C'est notre histoire



Grève de 1921  


Le 2 mars 1921, alors que de nombreux indices accusaient déjà un abaissement sensible du coût de la vie, la Chambre Syndicale des Fabricants de Bonneterie signait avec les Syndicats ouvriers du Textile une Convention relative au calcul de l’indemnité de cherté de vie.

         Au terme de cette convention, conclue pour une durée de 6 mois, l’indemnité de cherté de vie devait varier proportionnellement aux fluctuations du coût de la vie telles qu’elles ressortiraient des constations de la Commission Départementale d’Etudes du Coût de la Vie.

         A cette époque, les salaires de la Bonneterie à Troyes avaient atteint des taux qui les classaient parmi les plus élevés de ceux de l’industrie française.

         Cette Convention du 2 mars prévoyait qu’à une variation de 6 % du coût de la vie, par rapport à avril 1920, correspondrait une variation de 0,80 f par jour, soit de 0,10 f de l’heure, de l’indemnité de cherté de vie. En effet, en prenant pour base un salaire journalier moyen de 16 f, 5 % de ce salaire correspondent à 0,80 f, c’est-à-dire à 0,10 f de l’heure. Il était donc équitable de faire correspondre une variation de 0,10 f  de l’heure à une variation de 5 % du coût de la vie.

         Or, en remplaçant les variations de 5 % par des variations de 6 %, la Chambre Syndicale allait même au delà de ce qu’elle devait.

Au cours de la période pour laquelle elle a été conclue, cette Convention a joué à 3 reprises différentes à la baisse. La Commission Départementale d’Etudes du Coût de la vie ayant en effet constaté les 25 février, 25 mars et 25 juillet 1921, les baisses respectives de 9,57 %, 13,2 % et 19,48 % par rapport au point de départ, 3 diminutions successives de 0,10 f de l’heure chacune (soit au total, 0,30 f de l’heure) furent appliquées les 7 mars, 1er avril et 1er août, conformément aux termes de l’accord.

Le 2 septembre 1921, le contrat du 2 mars arrivait à expiration au moment où, par suite d’un léger renchérissement du prix des denrées, il allait jouer à la hausse s’il avait été prorogé.

C’est alors que le Syndicat Ouvrier du Textile souleva un conflit à l’occasion du renouvellement dudit contrat. S’appuyant sur le fait (non démontré) que les différentes augmentations de salaires consenties depuis 1914, n’auraient pas suivi l’augmentation de la vie, le Syndicat Ouvrier du Textile revendiquait le 1er septembre, une augmentation uniforme de 5 F par jour environ sur tous les salaires.

Le 24 septembre, sans attendre le résultat des pourparlers en cours et avant d’avoir employé les moyens possibles de conciliation, il faisait décréter la grève générale de la corporation pour le surlendemain 26.

La revendication qui au début était de 5 f par jour, fut ramenée le 27 septembre à 2,40 f puis, le 19 octobre à 0.80 f.

Les dirigeants du Syndicat proposaient, en outre, un contrat aux termes duquel une augmentation de 0,10 de l’indemnité horaire de vie chère serait accordée à chaque hausse de 4 % du coût de la vie, tandis qu’il aurait fallu une baisse de 6 % de ce coût pour entraîner une diminution égale de 0,10 f de cette même indemnité.

De telles prétentions étaient inacceptables pour la Chambre Syndicale des Fabricants de Bonneterie : il aurait suffi, en effet de quelques oscillations tantôt en hausse, tantôt en baisse, pour déterminer une augmentation de l’indemnité horaire de vie chère quand bien même le coût de la vie serait revenu exactement au même taux. Cela aurait été le développement systématique de la « vie chère », avec toutes ses conséquences désastreuses et en particulier, une charge supplémentaire croissante pour l’industrie de la bonneterie de Troyes.

Dans un but d’apaisement, pour témoigner son désir de conciliation, la Chambre Syndicale accepta le 28 octobre, l’arbitrage de M. le Préfet de l’Aube. Le 1er novembre, M. le Préfet rend sa sentence arbitrale, mais, interpelé par la Chambre Syndicale, reconnait son erreur le 4 novembre, et modifie sa décision.

Le 7 novembre, les ouvriers reprennent le travail.  

Le 1er décembre 1921, la Chambre Syndicale des Fabricants de Bonneterie, en tirait cet enseignement : « L’arrêt du travail pendant 6 semaines, il ne faut pas se le dissimuler, a causé un tort considérable à l’industrie troyenne réservant peut-être à tous, d’amères déceptions. Outre que cet arrêt a détourné de Troyes des commandes qui n’y viendront plus, il a favorisé le développement des industries concurrentes dans d’autres pays, il a favorisé l’importation allemande, il a préparé ainsi pour un avenir peut-être prochain, un chômage qui, succédant aux misères présentes, ne pourra qu’être douloureusement ressenti par la classe ouvrière, il a enfin ouvert la voie à la décentralisation de la bonneterie troyenne qui, insensiblement et poussée par la nécessité, aura tendance dans l’avenir à émigrer pour le plus grand détriment de la main d’œuvre locale. Il est permis d’espérer cependant que la classe ouvrière laborieuse saura puiser dans les leçons du passé, un enseignement salutaire pour l’avenir et que dorénavant, avant de se laisser entraîner dans une aventure aussi grave, elle réfléchira aux conséquences funestes qui peuvent en résulter non seulement à son point de vue particulier, mais encore au point de vue de l’intérêt supérieur de la collectivité.

La Chambre Syndicale des Fabricants de Bonneterie, confiante dans le bon sens des ouvriers, conserve en outre l’espoir que ceux-ci auront à cœur aujourd’hui, par leur travail, de rendre à l’industrie troyenne un peu de cette prospérité qu’ils lui ont fait perdre pendant 6 semaines. Il a paru bon que la morale à retenir des récents  événements fut dégagée en toute impartialité ».   

 

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