Religion



Prieurés



Prieuré de Saint-Quentin


Le prieuré de saint Quentin, martyr, était situé à Troyes, dans l’ancienne cité, à l’extrémité de la rue de Crémone (ville d’Italie dont les marchands fréquentaient les Foires de Troyes), à droite, à peu de distance du pont où l’on passe le petit bras de la Seine qui baigne le quartier de Nervaux (rue Mitantier).

 

Ce prieuré était déjà au VII° siècle, c’était une abbaye de religieuses, dont Frobert abbé de Montier-la-Celle, fut le supérieur et le directeur. Vers 625 et 690, elle avait pour abbesse Rocula de Rochée, aussi recommandable par sa piété et ses vertus que pour son aptitude à diriger « ces épouses du Christ, desquelles elle était le modèle ». Le pieux abbé eut toujours pour ce monastère beaucoup d’estime et de sollicitude. Il ne négligeait rien de ce qui pouvait accroître les sentiments les plus saints dans cette maison. Prières, instructions, exemples, règlements et exhortations, tout était mis en œuvre pour le salut de ces saintes filles, et tout lui réussissait. Il assistait chaque année à la fête de Saint-Quentin (31 octobre), et il allait jusqu’à y célébrer l’office en ce jour solennel. L’abbaye lui servait quelquefois de retraite pour se recueillir, et s’y offrir à Dieu d’une manière particulière. C’était dans le trésor de Saint-Quentin qu’il déposait les grandes offrandes destinées à soulager les misères « des pauvres honteux de la cité ». Après la mort de Rochée, Gibitrude fut élue abbesse. Elle s’acquitta de ses fonctions à la grande édification de toute la ville. La piété douce et les agissements de la nouvelle abbesse firent la joie et la consolation de Frobert, « qui contribua toujours à avancer la gloire de Dieu ». Mais le saint abbé ne survécut pas longtemps : une maladie l’enleva en 710 à l’affection de son troupeau. Alors, Waldim, son neveu et son successeur, en fit annoncer le décès à Gibitrude, qui en fut profondément affligée. La douleur que lui causa cette perte, surmontant toute réflexion, porta l’abbesse à quitter pour un jour son cloître, et à se rendre contre la règle de son institution aux funérailles de saint Frobert, pour témoigner son respect et son attachement.

 

Le prieuré de Saint-Quentin de Troyes possédait des biens qu’il tenait de la munificence des comtes de Champagne, de Troyes, et de nos évêques.

 

Une charte de 1110 porte confirmation de possession par Philippe de Pons, évêque de Troyes, à la prière de saint Robert, abbé de Molesme, et de Hugues, comte de Troyes : « Poussé par la prière du comte Hugues, qui chérissait d’un amour particulier le couvent de Molesme, j’ai voulu confirmer par le présent écrit les dons et les bienfaits que ce même comte ou d’autres avaient donnés à l’église de Saint-Quentin ». La même année, cet évêque confirme de nouveau les possessions de Molesme où figure l’église de Saint-Quentin. Hatton, évêque de Troyes en 1128, Innocent II en 1135, et Eugène III en 1145, les confirment aussi nominativement. Une charte de 1177, constate que Godefroy Furnerius a donné la terre de Virloups aux moines de Saint-Quentin. En 1192, Barthélemy, ou Haïce de Plancy, évêque de Troyes, confirme les possessions de Saint-Quentin. En 1199, Thibaut, comte de Troyes, achève la donation de la terre de Virloups, à condition que, quand il aurait une arme au pied, l’abbé de Molesme et le prieur de Saint Quentin laisseraient aller dans son armée les gens de cette terre. Près de quatre siècles plus tard, le prieuré est donné à l’abbaye de Molesme, dont il a longtemps dépendu. En 1569, Nicole Le Boucherat, prieur, fit réparer et embellir les bâtiments et l’église, comme on le lisait sur la vitre au-dessus du maître-autel. En 1610, il était encore desservi par un religieux du même ordre, et l’évêque de Troyes y a droit de visite et de procuration.

 

Parmi les reliques exposées à la vénération des fidèles, on remarquait à Saint-Quentin un reliquaire qui renfermait un os du bras du saint martyr.

