Abbayes, Couvents, Congrégations...


Les Cordeliers


En 1236, le mystique saint François d’Assise prêche la pauvreté et l’humanité, et crée, avec Thibaut IV, comte de Champagne, les frères franciscains ou frères mineurs, plus connus à Troyes, sous le nom de Cordeliers. Leur nom leur est attribué par Jean de Beaufort, lors de la septième croisade. Pendant la croisade de 1250, le roi Saint Louis remarque des religieux très combatifs envers les Sarrasins, et demande leur nom. On lui répond qu’ils sont « de cordes liés » (cordeliers). En effet, ces moines portent sur leur robe de bure brune ou grise, une grosse corde, armée de nœuds de distance en distance, qui tombe presque jusqu’à leurs pieds et d'un capuchon court et arrondi.


D’abord fixés au faubourg de Preize, non loin de la porte dite de César ou de Comporté qui donne entrée à la ville sur l’actuel boulevard Danton, à la hauteur du Cirque, ils y demeurent environ 20 ans. Le Frère Jean, profès de la maison et docteur de Paris, sollicite auprès du Comte Thibaut V, la création d’un autre établissement à Troyes. Le pape Alexandre IV, le 14 juin 1259, donne une bulle à cet effet, et la première pierre dans le quartier de la Broce-aux-Juifs (où se trouve aujourd’hui la Maison d’Arrêt de Troyes), est posée par Nicolas de Brie, évêque de Troyes, le 14 juin. L’édifice fut achevé en 1263, et dédié sous le vocable de Saint-Jean-l’Evangéliste et de Sainte-Madeleine.

En octobre 1263, Thibaut, comte de Champagne, permet aux Cordeliers d'étendre  l'emplacement de leur établissement jusqu'au fossé de la tour royale, en y comprenant une ruelle qui séparait le couvent de la tour.

En 1271, le comte Henri III fit encore acheter en son nom quelques maisons et places pour augmenter le couvent et le fermer de murailles, et ratifia les donations de son frère Thibaut V. Depuis la réunion de la Champagne à la couronne, nos rois ont confirmé l’établissement des Cordeliers.En 1299, Philippe le Bel ordonne au bailli de Troyes « et à tous les justiciers de prendre ce couvent sous leur protection et sauve garde, et de les maintenir dans leurs privilèges ». Louis X le Hutin, en 1315, leur « fit rendre des aumônes et des legs pieux qui leur étaient refusés, et manda au bailli de Troyes de faire jouir ces religieux d’une place qui avait communication jusqu’à la Tour Royale ». Charles V, en 1378, fit rétablir la place du jardin et la rue ou passage entre le couvent et la cour. En 1381, Charles VI exempte les Cordeliers de tous droits d’entrée dans la ville. Charles VII, en 1432 leur remit une rente qui lui était due sur leur jardin, et amortit toute l’enceinte de leur couvent. Le 22 juin 1472, le pape Sixte IV accorde pour 20 ans des indulgences de 100 ans et autant de quarantaines aux fidèles qui donneront des aumônes pour la librairie ou bibliothèque placée au-dessus de la chapelle de la Passion et pour la réparation des autres bâtiments. Le 22 juillet 1475, le pape étend à perpétuité les indulgences précédentes. C'est par ces aumônes que fut achetée la chapelle de la Passion, détruite seulement en 1863. Louis XI les confirme dans « le droit de funérailles qui leur était disputé par les curés de Saint-Jean et de Saint-Remi. En 1476, Nicolas Guiorelli, docteur de Sorbonne, fait le projet de la chapelle de ce couvent, et intéresse à sa construction le pape Sixte IV, avec qui il a fait ses études.


Les diverses parties du couvent furent faites à plusieurs reprises. Vers 1523, le gardien Banqueville fit bâtir l’aile du cloître du côté du réfectoire.


François 1er leur remit « un cense de quarante sols  pour une partie de leur jardin, et leur accorde, en 1529, le Franc-salé, de six minots de sel », à la sollicitation du Père Antoine Vriot, docteur de Sorbonne. Dans la suite, ils n’ont plus joui que de 4 minots, et en 1574, ils ont encore essuyé la suppression d’un minot.


