POLITIQUE


Polémique électorale


Le Parti Radical et nos impôts


Un maire de l’Aube écrit dans la « Tribune de l’Aube » du 20 novembre 1902 :

« Le Parlement va être appelé à discuter le budget de 1903, présenté par M. le Ministre Combes. Aussi, me semble-t-il intéressant de mettre en parallèle les actes du parti radical, qui constitue la majorité gouvernementale actuelle, et les promesses que ce même parti nous prodiguait pendant la période électorale, et de noter, au fur et à mesure qu’elles pourront se présenter, les discordances, entre les paroles et les faits.

Je voudrais ainsi montrer à vos lecteurs combien ils ont été leurrés par les promesses de réformes qui emplissaient les cahiers électoraux du parti radical et combien peu maintenant les élus de ce parti se préoccupent de la situation économique qu’ils prétendaient transformer.

Cette situation économique mériterait cependant d’appeler l’attention de tous, car, depuis 2 années, le « déficit », un « déficit toujours croissant » a pu faire son apparition dans nos finances. Nous voyons cependant nos députés s’occuper de tout autre chose et n’aborder la discussion du budget qu’en dernier lieu, alors qu’il est trop tard pour en faire une étude approfondie.

Permettez-moi d’examiner cet important chapitre dont le vote étonne un peu de la part du parti radical. Les candidats de ce parti promenaient, il y a 6 mois, dans les villes et les campagnes, le remède qui devait mettre fin aux iniquités, aux inégalités des impôts directs, qui devait apporter un terme à la situation malheureuse de l’ouvrier, du petit commerçant, du cultivateur, de l’employé, écrasés par ces taxes qu’on qualifiait très sévèrement.

Cette panacée qu’on nous vantait, c’était l’impôt « unique, global et progressif » sur le revenu. Les candidats radicaux excellaient à en faire miroiter tous les avantages aux yeux des électeurs, et si l'on avait l’audace de faire des objections sur l’application de cette taxe, de montrer que l’hostilité bien connue de M. Waldeck Rousseau pour ce système d’impôt cher à leur cœur en rendant la réalisation bien problématique, certains candidats répondaient majestueusement « que si le parti radical entrait en majorité dans la Chambre nouvelle, il aurait pour premier devoir d’imposer cette réforme au chef du Gouvernement, qui n’aurait d’autre alternative que de se soumettre ou de se démettre ».

Le Président du Conseil, ému probablement par cette mise en demeure, s’empressait de se démettre après les élections en voyant le parti radical entrer en maître à la Chambre.

Les électeurs devaient penser après cela que c’en était fait pour 1903 de notre vieux système d’impôts et que les radicaux allaient avoir à cœur de tenir leurs promesses d’apporter dans la répartition des charges la justice et l’équité réclamées depuis si longtemps. Hélas ! C’eût été mal connaître un parti qui, s’il excelle à choisir une plateforme électorale, à promettre des réformes qu’il sait inapplicables, serait bien désolé de tenter quoi que ce soit pour la réalisation de ces réformes qui, une fois réalisées, ne pourraient plus lui servir à duper de nouveau les électeurs. Aussi, nous avons pu voir la majorité de la Chambre voter, sans discussion sérieuse, les 4 contributions directes présentées par le Ministère et contre lesquelles les candidats élus s’élevaient avec tant de force quelques semaines auparavant. Ils votaient, les radicaux, ces impôts qui écrasent si lourdement, si injustement le cultivateur dont le champ reste parfois stérile en dépit d’un dur labeur, ces impôts qui ruinent le petit commerçant succombant sous la charge de sa patente, ces impôts qui frappent l’ouvrier dans l’air qu’il respire, dans le jour qui l’éclaire.

Les députés radicaux ont oublié, après l’élection, les réformes fiscales qu’ils avaient promises et les contribuables continueront à payer en 1903 ces taxes dont le maintien devait, disait-on, déterminer la chute de tout Ministère hostile… Espérons que les réformes ne se traduiront pas par cet expédient, que M. le Ministre des Finances appelle la règlementation des bouilleurs de cru, règlementation qui condamnerait nos malheureux vignerons à une surveillance et à des investigations constantes et vexatoires de la part de la régie…

Que reste-t-il, après cela de la principale réforme du programme radical ?

Le souvenir, pour les électeurs dupés, des boniments par lesquels on a extorqué leurs votes et le regret d’avoir pu être trompés avec une telle impudence ! »  


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