Religion


Pierres gravées du trésor de la Cathédrale de Troyes


Les pierres gravées de la cathédrale de Troyes ne se composent plus aujourd’hui que de 73 intailles et d’une cornaline sculptée, qui toutes ornent un missel moderne, et en outre de 10 pierres en partie brisées. Toutes ces pierres proviennent des trésors confondus de la cathédrale de Troyes et de la collégiale de Saint-Etienne (supprimée en 1791 et démolie en 1793). Le trésor  de Saint-Etienne, successivement accru et enrichi par les libéralités des comtes-souverains de Champagne, était d’une incomparable richesse (en 1367, une admirable croix d’autel est allée, pour complaire au roi de France Charles V, orner la sainte-chapelle du palais. A la fin du XVIII° siècle, il était reconnu qu’en France, aucun trésor n’égalait celui de la cathédrale de Troyes: « On y voit qu’or et pierreries, qu’agates, rubis, topazes d’une grosseur merveilleuse et taillées avec tant d’adresse qu’il est difficile de l’exprimer. On y voit plusieurs textes couverts d’or et enrichis de pierres précieuses de diverses couleurs… on y voit des croix d’or ornées de même manière… On doit encore à la munificence  du fondateur de la collégiale de rares manuscrits, des pierres gravées, des croix processionnelles d’un travail admirable ainsi qu’une foule de reliquaires remarquables par les émaux et les figures en relief d’or, d’argent et d’ivoire dont ils sont décorés… ». En 1760, les trésors de Saint-Pierre et Saint-Etienne de Troyes contenaient 300 pierres, soit en creux, soit en relief, qui ne sont donc plus aujourd’hui que 83 intailles et 1 cornaline sculptée. Nous ne pouvons que nous en réjouir, car c’est grâce à la prise de Constantinople que notre évêque Garnier de Trainel, grand aumônier de l’armée latine (4° croisade), nous a envoyé entre autres, les pierres gravées que nous avons à la cathédrale ! Elles sont passées directement du palais des Empereurs de Constantinople, entre les mains de Garnier de Trainel, qui les a envoyées à Troyes. Les chanoines de la cathédrale furent, à partir du XIII° siècle, constitués gardiens des pierres gravées venues de Constantinople, qu’ils réunirent principalement sur 2 évangéliaires qui devaient être magnifiques. Malheureusement, lors de la Révolution, les reliquaires furent brisés, les objets d’or, de vermeil et d’argent fondus, les vases sacrés dilapidés, les beaux évangéliaires privés de leurs riches couvertures… En 1812, les chanoines de la cathédrale firent revêtir un fragment du Missel de Troyes d’une couverture cramoisie, et y adapta un encadrement de vermeil, dans lequel on enchâssa symétriquement 52 pierres gravées, et l’on plaça au milieu d’un losange central, 2 émaux cloisonnés, qui furent entourés de 18 autres intailles.

         Les pierres gravées servaient également à orner les vêtements. Les Romains en parsemaient leurs cheveux, leurs bracelets, leurs colliers, leurs agrafes, leurs ceintures et leurs robes. Notre comte Thibaut IV le chansonnier avait une telle passion pour les pierres gravées antiques, qu’il en faisait  apposer non seulement sur tous ses contre-sceaux ; mais sur ses sceaux eux-mêmes. Ainsi, il est représenté sur son premier sceau à cheval, tenant l’épée et le bouclier, et entre les jambes du cheval, on découvre l’empreinte d’une pierre antique représentant un sphinx ou une chimère. Quant à son contre-sceau autour duquel on lit la fière devise : « Passavant le meillor », il représente une Victoire ailée debout, le pied appuyé sur un globe, inscrivant des fastes sur un bouclier qui fait partie d’un trophée au-dessous duquel on voit un Amour ailé portant une lance. Un contre-sceau donne les empreintes de 3 intailles, dont la première représente un lion dévorant un cerf, la seconde, une femme debout, drapée ; la troisième, 2 personnages debout (Ulysse consultant l’ombre du divin Tirésias).

