Les Crimes


Plutôt la mort que le viol


Glacée de terreur, tremblant, son corps déchiré, Christine Pertuisot n’a plus la force de crier. L’homme se relève. La jeune fille entend le bruit d’un pas dans l’escalier. Elle est prête à hurler. " Ferme-la ou je te tue ! ". Il la plaque contre le mur, la main sur la bouche. Il réitère son ordre à voix basse, puis sort. " Vite mon Dieu ! " Les yeux de Christine font le tour de la pièce délabrée de cet immeuble de Troyes, s’arrêtent sur la fenêtre béante. " Fuir, il faut fuir ! ". Elle se rue vers l’ouverture, puis recule devant le vide noir des trois étages. " Ne plus subir cette horreur ! ". Voilà que l’homme revient, tend le bras vers elle, trébuche. " Tout, tout plutôt que ça ! ". Elle enjambe le rebord. Deux heures plus tôt, cet après-midi du 7 décembre 1976, elle est chez sa mère, dans l’H.L.M. 6 rue Corot. " Maman, je vais faire un tour en ville, voir les copains ! ". Malgré sa majorité toute récente (on a fêté son 18° anniversaire le 22 octobre), elle donne son heure de retour. Depuis un mois, elle ne travaille plus. Elle a fait quelques remplacements dans un grand magasin, juste après avoir raté son B.E.P.C. Il est près de 17 heures lorsque le bus la dépose non loin de leur rendez-vous habituel, " Le bar du marché ", en face des halles. La bande n’est pas encore là et Christine trouve une place à côté du flipper. Le serveur lui adresse un signe de tête amical. " Un café, s’il te plait ", lui commande-t-elle. " Salut la môme ! ". Elle lève les yeux vers le garçon qui vient de l’interpeller. " Bonjour Fifi ! ". Il a été employé par son oncle et elle le connaît vaguement. " Je t’offre un pot ", propose-t-il, en mettant une pièce dans le flipper. Ils font plusieurs parties et bavardent. Ses copains n’ayant pas l‘air de venir, Christine s’apprête à partir lorsque Fifi lui souffle, d’un ton confidentiel : " Cela m’embête de te le dire, mais comme cela concerne ton oncle, il vaut mieux que tu saches ". " Quoi ? " demande la jeune fille étonnée. " Et bien… non, pas ici, il y a trop de monde, et ce que j’ai à raconter doit rester confidentiel. Allons ailleurs ". Elle acquiesce, enfile son manteau et le suit. Tout en marchant, Fifi parle de " sale coup ", de " drôle d’affaire ". Ils se dirigent vers la cathédrale. " C’est grave ? ". " Oui, attends, je vais t’expliquer ça tranquillement ". Rue Linard Gonthier, il lui prend le bras. "Qu’est-ce qui t’arrive ? " s’inquiète-t-elle. " Un sale quartier, faut être prudent ", marmonne-t-il simplement. Tout-à-coup, il la propulse dans l’entrée d’un immeuble désaffecté. Déjà, il la bâillonne d’une main, l’autre posée sur sa gorge, se met à serrer. Elle étouffe, tente de le griffer. " Maintenant, tu vas monter et te tenir sage, sinon… ". Il la pousse dans les escaliers. Au troisième étage, il la tire à l’intérieur d’une pièce délabrée, l’envoyant sur le sol d’un coup de poing. Recroquevillée elle essaie de se protéger. " Déshabille-toi, et dépêche toi ! ". Il lui arrache son manteau, cogne encore. Christine ôte péniblement sa jupe, son pull-over. Une main brutale tire les vêtements, la houspille. Glacée de terreur, elle se retrouve nue. Fifi lui tord les bras, la force à s’allonger. " Non ! ". D’une ruade désespérée, elle le repousse, mais il l’écrase sous son poids. La brûlante, ignoble, insoutenable, douleur de son ventre déchiré la terrasse. Elle a l’impression de mourir, labourée par la souffrance. Elle vomit. Soudain, il se dégage. Des pas montent dans les escaliers. Le vide sombre… ou cela ! D’une torsion, Christine se propulse en avant. L’horreur lui fait esquisser un ultime geste pour se retenir, mais son élan l’entraîne. Elle tombe, hurlante, puis le néant l’engloutit. " Bon sang, regarde ! ". Les deux jeunes gens contemplent le corps nu qui vient de s’écraser à leurs pieds. " Appelle Police-Secours, vite ", dit l’un en jetant son imperméable sur la jeune fille. Immédiatement, elle est conduite à l’hôpital des Hauts-Clos. " Sans doute un suicide, commentent les médecins, mais elle ne s’en sort pas mal : une jambe et un talon fracturés et un tassement des vertèbres. ". " J’ai été violée. J’ai voulu fuir, j’ai sauté ! ", dit-elle en sortant du coma. Le mercredi 8 décembre, la sûreté urbaine l’interroge sur les circonstances du drame. Le capitaine Logé s’est rendu sur les lieux, n’y trouvant qu’un paquet de cigarettes, mais aucune trace des affaires de la jeune fille, rien. " Je n’avais que 7 francs dans mon portefeuille, je n’avais pas d’argent, Fifi le savait bien ". " Fifi ? Philippe Hermand ? ". " C’est lui, oui, et il est venu ce matin avec des roses, il voulait que je retire ma plainte "Sinon, il t’arrivera malheur !" m’a-t-il lancé. J’ai tendu le bras pour appeler l’infirmière, alors il s’est enfui. "J’ai peur ! ", achève-t-elle en éclatant en sanglots. Un avis de recherche est immédiatement envoyé. L’homme est fiché comme caractériel violent, il a déjà fait de la prison pour vol, coups et blessures. Les policiers se rendent à son domicile, 7 rue Neuve des Bains, où sa femme les accueille. " Non, je ne l’ai pas vu depuis longtemps! ". " Un bon à rien, un voyou" , commente Madame Jolly, sa belle-mère. "Le jour même de son mariage, le 1er décembre 1973, il voulait coucher avec une cousine invitée et, juste avant la naissance de sa fille, il avait engrossé une autre fille… Moi, il a essayé de me voler mes économies ". La photo du violeur circule dans les commissariats, mais Fifi demeure introuvable. Coup de théâtre, le samedi 11 décembre, quand la Direction de l’Action sanitaire et Sociale porte plainte à son tour. Une de ses pupilles de 16 ans aurait été violée par un individu ressemblant à Philippe Hermand, en regagnant la pension. L’agression aurait eu lieu à l’intérieur de l’immeuble délabré de la rue Linard Gonthier, celui-là même où Christine avait été enlevée par le sadique. " La technique est semblable. Il l’aurait abordée gentiment faisant semblant de l’accompagner ", souligne la police Sur son lit d’hôpital, Christine tente de ne plus penser à son corps souillé : " J’ai l’impression d’être morte ! ", gémit-elle souvent.

 

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