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Château de Chacenay


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La forteresse de Chacenay, au Moyen-Age, est redoutable entre toutes. Les luttes y sont terrifiantes. Elle est plusieurs fois démolie et plusieurs fois reconstruite. Les pierres redressées les unes sur les autres proviennent de la même carrière féodale accumulée par les destructions, au pied de l’échelle des maçons.

 

Cette ancienne baronnie, l’une des plus importantes, des plus belles, des plus riches du Comté de Champagne, a fourni une suite de hauts et puissants seigneurs, dont plusieurs jouèrent un rôle très actif aux croisades, et dans tous les événements qui se rattachent à l’histoire de la Champagne pendant le moyen-âge.

 

On prétend que le château de Chacenay ou Chasseney, en terre viticole, est le plus beau des châteaux de l’Aube.

 

C’est l’une des rares curiosités féodales du département de l’Aube.

 

L’image de Chacenay est tellement répandue, dans des encadrements de toutes proportions, que le château est connu, même de ceux qui n’y sont jamais allés.

 

Le château est élevé sur un promontoire formé par 2 ravins qui se réunissent à ses pieds et dont les eaux se jettent dans le ruisseau de l’Arce. Ces positions, fortifiées par la nature sont, avant les temps féodaux, des lieux occupés par les Romains et au-delà par les Gaulois. Le donjon de Chacenay est élevé en l’an 951. En 1015, il est flanqué de plusieurs énormes et hautes tours. « On pouvait alors communiquer par des signaux avec les châteaux de Vendeuvre et de Brienne ».

 

Le donjon de Chacenay devint en 1075, la propriété d’Erard de Brienne. Il commença par ajouter d’immenses constructions. Un large fossé taillé dans le roc en défendit l’approche. Puis, d’énormes tours, auxquelles on donna le nom de sainte Parisses, dominèrent le ravin où se trouve aujourd’hui le village. D’autres corps de logis furent élevés du côté où la pente de la colline défend naturellement le manoir. Toutes ces constructions formèrent bientôt une ligne de défense qui donna au château de Chacenay la réputation d’être imprenable. Ce n’est qu’à cette époque que des habitations vinrent se grouper autour de la forteresse féodale, et y chercher un abri contre les bandes de brigands. Erard décède en 1081 et son fils aîné Milon lui succède. Ce puissant baron avait une cour qui rivalisait de luxe avec celles des Comtes de Brienne, ses aînés, et même avec celles des comtes de Champagne. 12 seigneurs vassaux se pressaient à la cour du sire de Chacenay, comme chambellans, écuyers ou secrétaires…

 