         La première pierre gravée est une Cybèle que les Romains admirent dans leur Panthéon. Elle y entra en 207 avant Jésus-Christ. Cette intaille a pu appartenir à un prêtre de Cybèle.

         Ensuite : Prométhée, debout, tenant 1 plectrum et 1 ciseau (16 x 11 mm.).

La grandeur des pierres varie de 12 x 10 mm, à 30 x 20 mm.

         La pierre la plus remarquable de toute la collection : Apollon Citharède (avec sa lyre), à demi nu, s’appuyant sur un globe, à sa droite est un cippe surmonté d’un arbrisseau, à sa gauche, une femme nue (sans doute Pythie) porte une couronne radiée. C’est un admirable Apollon, jeune, beau.

    Apollon nu, assis, lauré, tenant sa lyre de la main gauche, une branche de myrte de la main droite.

Apollon nu, debout, une chlamyde entoure son bras gauche, la main droite s’appuie sur sa lyre.

Apollon nu, assis tenant une branche de myrte, un chien à ses pieds.

Melpomène à demi nue, assise, tenant devant elle un masque tragique.

Mars nu, le casque en tête, le bouclier au bras, s’appuyant sur sa lance,

Mars nu, casqué, tient sa lance d’une main et de l’autre, un trophée.  

Génie ailé de Mars, casqué, à genoux, couvert d’un bouclier, la lance en avant.

La déesse Bellone, vêtue d’une longue robe, porte une lance, tient 1 casque, son bouclier à ses pieds.

Soldat nu, debout, appuyé sur sa lance, son casque à ses pieds. Mais aussi 4 autres Soldats, 4 Mercure nu, Bacchus nu, Taureau Dionysiaque, Silène nu, 3 Minerve, 3 Vénus à demi nues, 3 Amours ailés, Hercule enfant, Faune assis, Faune en marche, Hygiéa avec les ailes de la Victoire, Naïade debout, Jupiter et Léda, Louve allaitant Romulus et Remus, Fidélité, 2 personnages couronnés tenant une charrue, Persée entièrement nu, tenant d’une main la tête de Méduse et de l’autre, le couteau de sacrificateurs, Pégase, 5 Victoires ailées, 1 Victoire Fortune, 1 Fortune assise tenant une corne d’abondance et le gouvernail, Isis-Némésis, Minerve Panthée, Mercure-Panthée, Sacrifice à Priape : une bacchante couronnée de fleurs, vêtue d’une longue robe et portant un thyrse, apporte des gâteaux sur l’autel placé devant la statue de Priape, et suivie d’un personnage silénique qui joue de la double flûte, 4 autres Sacrifice à Priape, Diodède nu, Ulysse, Quadrige traînant un char. Il y a aussi des esclaves : Enfant nu tenant un raisin qu’il défend contre un coq, Chevrier nu, accroupi sous un arbre, autre personnage nu debout, croisant les jambes. Quelques caricatures : Lapin dirigeant un char attelé de 2 coqs, Autruche tirant un navire monté par une cigale. Un navire Romain à 2 rangs de rameurs, pourvu d’une voile latine qui est manœuvrée par 2 matelots. Des animaux : lion en marche, Cheval paissant, Biche paissant, Taureau marchant, Vache, Renard, Aigle, Cigogne combattant un lézard, Crabe, Grenade. De Bas-Empire : 2 Cavaliers, Empereur lauré, Lion ailé.

 

Le comte de Caylus (1692-1765), gentilhomme antiquaire, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, qui a publié d’importants ouvrages sur les arts et antiquités, a dit : « Les 2 trésors de Saint-Pierre et de Saint-Etienne de Troyes contiennent environ 300 pierres soit en creux, soit en relief, celles en creux sont toutes exécutées en cornaline. C’est un trésor unique ».


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