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Photo de Sylvain Romand
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Les Crimes


Il retrouve en prison l’assassin de son frère

Début mai 1979, 15 h, c’est l’heure de la promenade dans la cour de la prison de Troyes. Hervé Guinot pense à son futur procès, à son village, à ses copains, à la « liberté ». Soudain, il reconnaît de l’autre côté de l’aire, Jean-Marie Hoettel, le frère de l’homme qu’il a tué il y a plus d’un an. Un de ses compagnons de cellule qu’il interroge le renseigne : « Le Manouche ? Oui, il a été incarcéré le 3 avril dernier pour violences… Te bile-pas, ici tu ne risques rien ! ». Mais, pour Hervé Guinot, son ancienne peur l’étreint, en voyant le regard de haine du gitan.

Hervé est né en 1952, à Plaine-Saint-Lange. Orphelin de bonne heure, il travaille comme emballeur dans une usine de Mussy-sur-Seine. En 1974, le maire de cette localité offre à des nomades un terrain pour qu’ils puissent y établir leur campement. Leurs roulottes sont perpétuellement entourées par une multitude de gosses débraillés, souvent pieds nus et chapardeurs. Les paysans des alentours ne tardent pas à se plaindre de voir leurs arbres fruitiers et leurs poulaillers dévastés régulièrement. Puis cela a été le tour de la population du bourg, surtout des jeunes. Altercations, provocations, rixes à chaque bal, chaque fête, chaque occasion de rencontre, la tension monte en ville. Deux camps s’opposent : d’un côté les nomades, avec les frères Hoettel, Jean-Marie en tête, l’aîné, né en 1956 et Robert né en 1958, et de l’autre, les jeunes de la commune.

Des récriminations s’accumulent contre les nouveaux venus, considérés comme des intrus. « Ils veulent nous piquer nos fillesils leur manquent de respect…Oui, et en plus ils ne fichent rien et se trimbalent avec les poches remplies de billets de 100 F. C’est pas normal ! ». Des histoires circulent sur le compte des manouches. On sait qu’ils revendent du bois et de la ferraille récupérés dans le dépôt d’ordures d’une ancienne carrière. Les Hoettel ont souvent maille à partir avec la gendarmerie, et les gens chuchotent qu’ils ne se déplacent jamais sans leur couteau. D’année en année, des bagarres de plus en plus violentes éclatent.

Hervé Guinot, un garçon calme, paisible, refuse d’être de ceux qui baissent la tête et acceptent l’escalade de la terreur des frères Hoettel. Il suffit que les nomades entrent dans le bar de Mussy pour que les conversations cessent. Les consommateurs s’en vont sous l’œil gouailleur des 2 gitans : « Allez, du balai. Nous on veut respirer, persiflent-ils. Regardez-moi ces minables qui crèvent de trouille ». Hervé, lui, ne veut pas céder la place : « il n’y a aucune raison… Je suis ici chez moi, je reste. Je déteste les histoires, mais si personne ne leur résiste, ils vont se prendre pour les rois du coin ! ».

Le 28 mars 1978, les deux Hoettel pénètrent à l’intérieur du bar, encadrant une femme de leur tribu. Hervé debout au comptoir ne bouge pas. En passant, la manouche le frôle et s’écarte brutalement. « Dis donc, espèce de porc, tu vas t’excuser ! gronde Robert Hoettel ». « Je ne vois pas pourquoi ! Je n’ai rien fait ! », rétorque le jeune homme. « Je vais te… ». Déjà, le cadet des frères Hoettel le saisit par le revers de sa veste. Mais son aîné le ceinture, tandis que les consommateurs retiennent Guinot, prêt à frapper lui aussi. « Tu t’en tires à bon compte ! Mais on se retrouvera et là, je ne donne pas cher de ta peau ! », hurle le nomade avant d’être traîné dehors par son frère.

Désormais, Hervé garde toujours sa carabine de chasse à plombs à portée de la main. Le 6 avril, Hervé voit l’auto des Hoettel, pilotée par Robert, passer devant chez lui. « Il faut que je lui parle, que cette menace cesse ». Guinot grimpe dans son véhicule et le suit.

Vers 15 h, le garde-champêtre découvre le cadavre de Robert Hoettel près de sa voiture.

Hervé Guinot s’est déjà constitué prisonnier à la gendarmerie de Mussy. « Je craignais pour ma vie, j’étais à bout de nerf. Je ne sais ce qui m’a pris, j’ai tiré sur le gitan, j’étais dans un état second ».

Hervé est inculpé de meurtre. C’est pourquoi ce début mai, il a un frisson d’angoisse en apercevant Jean-Marie Hoettel dans la cour de la prison de Troyes.

Le 25 mai, 15 h, c’est l’heure de la promenade. Soudain, le manouche se jette sur Guinot avec un couteau et lui cisaille le ventre.

On ceinture le forcené, les matons accourent, Hervé est hospitalisé.

Déjà incarcéré pour violences depuis le 3 avril, le gitan est inculpé de tentative d’assassinat et mis au secret…

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