 

Vers la fin du XVII° siècle, le prieuré fut possédé par Monsieur Quéras (qui a été vicaire-général de Monseigneur Gondrin, archevêque de Sens), prêtre-docteur « de la Maison et Société de Sorbonne ». Il était né en 1614, d’une famille pauvre et de basse extraction, mais qu’il a beaucoup honorée par la science et par ses vertus ecclésiastiques. Il distribuait à ceux qui étaient dans le besoin une partie des revenus de ce prieuré. Il a composé un gros volume sur la doctrine du concile de Trente, et comme il aime beaucoup la doctrine de saint Augustin, il fait faire sous ses yeux, par Monsieur Beaugrand, prêtre de Troyes, son disciple, l’ouvrage intitulé : Sancti Augustini doctrinae christianae Praxis catechistica, imprimé à Troyes en 1678. M Queras mourut le 9 Avril 1695, et fut inhumé dans la chapelle de Saint-Quentin de Troyes, où l’on voyait son éloge funèbre en latin et en style lapidaire. M. Nicolas Doé, chanoine de Troyes, qui lui succéda dans ce prieuré, y fit beaucoup de réparations en 1701. Il diminua l’étendue de l’église, en faisant retirer le chœur, et l’emplacement servit à agrandir le jardin qu’il entoura de nouveaux murs. M. Doé donnait à chaque ouvrier employé à la restauration du prieuré « 6 sous par jour et le pain ».

 

Depuis 1768, le prieuré fut en règle des Bénédictins, d’après le don fait par M. Terray, abbé de Molesme, à un religieux de son abbaye, Dom P. Bauduin Strauben, de la congrégation de Saint-Maur. En 1784, Dom Champagne, autre bénédictin, prit gestion du prieuré jusqu’en 1791, et en fut le dernier prieur.

 

Saint-Quentin, citoyen romain, du rang des sénateurs, fut martyr de la foi chrétienne au Vermandois, l’an 287. Il était invoqué pour la guérison « de l’enflure » : c’était un ancien usage, dans les lieux qui lui étaient dédiés. Au prieuré de Troyes, on pesait les personnes qui étaient travaillées de cette maladie, on les mettait dans l’un des plateaux d’une balance, et l’on plaçait dans l’autre, un poids égal de cire ou de tout autre chose qui demeurait au profit de l’abbaye. Cet usage abusif s’observait aussi à Rouen, à Cambray et à Arras. Les chanoines de Saint-Quentin en Vermandois portèrent leurs plaintes au pape Innocent VIII, qui, en 1490, défendit cet usage, excepté dans leur église de Troyes, ces chanoines disant posséder seuls les reliques du saint martyr.

 

Il y a à Nozay, doyenné d’Arcis-sur-Aube, une fontaine sous le vocable de Saint-Quentin, dont, selon la croyance populaire, avait là aussi la propriété de guérir l’enflure. Aujourd’hui, l’eau de cette fontaine a le mérite d’être claire et fraîche. Un édicule de pierre, surmonté d’une croix, couvre la source, et contient sur un piédouche une statue de saint Quentin, patron du lieu.

 

La tourmente de 1793 et le temps ont fort maltraité le prieuré de Saint-Quentin. Le prieur et les moines ont été dispersés, l’église pillée et dévastée, dont il n’est resté que les 4 murs et la voûte. Vendue à divers particuliers, elle a subi de nombreuses transformations, selon les besoins de chaque possesseur. Elle a servi de magasin à fourrage et d’écurie, elle a été filature de coton, fabrique de bonneterie, tonnellerie, puis brasserie. En 1873, la propriétaire, Mme veuve Gouard, a trouvé en faisant fouiller le sol de sa brasserie, 2 carreaux émaillés du XIV° siècle et 2 meules, de moulin gallo-romain en granit, qu’elle a offert au Musée de Troyes. A cette même époque, par suite de la rectification de la rue, elle a fait démonter avec précaution le vieux portail du prieuré. Elle a également, généreusement, fait don des pierres de cette porte du XIV° siècle.

 

L'église de l'ancien prieuré de Saint Quentin est l'unique vestige de l'architecture religieuse romane à Troyes (rue Mitantier).

 

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