La Politique


Aux électeurs 1848


Edouard Carteron
Edouard Carteron

Edouard Carteron, naît aux Riceys en 1816.

Elève de l’Ecole Polytechnique, il est maître au collège des Oratoriens de Troyes, fondé par les frères Pithou.

Il est nommé préfet de l’Ain en 1848, mais refuse le poste. Il devient Consul à Stettin, où il épouse une Allemande dont il a un fils, professeur de l’Université.

 

Voici ce qu’il écrit, daté de Troyes, le 25 août 1848 :

« Aux Citoyens du département de l’Aube. Citoyens, J’aspire à l’honneur de vous représenter à l’Assemblée Nationale ; je viens vous demander vos suffrages, avec l’assurance d’une conscience droite et pure. J’appartiens à une génération que sa jeunesse, en juillet 1830, a préservée des séductions de l’intrigue, et qui, laissée tout entière à ses premières et vives impressions, a voulu continuer seule cette éducation virile et mûrir, dans une retraite honnête et studieuse, ses principes de liberté. La sévère et noble culture de l’Ecole Polytechnique les a fortifiés en moi : on le sait, c’est l’heureux privilège, c’est l’honneur de cette Ecole, fondée par la République, qu’elle n’ait jamais démenti son origine et qu’elle ait toujours été ardente autant que mesurée. C’est là que j’ai appris à aimer, à choisir, à espérer la République. Républicain confiant et ferme, quand ce nom était proscrit, aujourd’hui, non de vaines chimères, mais le bien et la vérité, je sens en moi un redoublement de zèle et de ferveur. Le Génie de la République n’est point un Génie malheureux. L’Etat républicain n’est point la tempête dans le chaos : c’est un état vraiment social, et de tous le plus moral, capable de règle et de durée non moins que de gloire et de vertu. Telle est ma foi profonde. Est-ce à dire que je considère la situation nouvelle de la France avec un optimisme puéril ? Non. J’en connais, assurément, les difficultés et les périls. Je sais que c’est une œuvre d’héroïsme tranquille, et de forte sagesse que de fonder la République ; mais je sais aussi que les Républicains ne se reposeront pas avant de l’avoir accomplie. Ils veulent donner, ils donneront à la France, au-dehors, le rang qu’il lui faut : au-dedans, l’ordre vrai, l’ordre dans la liberté et par la liberté, au lieu de cet ordre apparent et mensonger, que la monarchie déchue vantait sans pudeur. Ce sera, j’en ai le ferme espoir, la gloire impérissable de notre République, d’avoir rendu à la France toute sa grandeur, de lui avoir fait connaître, pour la première fois, le repos véritable, en le fondant sur la base inébranlable du droit et de la justice. Et comment n’aurions-nous pas aussi la Liberté ? La France, qui l’a revue, ne peut plus s’en passer. Il y a un mois à peine, ce nom de République, qui éveille de si puissants souvenirs, n’était encore pour plusieurs qu’un objet d’épouvante ; tant, avec une habileté coupable, on avait évoqué le Fantôme sanglant de la Terreur ! Tactique odieuse ? on conviait les fils à maudire la mémoire de leurs pères !  Mais il faut le dire, à la gloire de la République de 92, car c’est une vérité que l’histoire proclame : la théorie de la Terreur n’est point d’origine républicaine ; elle émane directement des doctrines méchantes que pratiquait la monarchie de droit divin, alors que le bon plaisir était la loi suprême. Je repousse cette théorie qui sort du fond du moyen-âge, qui a eu son dernier retentissement dans les lois de septembre ; je la repousse, par ce qu’elle est immorale, par ce qu’elle témoigne d’un grand mépris de la dignité humaine, par ce qu’elle répugne à l’instinct généreux et à l’esprit magnanime de la  France. Nous n’avons que faire de cette théorie surannée ; qu’elle reste à jamais ensevelie dans le passé ! Nous voulons tous qu’aucune tache ne rouille notre jeune drapeau. Les mots qu’on y lit sont des mots de paix. Et, d’ailleurs, n’est-ce pas outrager la France, cette fière nation qui se rit des menaces, n’est-ce pas se moquer d’elle que de prétendre lui faire peur ? Pour moi, je le dis hautement : A tout ce qui n’est pas la République, à tout ce qui serait indigne d’elle, à tout ce qui attenterait à la liberté, aux droits sacrés de la conscience, à la propriété, j’opposerai avec constance une conviction profonde, invincible à toutes les ruses comme à toutes les violences. Ce nom de République, si plein de séduction et d’empire, a charmé ma jeunesse ; je resterai fidèle au culte de mes premières années ; je donnerai à la République l’activité entière de mon âge mûr. Je la servirai sans faiblesse, la faiblesse trahit à la fois la tiédeur et l’inconsistance ; sans violence, la violence est le mensonge de la force ; sans exagération, l’exagération est la fausse monnaie du patriotisme »

 

Edouard Carteron décède à Paris en 1861, à l’âge de 45 ans, après une longue maladie. C’était le frère du docteur Paul Carteron des Riceys.

 

Ecole Polytechnique
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