En 1546, le provincial Morelli, natif de Troyes, fit construire l’aile du côté de la sacristie et les 2 autres, avec le bâtiment qui regarde la rue du Bois et celui qui sert d’écurie aux chevaux de la maison du roi. Le provincial Regnault de Marescot le fit achever en 1581, et l’orna de diverses peintures « que le laps des temps a gâtées ». Ce Regnault fit aussi présent du pupitre de cuivre et du beau calice de vermeil qui n’a pu être vendu en 1689, lorsque le roi fit vendre les argenteries des sacristies, parce qu’on vit ces mots gravés au bas : « Non venundetur ». Jusque vers la fin du XVI° siècle, le couvent de Troyes fut très florissant, c'était "une pépinière de grands hommes, une source féconde de vertus, de science et d'éloquence qui alimentait les autres maisons du même Ordre. On compta plus de 60 religieux dans le couvent de Troyes, mais au commencement du XVII°, siècle ils n'étaient plus que 30, en en 1780, 12 seulement. 


L’église des Cordeliers est grande et belle. C'est un vaisseau unique comportant 5 arcades dans la longueur. L’édifice subit des transformations importantes du XIV° au XVI° siècle. Le jubé, construit en pierre est décoré d’ordre dorique. Des sculptures remarquables qui la décoraient, quelques unes nous sont restées : le groupe polychrome des saints Crépon et  Crépinien, aujourd'hui à Saint-Pantaléon, une Mater dolorosa et un Saint Jean, à Saint-Urbain, l'Ecce homo dont a hérité la cathédrale, et deux culs de lampe recueillis au Musée. L’église renferme la bibliothèque. Ces belles constructions sont dans le genre gothique. On voit sur l’un des vitraux, l’histoire d’une mère, qui, pendant le siège de Jérusalem par Titus, fit rôtir à la broche son propre fils et le mangea ! Il y avait autrefois dans cette église une très belle vierge d’albâtre, mais une disette de vin s’étant fait sentir, les Cordeliers la vendirent à des religieux proche de Tonnerre, afin d’avoir du vin pour offrir le sacrifice de la messe.


En 1629, le roi cède « aux bons pères cordeliers », certains bâtiments servant aux réunions publiques.


Près de l’entrée du couvent, qui se trouve en face de l’actuelle rue du Paon, 2 galeries couvertes en bois sont aménagées, où le public vient entendre les sermons. Aussi l’endroit s’appelle « le prédicatoire ». Et cependant, ce genre populaire n’empêche pas que l’église des Cordeliers ne soit fréquentée par la haute société troyenne.


Le vaisseau de la bibliothèque fut bâti en même temps que la chapelle. M. Hennequin, docteur et lecteur en théologie de la maison et société de Sorbonne, le trouva digne de servir de dépôt pour les livres qu’il voulait consacrer au service de ses compatriotes. Il en fit la donation le 22 novembre 1651, et, après sa mort en 1658, tous les livres, manuscrits et imprimés y furent déposés. Deux ans après, le chapitre provincial ratifia cette fondation, et les Cordeliers promirent « d’approprier le lieu qui serait appelé << La Bibliothèque de Troyes >> ». Ils s’obligèrent en même temps d’établir un bibliothécaire pour ouvrir la bibliothèque les lundis, mercredis et vendredis, depuis midi jusqu’au soleil couchant. M. Hennequin nomma, pour inspecteurs ou surintendants, l’Evêque de Troyes, le doyen de la cathédrale, le doyen des conseillers du bailliage et celui des conseillers de ville, qui doivent en faire le recollement tous les 3 ans. A la donation, il joignit 2.400 livres qui furent placées sur l’Hôtel-Dieu qui devait payer l’intérêt annuel aux Cordeliers. Dès cette époque commence de se former une bibliothèque publique à Troyes et dont l’actuelle en 2000, à vocation régionale, a recueilli les richesses.


Louis XIV, vers 1705, donne des subsides, pour réparer l’église « qui menaçait ruine ».


