Religion


Le vase de la Cène


En 1200, 4 ans avant la prise de Constantinople par les Croisés, un pèlerin russe parcourt les sanctuaires de l’empire d’Orient, et dresse un catalogue des reliques qu’on y vénère. Dans la basilique de Sainte-Sophie, il remarque un petit vase de marbre, dont Notre-Seigneur se servit le Jeudi-saint, quand il célébra la dernière Cène avec ses apôtres.

 

Ce détail a, pour nous Troyens, une véritable importance.

En effet, ce vase de la Cène arrive quelques années plus tard, au Trésor de la Cathédrale de Troyes, et y reste, entouré de la vénération de nos ancêtres, jusqu’à cette nuit funeste de 1794, où nos reliquaires et la plupart de nos reliques sont livrés aux flammes par la Révolution.

Dans quelles circonstances le vase de la Cène a-t-il fait le long voyage de Constantinople à Troyes ?

 

La IV° Croisade compte un grand nombre de seigneurs champenois, ayant à leur tête notre évêque Garnier de Trainel. Maîtres de Constantinople, ils disposent des richesses sacrées, mais le légat du Saint-Siège, sous peine d’excommunication, donne l’ordre de s’en dessaisir entre les mains de Garnier de Trainel, qui en réserve une large part à sa Cathédrale.

Le vase de la Cène est l’une des plus précieuses de ces reliques. Sur un vitrail de la cathédrale du XIII° siècle, on voit notre évêque porter un vase de forme ronde qui est, le vase de la Cène. En face de lui, l’archidiacre Hugo tient dans ses mains recouvertes d’un linge, le chef de l’apôtre saint Philippe. Le nom des personnages est écrit en capitales gothiques.

 

Il est intéressant de noter que le poème du Saint Graal, qui a le vase de la Cène pour objet, fut composé par notre Chrétien de Troyes, le plus illustres des trouvères du moyen-âge, à la même époque où ce vase précieux fut apporté de Constantinople au Trésor de la Cathédrale.

 

En 1429, le Chapitre fait l’inventaire de son Trésor, dont le vase de la Cène : " c’est un grand plat d’argent, dont le fond est fait d’un vase qui a servi à Notre-Seigneur. "

 

En 1611, le chanoine Camusat dans un inventaire du Trésor de la cathédrale, donne une description détaillée du vase de la Cène : " il est en porphyre vert et noir, en forme de bassin rond, garni d’argent, au milieu duquel il y a un crucifix d’argent doré, aux coings des croisons y a 5 émeraudes fines".

 

En 1637, Des Guerrois rappelle que Garnier de Trainel a envoyé un fort beau vase de jaspe, entouré d’un bord d’argent sur lequel il y a 4 vers grecs qui sont gravés en lettres majuscules : " Autrefois, ce plat servait à Notre-seigneur, quand il mangea avec ses bien-aimés apôtres. Maintenant il sert aux saintes Particules (c’est-à-dire les Hosties consacrées) de notre même Seigneur, ce que témoigne ce don si artistement orné. "

  

Un inventaire de la Cathédrale de 1700, ajoute que ce vase " a servi à la Cène de Notre-Seigneur, les lettres grecques qui sont autour le disent ainsi. "

 

Un chanoine raconte après le terrible incendie de 1700, qu’il y a à la cathédrale " un bassin assez grand, qui a servi à la Cène, lorsque Notre-Seigneur mangea avec ses Apôtres la veille de sa Passion, sur le bord duquel on lit 4 vers qui en font foi. "

 

En 1709, des bénédictins venus à Troyes, constatent l’existence de notre précieuse relique " dont Notre-Seigneur se servit à la Cène lorsqu’il lava les pied à ses disciples, dans le fond duquel on voit un beau vert émeraude, et autour on lit 4 vers grecs qui prouvent son antiquité. Ce vase de porphyre, ou de quelque autre pierre plus précieuse, en forme de petit bassin, a un pied et demi environ de diamètre, y compris un bord d’argent qui en augmente la circonférence. Le fond est enrichi d’une croix d’or ou d’argent doré, fixé çà la circonférence par ses quatre extrémités. Le bord d’argent est chargé de 4 iambes grecs en lettres capitales, gravées en relief. Le caractère de ces lettres, maigre et allongé, est assez semblable à celui des lettres capitales que l’on voit dans quelques manuscrits du temps de Charlemagne. "

 

Courtalon-Delaistre, curé de Sainte-Savine écrit : " On voit dans le Trésor de la Cathédrale, un plat de jaspe avec un cercle d’argent large d’environ 3 pouces, autour duquel on lit 4 vers grecs, par lesquels on assure que ce plat servit à Jésus-Christ dans la dernière Cène qu’il fit avec ses apôtres, lorsqu’il institua l’Eucharistie. "

  

Il faut maintenant aborder une question importante : ce vase était-il authentique ? Notre-Seigneur s’en est-il servi le jeudi Saint ? Est-ce dans ce vase qu’il a consacré la sainte Eucharistie ?

 

Nous sommes fondés à croire que cette relique vénérée était bien l’un des vases qui servirent à Notre-Seigneur pour la dernière Cène.

 

Mais à quel usage ce vase fut-il employé, le Jeudi-Saint, par Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Le vase de Troyes servit-il pour la manducation de l’Agneau pascal ?

 

Ses dimensions restreintes (1 pied de diamètre) ne permettent pas de supposer que ce fût le plat sur lequel était placé l’Agneau pascal. Elles donnent lieu de croire qu’il était la patène sacro-sainte où fut consacrée pour la première fois, par le Sauveur lui-même, la divine Eucharistie. Sur ce vase sacré, Notre-Seigneur prononça la parole toute puissante : " Prenez et mangez, ceci est mon corps.". L’inscription de notre vase confirme cette hypothèse. Elle atteste que Notre-Seigneur s’en servit quand il nourrit ses disciples à la Cène. Or, la vraie nourriture que le Sauveur distribua à ses disciples pendant la dernière Cène, ce fut son corps, qui, dit-il lui-même, est vraiment une nourriture.

 

        Nous ne pouvons, une fois de plus, que regretter qu’en cette nuit funeste de janvier 1794, ce vase, ainsi que tous nos reliquaires et la plupart de nos reliques furent livrés aux flammes par les mains sacrilèges de la Révolution.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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