Prieurés


Religion



Prieuré de Sainte-Thuise


Chapelle Ste Thuise
Chapelle Ste Thuise

Un hameau qui portait le nom de Sainte-Thuise, remonte à l’antiquité. Du temps et par ordre de Charlemagne (778-814), il en est fait mention.

Les moines de Montier-en-Der possédaient à Sainte-Thuise plusieurs « appartenances et héritages », et même une église, où pendant longtemps fut vénérée une relique insigne de sainte Théodosie. C’est de là que le hameau a tiré son nom : d’abord Sancta-Theodosia, puis Sainte-Théodosie, Sainte-Esthuise et enfin Sainte-Thuise.

Dès le VIII° siècle, Sainte-Thuise est connue, et nous y trouvons établis les moines de Montier-en-Der, de l’ordre de Saint-Benoît.

En 1117, ils ont disparu, et leurs maisons, terres, dépendances, église, sont devenues la propriété des moines de Montiéramey, du même ordre. En effet, comme bien de l’abbaye de Montéiramey, est confirmée par le pape Pascal II (le 4 avril 1117), l’église de Thuise-sur-Aube, et en 1137 et 1178, les papes Innocent II et Alexandre III, dans l’énumération des biens de ladite abbaye, comprennent également l’église de Sainte-Thuise. Ce sont donc les moines de Montiéramey qui ont jeté les assises du prieuré de Sainte-Thuise.

En juin 1136, Gauthier II, comte de Brienne et Ramerupt, donne aux religieux de Montiéramey une place sur l’Aube à Sainte-Thuise, pour y bâtir des moulins, avec tous les droits qu’il possédait en cet endroit et notamment celui de justice. C’est là un des monuments les plus importants pour l’histoire de cet établissement religieux. C’est, en effet, l’origine des droits seigneuriaux du prieuré qui se trouve par là à posséder à Sainte-Thuise tout ce que le comte y possédait. En conséquence de cette donation, les moines se hâtèrent de construire leur moulin. En 1138, il était déjà en activité.

La charte de 1136, ayant fait seigneurs les moines de Sainte-Thuise, ils avaient tous les droits de cette situation. En première ligne, ils jouissaient du droit de justice haute, basse et moyenne, et l’exerçaient par un mayeur ayant des sergents sous ses ordres. D’autres droits, d’importance moindre venaient s’y ajouter, tels ceux de dîme, de main morte, rivière, moulin, four banal en totalité à Sainte-Thuise, et par tiers à Dommartin. Les moines de Sainte-Thuise, dans l’étendue de leur territoire, avaient donc seuls le droit de moudre le grain et de cuire le pain, à eux seuls appartenait le droit de pêche, la rivière étant leur propriété par la cession du comte de Brienne. Enfin, en raison du service qu’ils rendaient à la communauté, comme moines vacant à la prière, ils prélevaient sur les biens communs la dîme, qu’ils partageaient, par moitié, avec le curé de Jasseines.

Le 22 mai 1402, un violent incendie éclata à Sainte-Thuise : 15 maisons devinrent la proie des flammes, l’église elle-même ne fut pas épargnée. A la suite de cet événement malheureux, un grand nombre de familles dut quitter le pays et aller chercher asile ailleurs.  

Une déclaration faite par le prieur de Sainte-Thuise en novembre 1547, nous donne l’importance et les biens se rattachant à ce prieuré : sur la rivière Aube était assis un moulin à blé, auquel était joint un moulin à fouler les draps. A côté s’élevait la maison prieurale avec son église, ses granges et autres dépendances (terres, prés, bois situés sur le finage de Sainte-Thuise et finages voisins), en tout 6 maisons. De même, personne n’avait le droit de pêcher « sans le congé du prieur, à peine de 60 sols tournois d’amende et perdre les engins ». Mais, si l’on ajoute aux dépenses du culte, les charges temporelles, réparations et entretien des bâtiments de la ferme, paiement des douzièmes, vingtièmes, contribution au Roi… vous serez convaincus que les moines n’étaient pas toujours si riches qu’on le dit, et que, notamment, le prieuré de Sainte-Thuise n’était pas un des mieux dotés.

En 1659, le curé de Jasseines est désigné par Mgr François Malier, évêque de Troyes, pour bénir 2 cloches au prieuré.

En 1726, le moulin est emporté par les grandes eaux.

         Si les moines recevaient, c’était pour rendre : entre eux et leurs bienfaiteurs intervenait toujours comme un contrat tacite, d’après lequel, en retour des biens qu’ils recevaient, ils s’engageaient à réciter des prières, dire des messes, célébrer des services pour les défunts, et souvent, à donner des aumônes aux pauvres. Le service des fondations se fit avec la plus scrupuleuse fidélité jusqu’à la Révolution, qui, supprimant les moines avec leurs revenus, supprima du même coup leurs pieuses obligations « frustrant en même temps les morts de leur précieuse espérance ».  

L’effacement du prieuré va se poursuivre jusqu’à extinction totale. Le défaut de résidence des moines lui a porté le premier coup et le plus redoutable qu’il pouvait recevoir, « ça été comme la proclamation de sa déchéance morale : à la place des religieux, voués à la prière, la maison prieurale n’allait plus abriter que des étrangers, des fermiers uniquement occupés des soucis temporels ». Toutefois, à ce moment, restait encore au prieuré le prestige qui s’attache à l’autorité seigneuriale. Petit à petit, le prieuré disparait, les moines sont partis les premiers, les privilèges ne tardent pas à les suivre, à commencer par la justice, les droits réels, affectant les biens, les avaient déjà précédés. C’est ainsi qu’en 1547, il n’y avait plus « ni droit de four banal, ni droit de gens de main morte ». Le moulin subit le sort commun, en 1726, il ne reste plus que la dîme et le produit du fermage, qui, à leur tour, disparaissent dans la Révolution.

La suppression définitive du prieuré date du décret du 28 ventôse an IV, qui déclara biens nationaux les biens ecclésiastiques et de la vente qui en fut faite les 19 fructidor an IV et le 13 avril 1791. La première de ces ventes eut pour objet la chapelle, bâtie en pierre de craie, salpêtrée en grande partie, et couverte de tuile plate, qui fut adjugée, avec 6 cordes de terrain, au prix de 198 livres. La seconde comprit tous les biens et dépendances, moyennant la somme de 18.000 francs.

Ainsi finit, après plus de 800 ans d’existence, le prieuré Sainte-Thuise, fondé sur les bords de l’Aube, par les moines de Montiéramey.

         Aujourd’hui, la chapelle de Sainte-Thuise remplace l’ancienne, démolie en 1793, et est sur la commune de Dommartin-le-Coq.


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