Ce couvent devient rapidement un centre très actif de la vie religieuse, la prédication franciscaine, essentiellement populaire, y contribuait. Mais ce nouvel établissement ne fut pas sans difficultés. Les chapitres de Saint-Pierre et de Saint-Etienne, et les curés de Saint-Jean et de Saint-Remi s’y opposèrent sous prétexte de droits annuels qui leur étaient dus sur quelques maisons. Frère Jean poursuivit l’affaire et la fit porter au pape Alexandre IV. Le souverain pontife nomma des arbitres, et il fut ordonné que les Cordeliers feraient une rente de 20 livres au chapitre de Saint-Etienne et au curé de Saint-Remi, ce qui fut exécuté et payé par les procureurs du comte de Champagne.


En 1414, l’évêque de Troyes convoque un synode, réunion préalable avant l’ouverture du concile de Constance. Il se tient dans le réfectoire des Cordeliers. Il se compose de prélats, d’abbés, de docteurs et d’autres députés au concile de Constance et est présidé par le patriarche d’Antioche.


Les cordeliers sont très populaires à Troyes. Des legs nombreux et le choix de ce lieu pour la sépulture de personnages notables en sont la preuve. Une noble dame y est inhumée en 1270, l’évêque Pierre de Villiers, à la fin du XIV° siècle, dans le chœur fut inhumé, en 1507, le P. Raphaël Lebel, ancien Provincial, nommé par le Pape Alexandre VI, à l’évêché de Tégitane, et donné pour suffragant à l’évêque de Troyes. Sous une arcade pratiquée dans la muraille du chœur est le tombeau de Michel Juvénal des Ursins, seigneur de la Chapelle-Gonthier, et bailli de Troyes, mort en 1470, et d’Yolande de Montberon son épouse. Dans la chapelle de saint François fut inhumé Oudart Colbert, seigneur de Villacerf, Saint-Pouange et Turgy, Robert de Chantaloë, seigneur de Baire, mort en 1535, et Catherine Dorigny son épouse, en 1550. On remarque encore la sépulture de Jacques de Mauroy, écuyer, seigneur de Plyvot, mort en 1561, et inhumé devant la chapelle du saint nom de Jésus, qu’il avait fait construire. Dans le caveau pratiqué sous le sanctuaire, sont Pierre Pithou mort en 1596, et François Pithou son frère, mort en 1621, avec leurs épitaphes. Pierre composa lui-même la sienne, et il ordonna qu’elle fut mise sur son tombeau. Cette église possède aussi les cendres de Claude et Henri Mauroy, Cordeliers, natifs de Troyes, morts l’un en 1570 et l’autre en 1572.


En 1493, le maire Edmond Boucherat est élu au réfectoire des cordeliers. En 1504, le chapitre général des cordeliers se tient à Troyes. Le général de l’Ordre en est le président. Le Pape attache à cette réunion des pardons et des indulgences. Ce chapitre est « le plus considérable de l’Ordre ». Lors de son décès, le corps du cardinal Charles de Lorraine, archevêque de Reims, est reçu en grande cérémonie au couvent des Cordeliers, où le service se fait aux frais de la ville. Lors de l’épidémie de la peste noire, en 1582, le Conseil de ville fonde aux Cordeliers, un service en l’honneur de Saint-Roch, qui est continué jusqu’en 1790.


Des confréries, des corporations eurent leur siège dans ce couvent, plusieurs chapitres généraux et provinciaux s’y tiennent, et en 1763, un chapitre extraordinaire, organisé pour l’élection d’un provincial, est présidé de la part du roi, par Joseph de Barral, évêque de Troyes.


Le couvent des Cordeliers de Troyes « a produit beaucoup de religieux recommandables par leurs vertus et par leur science. Il y a eu plusieurs docteurs et provinciaux qui se sont distingués par leur sagesse dans le gouvernement ». On a vu jusqu’à 60 religieux dans cette maison. En 1783, ils ne sont plus que 12, sous la dépendance de la custodie de Champagne (une custodie dans la famille franciscaine est une sous-province dépendant d'une province). En, 1789, les Cordeliers possèdent en France 284 couvents, qui sont tous fermés en 1790. L'église des Cordeliers est alors affectée à une écurie de passage pour la cavalerie.


Ce bel édifice, disparut définitivement en 1835, après de successives déprédations.    


La rue des Cordeliers a été tracée sur l'enclos qui séparait le couvent des Cordeliers du Château des Comtes de Champagne. Elle s'appelait avant le 12 août 1851, rue des Nouvelles-Prisons.


 

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