La Politique


Aux Electeurs 1817


Casimir Perier (1776-1832)
Casimir Perier (1776-1832)

Un Electeur de l’arrondissement de Troyes écrit le 14 novembre 1817 : « On vous adresse aujourd’hui un langage insidieux et nouveau. Les mots indépendants, libéraux, citoyens, n’effarouchent plus les familiers du pouvoir. Ils invoquent vos consciences et vos sentiments. Des personnalités indirectes attaquent les hommes de votre choix : comparez et jugez. Les journaux de Paris vous imposent des candidats qui habitent loin de vous, que vous n’avez jamais vus, dont vous ne pouvez connaître ni apprécier le caractère, la bonne foi, les antécédents, la fortune, la probité, le désintéressement ! Ils en ont menti, ces obscurs libellistes dont l’imprimeur même rougit de se nommer.

Qui de vous ignore le noble caractère, l’infatigable énergie de M. Casimir Perier ? Est-il étranger à votre département où il paie 15.000 f d’impôts, où il crée aujourd’hui même un établissement agricole important ? Sa probité, son désintéressement sont notoires. Ne le voit-on pas figurer en tête de toutes les souscriptions bienfaisantes, de toutes les entreprises honorables ? Sa signature commerciale n’est-elle pas respectée dans les deux mondes ? S’est-il montré faible pour la défense de nos libertés ? A-t-il méconnu les prérogatives royales qui doivent en être le plus ferme soutien ? A-t-il trahi son mandat pour la faveur ministérielle ? A-t-il voté les lois du sacrilège, du droit d’aînesse, de l’esclavage de la presse ? A-t-il repoussé les éclaircissements sur les dilapidations du trésor ? A-t-il aveuglément voté vos budgets d’un milliard ? A-t-il contre le texte formel de la charte prorogé pour 7 ans le mandat donné pour 5 et révocable par cinquième d’année à l’autre ? A-t-il applaudi les mesures acerbes du ministère, les destitutions de royalistes éprouvés dans lesquels on a frappé l’académie française, le licenciement de la garde nationale qui deux fois sauva Paris, et  à laquelle, dans un temps de funeste mémoire, Louis XVIII confia le dépôt et la conservation de la liberté publique.

Electeurs, à toutes ces questions, votre réponse n’est pas douteuse. L’inébranlable constance, l’admirable talent du candidat que vous avez choisi imposent silence à toutes les calomnies, comme ils ont fait taire au milieu de vous ces nobles rivalités qui se montraient dignes aussi de votre mandant.

M. Pavée de Vandoeuvre est-il à Bar-sur-Aube un candidat dont on ignore le caractère, les antécédents, la fortune et la probité ? N’a-t-il pas déjà siégé à la Chambre ? N’est-il pas honoré de l’animadversion ministérielle ? Ce titre seul nous suffirait. Le ministère rejette ou délaisse les talents distingués et les caractères honorables.

M. De la Briffe, que l’opposition porte au collège départemental serait-il, par hasard, un homme dont nos ministériels redouteraient la modération ? L’indépendance qu’il tient de sa fortune et de sa conscience est-elle un titre d’exclusion ? Adoptons-le parce qu’ils le rejettent. Nos rangs s’ouvriront à tout ce qui leur déplait.

Les Caméléons, continuent de tromper, disent que les indépendants ne veulent point de maîtres. Les indépendants veulent obéir aux lois et non aux caprices changeants d’un ministère qui semble conjuguer à la fois la triple ruine de la religion, du trône et de la patrie, puisque, jouet des jésuites, il met en péril nos institutions et ne rougit pas d’adopter, ses seuls moyens d’administration.

Il y a, disent-ils, quelque honneur à marcher avec nos magistrats, nos administrateurs et les délégués du roi ! Les administrateurs et les délégués dont ils parlent, ce sont eux et les leurs. Repoussons-les de toute l’énergie de nos votes. La magistrature !… Les ministériels savent qu’elle ne marche plus avec eux.

Qu’ils ne parlent pas des cent jours, ni de révolution, ni de libéralisme : nous voulons tous le pouvoir et l’hérédité des Bourbons. Nous voulons sauver les bienfaits de la restauration. Les hommes qu’ils imposent, nous garantiront-ils ? Tous ont appuyé leurs lois désastreuses, tous ont encouragé leurs mystérieux projets plus désastreux encore. Aucune des tristes prévisions des amis de la liberté légale n’a été déçue. Les candidats ministériels veulent ce que donne le ministère, de l’or et des places. Ils le veulent au prix que le ministère y met, l’abnégation de la conscience et la servilité absolue de l’opinion .

 Si l’on glisse à l’oreille de quelques électeurs que les candidats du ministère sont constitutionnels, libéraux même, on cherche à les égarer. Pour être tels, ces candidats auraient menti à ceux qui les envoient, et ne mériteraient que mépris universels. Mais non, voyez leur conduite publique, jugez-les sur leurs votes, sur leurs places, sur la faveur dont ils sont entachés, et repoussez-les de fonctions qui, destinées par essence à contrôler l’administration, ne sauraient être confiées aux hommes qui la composent, et qui suivent avec elle un système de déception et  de violence réprouvé depuis trop longtemps ».

(Jean Casimir-Perier est le petit-fils de Casimir Perier 1777-1832, président du Conseil sous Louis-Philppe 1er sous la Monarchie de Juillet, et le fils d'Auguste Casimir-Perier 1811-1876, ministre de l'Intérieur dans le gouvernement d'Adolphe Thiers).

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