Les communes auboises



Le Bibliobus de l’Aube


Une ordonnance du 2 novembre 1945 est à l’origine de la création des « Bibliobus », mais les Aubois peuvent s’enorgueillir d’avoir été à l’origine de cette ordonnance, car l’idée avait été lancée plus de 70 ans avant ! (Merci Robert Poisson).

Appolinaire Dugas, maître d’école à Bucey de 1870 à 1874, revient s’y marier en 1875, avec son élève Marie-Valentine, la fille du cordonnier Adérald Dionnet, alors âgée de 15 ans. Alors qu’il a 38 ans, il est remarqué par Casimir Périer, futur Président de la République, qui vient d’être élu à Nogent-sur-Seine. Il refuse sa proposition de travailler dans un ministère, car son épouse ne veut pas quitter le département. En dehors d’une carrière hors du commun, c’est son mémoire à propos d’un projet de bibliothèque itinérante, qui en fait « l’inventeur du Bibliobus » !! Ce modeste maître d’école fut en effet un visionnaire ! L’un des maîtres-mots de la troisième République naissante, c’est l’instruction publique. Il veut illustrer le vers célèbre de Victor Hugo : « Chaque enfant qu’on enseigne, est un homme qu’on gagne ». Il faut proposer la lecture publique, développer la culture du peuple, et par là même, aider à son émancipation. Appolinaire Dugas reprend à son compte une idée qui est dans l’air : « il faut aller vers le lecteur et offrir un plus grand nombre de livres, et surtout d’un plus grand choix ». Il va présenter un mémoire concernant une bibliothèque circulante, qui ira de village en village, d’école en école, proposant aux instituteurs, à leurs élèves, mais aussi aux adultes, un stock de livres qui sera renouvelé régulièrement. Il établit le budget pour ce nouveau et, pour l’époque, révolutionnaire service. Les livres seraient transportés dans une voiture-magasin, sorte de roulotte, ingénieusement agencée, tirée par un cheval. Coût de l’investissement : 6.200 f, répartis entre les communes intéressées : 1.800 f pour la voiture, 1.000 f pour le cheval, 900 f pour sa nourriture et son entretien, 2.300 f pour le traitement annuel du bibliothécaire, 200 f pour les frais d’entretien de la voiture et des harnachements. A partir de la seconde année, les communes n’auraient plus à leur charge que les dépenses de fonctionnement estimées à 255 f pour chacune d’elles. Appolinaire construit la maquette de la bibliothèque roulante. Elle peut contenir 2.000 volumes, et il prévoit l’agencement de cette bibliothèque roulante, son approvisionnement, les moyens de contrôle, le fonctionnement : chaque voiture passerait 4 fois par an dans chaque commune, et chaque jour, elle pourrait en desservir 5, et enfin, ses fonctions annexes : musée herbier de plantes médicinales. Une exposition scolaire se déroule à Troyes en mai 1883. Elle réunit 10 départements. C’est dans ce cadre qu’Appolinaire Degas présente son mémoire, qui, malheureusement « est boudé »   

L’exposé des motifs précédant l'ordonnance du 2 novembre 1945 mentionnait que « l’entretien d’une bibliothèque publique dépassant les possibilités budgétaires de la plupart des petites communes, notamment de celles dont la population municipale est inférieure à 15.000 habitants, il est nécessaire que l’Etat vienne en aide à ces communes. Les expériences françaises et étrangères, ont montré qu’à l’octroi de subventions ou à des dons de livres, il fallait préférer un dépôt temporaire et renouvelable de livres. Ce ravitaillement doit être assuré, dans chaque département, par une bibliothèque centrale disposant d’un bibliobus ».

Ce n’est qu’en 1946 que fut créée, en France, une organisation nationale et officielle. Le projet établi à ce moment par la Direction des Bibliothèques et de la Lecture publique prévoyait l’installation d’une bibliothèque de prêt dans chaque département, avec, à l’échelon régional, une bibliothèque centrale, régionale, chargée de prêter des ouvrages de références ou d’étude, servant en outre de Centre de documentation pour la région.

Des initiatives régionales ont amené la création d’une catégorie de bibliothèques circulantes : les « Départementales », créées et gérées par les Conseils Généraux. Le « Bibliobus de l’Aube » entre dans cette catégorie.

