C'est notre histoire



Un régiment d'Artillerie à Troyes ?


En 1909, il était question que notre ville allait ou non recevoir un Régiment d’Artillerie, et cela faisait beaucoup de discussions, entre les « Pour » et les « Contre », chacun donnant son avis.

 

Le Syndicat d’Initiative de l’Aube crée en 1905, une Revue Mensuelle dénommée : « Le Soleil Levant ».

 

         Dans le n° 12 de décembre 1909, nous lisons les très amusantes réponses, faites par des Troyens et Troyennes, au journaliste qui leur posait des questions à ce sujet. Je vous les rapporte tels quels :

 

         De Philinte : « Oui-da nous l’aurons notre régiment d’artillerie. Nous l’aurons bientôt. Il sera superbe. Il y aura des canons avec lui, savez-vous. Et même peut-être de la musique. Ah ! Monsieur, pour notre ville quelle animation ! Quelle joie ! Quelle prospérité ! Le commerce va reprendre, l’industrie aussi. Les affaires seront prospères, comme dit la chanson, tout ira bien et les magasins seront pleins. Ce sera l’âge d’or de la cité. Car la musique, monsieur, nous l’aurons sûrement aussi la musique, jouera alternativement avec la fanfare de nos petits chasseurs, et même simultanément. Accords, plaisirs, richesses… nous aurons tout cela. Quoi ?... Qu’est-ce que vous dites ?... De nouveaux impôts ? Et puis après ? Est-ce que vous n’y êtes pas habitués ?... Est-ce que vous n’en payez pas tous les ans, des impôts nouveaux ? Eh bien alors !... Pensez-vous, ô naïf ! Que faute de régiment vous ne les auriez pas payés tout de même pour autre chose et même pour rien du tout ?… Cela vous indigne ? Je m’y résigne. Quand on n’a pas ce que l’on aime, on doit aimer ce que l’on a… ».

 

         Autre cloche, même son : « Vive notre régiment d’Artillerie ! Je ne sais pas faire de grandes phrases. Et d’ailleurs je n’aurais pas le temps de les écrire, car il y a l’heure de l’apéritif. Mais je suis très heureux de voir des soldats ici et surtout des artilleurs, parce qu’ils ont l’habitude « du canon ». Petit vin des Riceys, le canon, 20 centimes. Consommations soignées, prix modérés, à la renommée du picolo. X…, marchand de vin ».

 

         Voyons maintenant les mécontents : « J’aime beaucoup les militaires. Je suis nourrice. A Troyes, il n’y a pas assez de soldats. Des chasseurs à pied, ça n’est pas des soldats… puisque c’est des chasseurs à pied ! Demandez à toutes les nourrices de la ville, elles vous le diront. Un soldat, c’est un homme qui porte la culotte rouge et qui est « un pays ». Aussi, quand Mélanie – Mélanie c’est la cuisinière – m’a dit que son bon ami qui est secrétaire à la section, et lui avait dit que son adjudant avait entendu dire qu’il allait venir un régiment à Troyes, j’ai été contente, vous pensez. Mais, quand Mélanie a ajouté que l’adjudant avait dit à son bon ami, qui est secrétaire à la section et qui lai avait dit ce qu’elle m’a dit, que ce serait un régiment d’artillerie, alors je me suis dit que ce n’est vraiment pas la peine. Des artilleurs ? Qu’est-ce que vous voulez que nous fassions de ça ? Allez dans les jardins publics. Vous voyez des bonnes d’enfant qui se promènent avec des militaires, jamais avec des artilleurs ! C’est de l’infanterie qu’il nous faut ! Un régiment de ligne ! Nous autres nourrices nous demandons des fantassins en pantalons rouges, épaulettes de même couleur et képi pompon. Sans quoi, nous aussi, nous allons augmenter le prix du lait ! Bien entendu, il faudra encore que ces soldats-là soient de recrutement de Nevers. Des pays quoi ! Autrement, y a rien de fait. Catherine, nourrice morvandelle ».

 

         Dernière réponse d’Alceste : « Un régiment d’artillerie est-il, à Troyes, utile ou inutile à la défense nationale ? Je n’en sais rien. S’il est utile, qu’on l’y mette – quand bien même personne ne le voudrait. S’il est inutile, qu’on ne l’y mette pas – quand bien même tout le monde le demanderait. Voilà peut-être ce que tous pensent, voilà certes, ce que nul ne dit. Je le dis, moi, comme tout ce que je pense. Je veux qu’on soit sincère et qu’en homme de cœur, on ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.   

 


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