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Carmélites devant le Tribunal Révolutionnaire


Anne Donon, née à Maison les Chaource, âgée de 40 ans, en religion sœur Chrétienne chez les Carmélites, Angélique Vitasse âgée de 32 ans, Thérèse Chenet âgée de 58 ans, et 5 autres sœurs du couvent de la Visitation de la rue du Bac, sont arrêtées le 30 novembre 1793.

Les religieuses sont au secret et endurent 5 heures de séance.

 

Elles refusent de prêter le serment de liberté égalité, en disant qu’elles ne vivent pas sous le régime de la liberté puisqu’elles sont prisonnières.

On les menace du Tribunal révolutionnaire : elles répondent qu’elles iront avec plaisir.

" Renoncez-vous à votre pension ?

Non, parce qu’elle représente les biens qu’on nous a pris.

Mais la loi défend de payer ceux ou celles qui refusent de lui obéir et comment vivrez-vous ?

La Providence aura soin de nous.

Mais la Providence ne vous donne pas de pain.

Nous ne demandons rien à personne.

Comme la République ne souffre pas d’ennemis dans son sein, on vous déportera, où voulez-vous aller ?

En France qui est notre patrie."

 

La sœur Chrétienne reste très ferme et refuse le serment. Le juge lui dit qu’elle est une menteuse parce qu’elle n’a rien voulu avouer et comme elle se défend avec force, il lui dit qu’elle est la plus méchante.

Une heure après minuit, le 1er décembre les religieuses sont conduites dans une maison d’arrêt, sans être munies des choses les plus nécessaires.

Elles restent 10 jours dans l’inconfort, avec 4 lits et 4 couvertures pour 8, et reçoivent la visite d’administrateurs qui, sur le champ, " leur font donner une chambre à feu et des lits ", et, durant 6 semaines, croyant être oubliées, elles restent dans le calme.

Cependant, un jour, à 2 heures du matin, les sœurs sont appelées et partent toutes, les unes après les autres, pour être soumises à l’interrogatoire.

Les dernières descendent à 5 heures du soir, et à "7 heures après le repas du juge ", la sœur Vitasse est conduite dans une grande salle.

Elle refuse obstinément de révéler les noms des prêtres qui leur rendaient visite et de faire le serment, malgré l’insistance pressante du juge et du commis greffier.

Elles sont alors mises sur la paille deux par deux dans de grandes chambres qui ressemblent à des caves par leur humidité et leur noirceur.

Elles y sont couvertes de vermine, ce qui n’est pas une petite souffrance car elles ne peuvent avoir la nuit un seul moment de repos.

 

Le 7 février, à 5 heures du soir, un huissier du tribunal et un gendarme viennent les prendre pour les conduire à la Conciergerie.

Le Tribunal Révolutionnaire de Paris juge l’affaire de ces 8 religieuses, prévenues de fanatisme et de refus de jugement.

L’accusateur public lit les chefs d’accusation, faux, qui sont tels, qu’elles pourraient aller à la guillotine.

Le président demande à sœur Chrétienne, après avoir procédé au même interrogatoire avec les autres religieuses, si elle veut faire le serment ou non.

" Avez-vous connaissance de cet écrit ? (c’était une pièce à conviction trouvée chez une sœur et émanant d’un prêtre).

Je l’ai entendu lire à la section et ici. "

Le président veut la persuader qu’elle a avoué dans son interrogatoire.

Elle se défend beaucoup, mais comme il veut lui soutenir qu’elle lui a dit, elle lui répond avec beaucoup de vivacité : 

" Non, mon père, je ne l’ai pas dit ", ce qui fait beaucoup rire les autres religieuses, ainsi que tous les assistants et le président lui-même est obligé de perdre sa gravité.

Le défenseur commis d’office, qui a été sur sa demande payé 200 livres d’avance, après une collecte faite en faveur des religieuses dans leur prison, déclare que, à cause de leur vie privée, il serait grand de ne pas les juger selon la sévérité des lois, et ensuite il demande la permission de leur faire un sermon républicain, ce qu’il fait sans les faire changer d’opinion.

Les juges attendent avec beaucoup de patience pour voir si elles se décident à faire le serment.

Sans succès, alors que beaucoup de personnes, gendarmes compris, leur adressent des exhortations à le faire.

Enfin, après délibération du jury, l’accusateur public les qualifie de vierges folles et lit le jugement.

Malgré l’effrayant réquisitoire, qui veut les impliquer avec les prêtres réfractaires contre la Révolution et les principes de la liberté et de l’égalité qui en sont la base, le tribunal se montre bienveillant.

Dans les questions posées au jury, Dumas qui préside l’audience en insère une qui est résolument négative et qui ôte au crime tout caractère intentionnel.

Ce fut leur salut.

Voici cette question :

" L’ont-elles fait dans le dessein de troubler l’Etat par une guerre civile en armant les citoyens les uns contre les autres et contre l’autorité légitime ? ".

 

Au lieu d’être condamnées à la peine de mort, les religieuses en sont quittes pour la déportation, qui n’a pas lieu, suite à la réaction thermidorienne.

 

Dumas fut guillotiné après Robespierre.

 

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