Le 23 novembre 1948, l’Association des Amis de la Bibliothèques Municipale de Troyes décidait la création d’une « Bibliothèque départementale de prêt » et recevait une subvention de 150.000 f pour le fonctionnement de ce nouvel organisme. C’est ainsi que dans 40 communes, des livres furent expédiés.

Les employés du Service départemental de l’Hygiène, convoyeurs bénévoles et complaisants, distribuaient au cours de leur tournée, les caisses d’ouvrages dans les chefs-lieux de canton : Piney, Ramerupt, Chavanges, Chaource, Villenauxe, Marcilly, Bouilly… Quelques milliers de livres préparés par 1 seul employé, distribués d’une façon irrégulière, ne suffisaient pas à la demande croissante des nouvelles communes. Une autre solution s’imposait.

Le 13 mai 1953, le Conseil Général de l’Aube, conscient du rôle important de la lecture publique, créait l’« Association du Bibliobus de l’Aube », composée de 4 conseillers généraux, de M. l’Inspecteur d’Académie, de M. l’Archiviste du département, de la Bibliothécaire de la Bibliothèque municipale de Troyes et de différentes personnalités. Une subvention de 2 millions de f permettait l’achat d’une camionnette aménagée de rayonnages et donnait ainsi un élan nouveau au Bibliobus.

C’est mon ami Jean Morlot, instituteur détaché (que j’avais choisi comme trésorier de la Maison des Jeunes et de la Culture), qui a été l’âme de ce projet, et en est resté le Directeur jusqu’à sa retraite.  

Deux employés permanents allaient se lancer sur les routes de l’Aube et distribuer les lectures passionnantes et instructives aux habitants des villages les plus isolés.

Le Bibliobus circule dans tout le département. Les responsables des dépôts choisissent sur les rayonnages de la camionnette les livres qui correspondent aux goûts des lecteurs. Puis aux heures de l’ouverture de la bibliothèque à l’école ou à la mairie, toute personne peut venir emprunter dans la caisse déposée, le livre attrayant et moderne, qui leur fera passer d’agréables soirées.

Le principe de la « gratuité du prêt » aux particuliers contribue à augmenter considérablement le nombre des lecteurs. « LE LIVRE » est mis à la portée de toute la population rurale, et peut pénétrer dans les plus modestes foyers. Néanmoins, les communes participent aux frais de distribution et d’entretien des livres, en votant une subvention de 10 f par an et par habitant.

Le Conseil général a su mettre en œuvre, dès le départ, les moyens nécessaires à l’extension du service. Il a compris qu’il était préférable de donner une forte subvention, afin de permettre au Bibliobus d’avoir à sa disposition un fonds important de livres, lui donnant la possibilité de ravitailler un plus grand nombre de communes. Chaque année, 5.000 livres nouveaux viennent augmenter le fonds, donnant ainsi une vitalité constante à la Bibliothèque. De nombreuses communes, desservies demandent des dépôts plus importants, ce qui montre le succès sans cesse croissant  que rencontre l’initiative du Conseil général auprès de la population du département de l’Aube.

La direction des bibliothèques de France encourageant l’effort départemental, a accordé des subventions proportionnelles aux sommes votées par le département, et de l’ordre maximum de 33 %, cette participation étant versée en espèces et en nature par l’envoi des ouvrages demandés par le bibliothécaire. Tous les livres reçus sont immédiatement inscrits et équipés avant de circuler de village en village où enfants et adultes les attendent avec impatience.

Les lecteurs de nos campagnes recherchent surtout le « livre de délassement », avec un grand enthousiasme pour les romans policiers ou « à l’eau de rose », historiques ou d’aventures. Les  récits vécus de voyages, d’exploration, de guerres, sont aussi fréquemment demandés. Le vigneron du canton des Riceys demande le manuel de viticulture ou de vinification. Les traités d’apiculture circulent dans de nombreux villages. Les agriculteurs, nouveaux possesseurs de tracteurs veulent se documenter et recherchent des traités de mécanique…     

Ainsi, le Bibliobus rend de réels services en contribuant à l’extension culturelle dans les plus petits villages, en aidant à la promotion du monde rural, afin que culture et délassement soient possibles dans tous les foyers

Un grand merci à Appolinaire Dugas, le véritable inventeur du Bibliobus et à Jean Morlot, dont la presse locale semble avoir oublié les rôles.

Maquette roulante
Maquette roulante
Appolinaire Dugas
Appolinaire Dugas

 

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