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Les Antonins de Troyes


L’Ordre de Saint-Antoine de Vienne avait pour but le soulagement des malades affligés de l’affreux mal qu’on appelait le feu sacré, le feu infernal ou le feu de Saint-Antoine, feu étrange qui brûlait tout noir et desséchait le membre qu’il atteignait.

         L’Ordre de Saint-Antoine est établi en 1095, au bourg de Saint-Antoine en Dauphiné, par un gentilhomme nommé Gaston et par son fils Girinde, miraculeusement guéri du feu sacré par l’intercession de saint Antoine.

         Les religieux Antonins s’appellent Frères, et le supérieur Grand-Maître. Ce n’est qu’en 1218 qu’ils obtiennent du pape Honorius III, la permission de faire les 3 vœux de religion. Ils portent au côté gauche, sur l’habit noir et sur le manteau long, la figure du tau couleur d’azur. A Troyes, le tau est surmonté de flammes.

         Les documents relatifs aux Antonins de Troyes sont fort rares. Le plus ancien titre qui se trouve dans les archives, est de 1268. Ce sont des lettres-patentes de Thibaut V, « roy de Navarre, comte Palatin de Champagne et de Brie,  du lendemain de Pâques, 9 avril,  par lesquelles il permet à frère Durand, maître de l’hôpital de Troyes, de faire entrer chacun an dans la ville, 3 tonneaux de vin pour la boisson, francs et quittes de portage, avec défense de lui faire, pour raison de ce, aucun tort ni grief ». L’année suivante, au mois de mars, ce prince renouvelle, par lettres-patentes, la même grâce aux frères de Saint-Antoine de Viennois. Il est clair, d’après ces 2 actes, que les Antonins ont, en 1268, un établissement à Troyes. Thibaut V, prince croisé avec saint Louis vient de prendre la route de Marseille pour s’embarquer. De Chaumont le 15 avril 1270, par de nouvelles lettres patentes, il donne au maître et aux frères de l’hôpital Saint-Antoine, 120 arpents de bois à prendre dans la forêt d’Isle. Plus tard, les Antonins font bâtir sur des terrains, une métairie qui est appelée Saint-Antoine-aux-Bois. Le 25 juin, de Marseille, Thibaut adresse des lettres-patentes, il leur donne 100 sous de rente sur le portage de Troyes. Les religieux devront célébrer pour lui, une messe tous les ans tant qu’il vivra, et après sa mort, il feront son anniversaire. En 1286, messire Aldobrandin de Sienne, médecin à Troyes, donne aux Antonins plusieurs biens, entre autres, quelques maisons, vergers et jardins, situés sur la rue de Saint-Abraham.

Où les religieux de Saint-Antoine de Vienne sont-ils établis à Troyes ? Sans doute dans la rue des Bûchettes (quartier de Comporté, s’est aussi appelée Clos-de-la-Madeleine), « tenant à la maison du Maître de l’Hôpital de Saint-Antoine », d’après la donation d’une maison qui leur est faite en 1294.

         Au XIII° siècle, comme plus tard, les quêtes sont, pour les Antonins de Troyes, la principale source de leurs revenus. Ces religieux doivent recueillir d’abondantes aumônes, car ils paient à la Cathédrale, pour le droit de quête dans le diocèse, une redevance annuelle de 22 livres, somme considérable au XIII° siècle. Après 200 ans de vie florissante, l’Ordre de Saint-Antoine tombe en décadence. Le pape Boniface VIII, en 1297, soumet les Antonins à la règle des chanoines réguliers de Saint-Augustin, déclarant : « que le premier supérieur s’appellerait abbé, et que toutes les maisons de l’ordre dépendraient et relèveraient de l’abbaye ou maison mère de Saint-Antoine en Dauphiné, qu’il déclarait chef de tout l’ordre et soumise entièrement au Saint-Siège ».

         En 1338, les Antonins de Troyes sollicitent la permission de s’établir près des murs de la ville, à l’entrée du faubourg Saint-Martin, dans la maison qui leur a été donnée dans la rue de Saint-Abraham, par le médecin Aldobrandin. Il leur est permis d’avoir un oratoire ou une chapelle, avec cimetière et hôpital pour eux, ceux de leur Ordre et pour les infirmes de la maison du feu de la saint Antoine. L’évêque de Troyes Jean d’Aubigny accepte, à condition que ces religieux ne reçoivent pas chez eux les habitants de Saint-Martin, en qualité de paroissiens, à moins qu’ils ne soient attaqués de la maladie du feu. Les Antonins  font bâtir une maison et une église avec cimetière en 1341. L’hôpital en faveur des pauvres malades de Saint-Antonin est construit en même temps.

         En 1590, les Troyens appréhendent que la ville ne soit assiégée à cause des guerres civiles qui troublent le royaume et que les ennemis s’approchent à la faveur de l’église et des bâtiments des Antonins. Il les font raser.

L’une des principales gloires de l’Ordre de Saint-Antoine au XV° siècle, est Pierre de Provins, précepteur de Troyes, docteur en droit canon.

         Dans le cours du XV° siècle, la Commanderie ou préceptorie de Saint-Antoine, placée à l’entrée de la ville, sur la route de Paris, sert souvent de pied à terre aux rois et aux princes, lorsqu’ils viennent à Troyes et font leur entrée solennelle. En 1486, le 12 mai, le jeune roi Charles VIII venant visiter la ville de Troyes, reçoit l’hospitalité à Saint-Antoine.

Le 25 mars 1553, le corps du duc de Guise, assassiné devant Orléans, est reçu solennellement par toute la ville de Troyes, dans l’église de Saint-Antoine.

Lorsqu’en 1554, Charles IX et Catherine de Médicis se rendent à Troyes pour les conférences de la paix avec l’Angleterre, le roi trouve à Saint-Antoine un festin qui lui a été préparé et un cheval frais pour faire son entrée dans la ville.

En 1590, leur église fut démolie en même temps que celle de la paroisse et la chapelle des Trinitaires de Preize, pour fournir des pierres au boulevard de Chevreuse. A la suite de cet événement, les Antonins, forcés d’émigrer, « jettent les fondements de l’église et bâtiments de Saint-Martin-ès-Vignes ». Ils construisent une maison « dans une belle et commode situation ». En 1625, le roi Louis XIII le Juste, ayant résolu de faire solennellement son entrée à Troyes, choisit cette maison pour y recevoir les hommages des habitants. Il se fait une joie de voir, d’une fenêtre de son appartement, défiler devant lui et tous les seigneurs qui l’accompagnent, la milice de la ville et des faubourgs, qui précède ensuite le cortège royal jusqu’à la cathédrale.

Mais bientôt, c’est le relâchement dans toutes les maisons de l’Ordre, les sujets manquent dans les noviciats, et en 1771, il est demandé de fermer toutes les maisons où ne se trouvent pas 20 religieux.

En 1777, les Antonins de Troyes s’unissent à l’Ordre de Malte et sont remplacés par les Ursulines acquéreurs de la maison en 1780.

         Pendant plus de 500 ans, les Antonins de Troyes se sont dévoués au soulagement des pestiférés et des pauvres malades.

 

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