La Révolution


La Garde Nationale à Troyes en 1789


Au moyen-âge, la vieille cité des Tricasses a, pour se protéger contre les invasions du dehors et surtout contre les troubles intérieurs, une milice bourgeoise recrutée parmi les habitants. Mais, dans la suite des siècles, et notamment depuis 1694, cette milice est tombée dans une singulière décadence. A cette dernière date, son effectif ne comporte plus que 24 officiers au lieu de 49, et les compagnies qui la composent sont tellement réduites en nombre, qu’on en demande la réduction de 16 à 8.

La Révolution et les désordres qui signalent son début à Troyes, occasionnent la réorganisation de l’ancienne milice. Voici comment.

La nouvelle, bientôt répandue en province de la prise de la Bastille, l’esprit d’indépendance qui commence à agiter les masses, et surtout la misère produite par la disette qui règne alors en Champagne, a causé quelques troubles à Troyes et dans les campagnes environnantes. Des bandes de brigands désolent la banlieue. A l’intérieur de la cité, une foule de séditieux entretiennent dans les esprits une surexcitation dangereuse. On sent la nécessité d’en imposer à ces factieux et de rendre à la ville sa sécurité.

D’ailleurs, l’exemple de la capitale, qui vient d’instituer les gardes nationales, invite les Troyens à imiter leurs frères de Paris. De toutes parts, on réclame le rétablissement de l’ancienne milice.

Une première tentative faite dans ce but, le 20 juillet 1789, échoue. La nouvelle milice était composée d’éléments trop aristocratiques et les esprits prévenus contre elle la rejetèrent. C’est alors que la municipalité rassemble les districts à l’Hôtel de Ville, le 16 août, pour réformer les compagnies et les officiers. Cette fois, le résultat est tout différent du premier. Les membres élus sont jugés trop révolutionnaires. Le 29 août, après une émeute dans laquelle le maire, Claude Huez faillit perdre la vie, et après de nombreux pourparlers, les officiers municipaux réunis à l’Hôtel de Ville, convoquent les citoyens actifs pour élire définitivement leurs officiers. Ce n’est que le 17 octobre que la garde nationale troyenne est complètement organisée, par un règlement dûment approuvé et signé par tous les officiers et les volontaires de la nouvelle milice. Elle se compose, comme l’ancienne milice bourgeoise, de 14 compagnes, une compagnie de grenadiers et une de chasseurs leur étant annexées. Voici quelques dispositions du règlement : " Chaque compagnie de volontaires sera composée d’1 capitaine, d’1 lieutenant, de 2 sous-lieutenants, d’1 sergent-major, de 2 sergents, de 4 caporaux, de 4 appointés et de 40 volontaires. A la tête de la milice entière se trouve 1 colonel, 1 lieutenant-colonel et un major. Un aumônier est chargé du service du culte… L’uniforme consiste en un habit de drap bleu-céleste, collet, revers et parements de drap écarlate, doublure et passe-poil blancs, boutons blancs aux armes de la ville, fleurs de lys écarlates aux retroussés. Les revers de 3 pouces de large, garnis de 7 petits boutons et 32 gros au-dessous du côté droit… Veste et culotte de drap blanc, boutons de la même étoffe. Culotte noire du 1er octobre au 1er mai, chapeau bordé en poil de chèvre garni d’un petit bouton uniforme. Cocarde rouge, bleue et blanche surmontée d’un pompon de la compagnie. Guêtres en drap noir, jarretières pareilles et boutons de cuir. Col blanc une queue garnie d’une petite rosette et ruban noir… ".

Tel qu’il était, avec ou sans épaulettes, l’uniforme seul " enflait le cœur des nouveaux enrôlés… il fait un très joli effet, et plaît beaucoup aux dames ".

Ce n’est pas tout, d’équiper 1.000 hommes, il faut les mettre en état de se servir de leurs armes. A cet effet, on prend des gardes-françaises qui leur apprennent à faire de l’ensemble du régiment " un coup d’œil assez agréable ". Mais, au bout de 3 semaines, " ils commençaient seulement à se tenir assez bien, à s’aligner assez bien, et leurs maîtres étaient assez contents d’eux ".

Voici quelques extraits des consignes : " Il est expressément défendu d’établir des jeux de hasard, de quelques espèces qu’ils soient au corps de garde… Il est ordonné de ne laisser entrer personne dans la ville avec un fusil… Les patrouilles commenceront à 9 h du soir et dureront au moins 1 h… Les patrouilles doivent observer le plus grand silence, aller à petits pas, s’assurer s’il ne reste dans les cabarets aucun étranger…".

Dans les dernières années du Directoire, le service se fait plus mal que jamais. Les officiers laissent le commandement aux bas gradés, qui, à leur tour, négligent leur service.

Cependant, il serait ingrat de ne pas reconnaître que dans plusieurs occasions la Garde nationale troyenne se signala pas sa bravoure et son énergie ; notamment lors de l’assassinat de Claude Huez..

Lors de la mise en activité de la Garde nationale, le 21 juin 1791, le bataillon de l’Aube, laissé dans l’inaction au camp de Carvin, et désireux de combattre, sollicita et obtint d’aller à Saint-Domingue réprimer la révolte des nègres. Il s’y distingua à ce point, qu’en 1792, le gouverneur de l’île écrivait : " Je répondrais du succès des mesures qui me sont prescrites, si j’avais encore 3 bataillons d’une conduite aussi sûre que celui de l’Aube ! ".

    

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