sortir ». La supérieure écrit le récit de ses angoisses : « … nous continuâmes le reste de la journée nos exercices, jusqu’à environ les 3 heures, qu’on sonna de nouveau le tocsin, où nous nous trouvâmes promptement et quelques autres furent pour fermer les portes des dortoirs pour empêcher l’entrée des séculiers qui étaient le mercredi entrés partout, et je puis vous dire que les planchers de notre communauté, église, dortoirs, cellules… sont aussi crottés que les rues. Nous avons bien besoin d’huile de bras pour remettre le tout en son premier état… ». Les boulangères, pendant ce temps, pétrissent à tour de bras et la cuisinière met sur le feu des confitures qu’elle n’est pas sûre de manger. La mère supérieure raconte : « Nous avons veillé toutes les nuits, à ma part que je ne me suis pas déshabillée 5 ou 6 jours de suite ».

Le terrible incendie de 1524 avait détruit un tiers de la ville, celui de 1686 fit lui aussi des ravages considérables.  


Le grand incendie de Londres, du 2 au 5 septembre 1666

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