Contes de Noël


Louis et les marrons


Mon petit fils Louis sort de l’école saint François de Sales, quand Troyes commence à s’enflammer.

Descendant de la Bourse du travail, policiers et manifestants s’affrontent avec violence.

Il y a des cris.

Une voiture flambe rue Emile Zola, presque sous son nez, une vitrine du magasin Yves Rocher vole en éclats.

Louis ressent un léger picotement dans le cou, mais il n’y prête pas attention. Affolé, il préfère s’éloigner au plus vite.

Quelques minutes plus tard, il se retrouve rue Champeaux, qu’il ne reconnaît pas.

 

La nuit commence à tomber.

Louis s’affale sur un banc pour reprendre sa respiration.

Ici, il est en sécurité ! Aucun contestataire (le cortège s’est dirigé vers la Préfecture), ni même le moindre passant.

 

Seul un homme, près d’un brasero, s’obstine à crier dans le vide : " Chauds ! Les marrons chauds ! ".

Louis sent la faim le tenailler. Il se lève avec difficulté et s’approche du marchand. La tête lui tourne. "  Bonjour petit… Tu veux quelques marrons ? Je te les offre ! " dit l’homme, avec un large sourire.

 

Louis accepte avec plaisir, car il n’a pas un euro en poche.

Il tend la main. " Attention, dit l’homme, ce ne sont pas des marrons ordinaires…". Et, devant la mine intriguée du garçon, il ajoute : " on m’appelle Esprit de Noël. Si tu fais un vœu, il sera exaucé ".

 

Noël !

 

Louis a failli oublier que dans deux jours, ce serait le réveillon.

Tout en mordant avec délice dans le marron, il réfléchit à son souhait.

Un sapin gigantesque se dresse près de lui.

Policiers et manifestants apparaissent au coin de la Place de la Mairie.

Louis n’en croit pas ses yeux. Ils marchent d’un même pas joyeux, côte à côte, et sans haine. Ils s’arrêtent au pied du sapin et entament un chant de Noël. D’autres personnes se joignent à eux.

Il aperçoit ses parents, son frère Alexandre et sa sœur Marine.

 

Soudain une douleur atroce lui mord le cou.

Louis se réveille à l’hôpital.

Son papa Christophe le regarde avec tendresse, sa maman Diane lui prend la main.

Tu nous a fait peur. Heureusement, ta blessure est superficielle Tu as reçu un éclat de verre de la vitrine. "

 

Louis leur raconte sa rencontre avec l’étrange marchand de marrons. 

Ce n’est qu’un rêve ! assure Christophe, de tels instants de paix n’existent pas ! Policiers et contestataires s’affronteront toujours ! "

 

Louis, déçu, sent des larmes de déception lui monter aux yeux.

Ainsi, sa belle histoire n’était que contrevérité ?

Il se tourne vers le mur pour cacher sa peine et tire le drap sur sa tête.

Tout à coup, il sent une boule chaude rouler contre lui… C’est un marron !

 

Il repense à son vœu : quand il sera adulte, il forcera les hommes à s’aimer ! S’il n’y parvient pas, il fera en sorte qu’ils se détestent un peu moins.

 

 

 

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