Archéologie


Découvertes numismatiques

Antonin le Pieux
Antonin le Pieux

 

Le 24 juin 1726, dans une vigne située aux Fallets, près de la porte Saint-Jacques, Martin Boutard et Rousselet, dit l’Endormi, font une fosse pour planter un cep de vigne. Lors du dernier coup de bêche, Boutard enlève le couvercle d’un pot de terre, et voit des pièces d’or se répandre autour de lui. D’un second coup, il enlève le pot dans lequel il compte 212 pièces d’or de la plus belle conservation. Le pot, une urne en terre rouge, a la forme d’un creuset, semblable aux bocaux de verre suspendus dans les lampes des églises. Les pièces d’or arrivent au cabinet du Roi qui, pour dédommager les chanoines de la cathédrale, dont le Chapitre est propriétaire de la vigne des Fallets, fait faire à ses frais le grillage qui fermait autrefois le sanctuaire de la cathédrale.

 

         Les médailles trouvées sont toutes de Néron jusqu’à Marc-Aurèle, c’est-à-dire « du plus beau siècle de l’empire romain pour les médailles ». Le trésor de la vigne des Fallets comprend donc des aurei monnayés depuis l’an 54, jusqu’à l’an 180 de l’ère chrétienne.

 

            Au mois de septembre 1838, le sieur Benoist, habitant faubourg Saint-Jacques, trouve dans ses terres 2 pièces d’or d’Antonin-le-Pieux, qu’il vend.

 

A l’automne 1839, cultivant son jardin, il y trouve 2 nouvelles pièces d’or : 1 aureus de Néron avec la déesse Salus au revers, et un autre à fleur de coin, d’Antonin-le-Pieux, de sa XIX° puissance tribunitienne (année 157 de J.-C.). Ces 4 pièves d’or proviennent du sol de la vinée, avec des débris de constructions gallo-romaines, tuiles à rebord et poteries de toutes sortes, le tout pêle-mêle au milieu de cendres et de bois carbonisés, témoins d’un incendie. Tous ces renseignements nous permettent de conjecturer que le trésor des aurei romains a été caché dans la vigne des Fallets en prévision d’un danger, à l’approche d’une bande ennemie, afin d’être soustrait à sa rapacité, comme aussi les vestiges d’incendie et le trésor lui-même resté en place, nous attestent que l’invasion redoutée s’est réellement abattue sur Troyes, y portant le pillage et le feu, et semant de débris le quartier gallo-romain qui bordait, à l’est de notre cité, la grande voie de Lyon à Boulogne-sur-Mer par Auxerre, Avrolles, Troyes et Arcis.

 

Vers 1880, un manouvrier de Montangon, Onésime Biétrix, en creusant un fossé dans la tourbière située entre Montangon et Villevoque, au-dessous de Piney, trouve une quarantaine de grands bronzes du siècle des Antonins. Ces  pièces sont encore empilées et comme collées l’une à l’autre. Elles ont dû être enfermées dans un rouleau pour être ainsi confiées à la terre en un moment de détresse. Toutes se ressentent d’un séjour de dix-neuf siècles dans ce milieu bourbeux. Il y a : des grands bronzes frappés en 154, d’Antonin-le-Pieux, sa tête laurée à droite, des ANNONA AUG COS IIII – S.C. L’Abondance debout à gauche, tenant 2 épis et 1 ancre, avec à ses pieds, à gauche, le modius rempli d’épis et de pavots, des bronzes de 154, avec Antonin debout sur une cippe dans un temple à coupole cintrée, soutenue par 4 colonnes surmontées de Victoires, l’empereur tenant une branche de laurier et une enseigne, d’autres, avec Antonin tenant une patère au-dessus d’un trépied allumé, et un livre, ou la Paix debout, mettant le feu à un amas d’armes et de dépouilles, et tenant une corne d’abondance,  ou une colonne placée sur une base et surmontée de la statut d’Antonin debout, tenant un globe et un sceptre, ou une Vesta voilée tenant un flambeau allumé et le palladium, ou Victoire marchant à gauche, et tenant une couronne et une palme, ou Jupiter assis tenant une Victoire et un sceptre, ou Marc-Aurèle debout, tenant un sceptre et relevant l’Italie tourelée à genoux, qui tient un sceptre, ou Faustina Augusta en buste, en cheveux, avec deux rangs de perles, ou l’Allégresse debout, à gauche, tenant une longue palme et une corne d’abondance, ou Victoire, à demi-nue, assise sur des boucliers, tenant une palme et un bouclier sur son genou, des  monnaies de l41, 159, 160, 161, 167, 173, 174, des monnaies de l’Empereur Commode de 184, ce qui permet de penser que ce rouleau de grands bronzes a dû être caché dans la tourbière de Montangon, de 185 à 190.

 

A quel fait historique convient-il d’attribuer ces frayeurs des Gallo-Romains de Troyes et ce désastre du quartier Saint-Jacques ?

 

A cette époque, Troyes est en pleine prospérité, la paix romaine y a largement développé le commerce et l’industrie, le négoce des marchands italiens, établis partout dans les cités gauloises, y a entassé des richesses monétaires dont les découvertes numismatiques nous signalent les vestiges dans la partie orientale de la ville, l’Augustabona gallo-romain. Les Troyens voient avec effroi le passage des bandits de Maternus. Ce simple soldat, coupable de plusieurs crimes, ayant déserté, persuade quelques-uns de ses compagnons de suivre son exemple, et assemble en fort peu de temps un assez grand nombre de bandits. D'abord il court la campagne et pille les villages, et quand il a amassé de grandes sommes d'argent, l'espérance de faire fortune attirant tous les jours à sa suite beaucoup d'autres scélérats, il forme un corps qui a plus l'air d'une armée réglée que d'une troupe de brigands. Ils forcent les prisons, délivrent tous les criminels, leur offrent un asile, et les engagent, autant pour leur sûreté que par reconnaissance, à prendre parti avec eux. Ils courent et entrent les armes à la main dans les villes les plus riches et les plus peuplées de Gaule, Germanie et Espagne, y mettent le feu, et se retirent chargés de butin. C’est ainsi que les bandes de Maternus, avides de proie et de butin, font main basse sur tous nos trésors, et les nombreux débris de cette époque, dont notre ville est jonchée, prouvent abondamment que Troyes est alors soumise à leur dévastation.

 

         C’est ainsi que ces découvertes numismatiques, sérieusement étudiées, nous apprennent les évènements dont Troyes a été le théâtre à ces époques reculées.



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