Milon épousa Adèle dont il eut plusieurs enfants : Guibert, Hugues et Anséric. Milon partit pour la croisade, dont il ne revint qu’en 1099. Pendant cette absence, il avait perdu ses 2 fils. En 1103 et 1104, Milon et plusieurs grands seigneurs firent des dons considérables à Notre-Dame de Molême et à saint Robert. Milon mourut en 1107, après avoir été pendant 26 ans baron de Chacenay. Anséric lui succéda. En 1113, venu à Troyes pour la foire de la Saint-Remy, il tombe dangereusement malade. Se voyant prêt de mourir, il se recommande à Notre-Dame de Molême, faisant le vœu que, s’il recouvre la santé, il donnerait au monastère son domaine de Poligny et celui de Marolles. Ayant obtenu sa guérison, il abandonne ces deux domaines au monastère. Il décède en 1119, et son fils Jacques en 1160, après avoir administré la terre de Chacenay pendant 41 ans. Son fils Thomas décède en 1177. Son fils Erard II lui succède. En 1183, il donne plusieurs terres à l’abbaye de Larivour et tout ce qu’il possède au village de Laubressel. En 1188, il part avec Guy de Dampierre et le sire de Brienne (ses parents), pour aller au secours de Guy de Lusignan. En 1190 ils sont tués et leurs gens massacrés. Erard laissait 2 enfants : l’aîné Erard, qui devint baron de Chacenay sous le nom d’Erard III, le second Jean, qui hérita de la seigneurie d’Arcis. Erard épousa sa cousine Ozanna de la famille des comtes de Bar-sur-Seine. Elle vécut peu de temps, et il se remaria avec Méleusine de Broye. Tandis qu’Erard était à la croisade, Méleusine fit réparer le donjon et fit construire dans une des tours Parisse, un vaste réservoir en forme de baignoire, qu’on appela plus tard « bains-Méleusine ». Erard revint de la croisade en 1204. De grandes contestations s’élevaient entre Blanche, mère du jeune Thibaut, et Erard de Brienne, sire de Ramerupt. Ce dernier revendiquait ses droits au comté de Champagne, à cause de sa femme, tante du jeune comte. Blanche, soutenant les droits de son fils, repoussa les prétentions d’Erard. Il fit alors une levée de boucliers et vint attaquer l’armée de la comtesse de Champagne. Parmi les plus chauds partisans d’Erard, se trouvait le sire de Chacenay, qui déclara à Thibaut qu’il ne le reconnaissait plus pour son suzerain. Blanche en eut avis avant que les troupes des nobles ligués ne l’attaquassent. Elle s’empressa de profiter de cette circonstance pour punir le seigneur félon, et s’emparer d’un point stratégique, au moyen duquel elle pouvait inquiéter les derrières de l’armée de Brienne, et reprendre plus facilement Bar-sur-Seine dont Erard s’était emparé. Tout à coup, une armée nombreuse, après de longs détours à travers les montagnes, se présente devant le château de Chacenay. La position est critique, mais le sire de Chacenay connait la force de la place. Sans se déconcerter, il fait prévenir le sire de Sexfontaine, son ami, entré comme lui dans la ligue, de se tenir prêt à seconder une sortie qu’il se dispose à tenter contre les Champenois. Il le charge d’attaquer l’armée en queue. L’armée champenoise  était loin de songer à un pareil plan. Soudain Erard s’élance impétueusement hors du château, les avant-postes sont culbutés. Sexfontaine, de son côté, avait commencé l’attaque par l’arrière de l’armée. Alors la confusion la plus grande se mit dans les rangs des ennemis, qui commencent à fuir dans toutes les directions, abandonnant à Erard toutes les machines de guerre, les objets de campement, et laissant le sol jonché de cadavres. Blanche se montra profondément irritée de cet échec, elle envoya de suite un autre corps d’armée devant Chacenay. Erard vit bien que ce qui lui avait réussi une première fois pourrait lui être funeste une seconde. Il resta dans son château, et repoussa avec succès toutes les tentatives des assiégeants. Blanche avait grand besoin des gens d’armes occupés au siège de Chacenay, car, bien que le roi de France lui envoyât des secours, les comtes de Champagne et de Bar étaient pressés de tous côtés. Erard de Brienne avait réuni une armée nombreuse de Bretons, des levées faites dans les comtés de Brienne, de Bar-sur-Seine, et de seigneurs circonvoisins. Les sires de Riceys, Polisy, Landreville, Essoyes… avaient embrassé le parti du prétendant au comté de Champagne. Blanche fit proposer à Erard de Chacenay d’entrer en pourparlers, afin de signer une trêve. De son côté, le baron désirait ardemment une suspension d’armes, car toutes ses provisions étaient épuisées. Il fut convenu qu’Erard assisterait à une entrevue avec l’envoyé de Blanche, à condition que le siège soit levé immédiatement, ce qui eut lieu. Le sire de Chaceney et l’envoyé de Blanche, devaient amener au rendez-vous chacun 15 gens d’armes. Erard arriva le premier pour l’entrevue, vers une croix de pierre, entre Viviers et Chacenay. Tout à coup, un grand nombre de cavaliers se jetèrent sur les gens du sire de Chatenay qui fut pris, garroté et emmené à Troyes, où on le plongea dans un cachot noir. Cette infâme trahison fit perdre à Blanche un bon nombre de partisans. Blanche envoya une nouvelle armée pour reprendre le siège. Mais la forteresse avait eu le temps de se ravitailler, et le sire de Sexfontaine était venu s’y enfermer avec ses gens. Toutes les tentatives de l’armée champenoise échouèrent, et l'armée de Blanche dut lever le siège à cause du retour subit du sire de Chacenay, qui s’était échappé de prison, par l’intermédiaire d’un de ses anciens serviteurs, attaché au service de la comtesse. Sexfontaine et le baron reprenant l’offensive, attaquèrent les Champenois et les taillèrent en pièces. Erard partit se réunir au sire de Brienne et ils reprirent Merrey, Villeneuve et Jully. Une trêve de 4 années suivit, puis un traité de paix définitif entre Thibault et Erard.

 

Les événements que vous venez de lire, racontés sommairement, donnent une idée de l’importance de la maison de Chacenay et de la formidable défense de son château. Le sire de Chacenay abandonna au monastère de Molême toutes les dîmes d’Essoyes, le droit de patronage à Bertignolles et dans la chapelle de son château de Chacenay. Il abandonna à l’abbaye de Montiéramey 2 parts de vin qu’il avait à Ville-sur-Arce et abandonna à ce monastère, pour le repos de l’âme de ses père et mère et de ses enfants, en perpétuelle aumône, toutes les dîmes de Ville-sur-Arce. En 1228, il donna aux religieux de Mores un usage dans les bois de sa seigneurie et en 1229, il fit un arrangement avec l’abbé de Molême, pour leur communauté de leurs hommes et de leurs femmes, à Poligny et à Essoyes. En 1234, il affranchit Chacenay du droit de main morte par une charte, à la condition que lesdits habitants « l’aideront raisonnablement à sa volonté, dans le cas où il marierait sa fille, ou dans le cas qu’il fut en guerre ». En 1237, le jeune Baudouin, fils de Jean de Brienne, empereur de Constantinople vint réclamer son secours. Erard partit avec son fils Hugues Renaud. Il revint de la croisade en 1247, y ayant perdu son fils, seul héritier mâle de l’immense patrimoine de Chacenay. Malgré cette rude épreuve, Erard repartit en 1248 avec saint Louis, et rentra en 1251. Apprenant que le comte de Flandre son parent était aux prises avec Conrad, il vola à son secours, mais trouva la mort dans cette guerre. Il avait été baron de Chacenay pendant 52 ans. Ses dépouilles mortelles furent ramenées à Chacenay, où il fut inhumé dans la chapelle de son château. Alix, fille unique d’Erard devint donc dame de Chacenay. Elle épousa Guillaume, vicomte de Melun. A partir de cette époque date la décadence de la baronnie de Chacenay. Alix, veuve 2 fois et n’ayant pas d’enfants, 3 de ses neveux se contestèrent leurs droits : Jean, Erard et Guillaume d’Arcis. Jean, comme fils aîné, hérita du château de moitié avec son frère Erard. Jean mourut sans postérité, et Erard de Sainte-Parisse et Guillaume de Pisay devinrent héritiers du domaine de Chacenay. Par un testament bien en règle, Jean avait abandonné l’usufruit de toutes ses terres à sa veuve Alix, et léguait à la mort de cette dernière, sa terre de Chacenay à son jeune frère Guillaume. Mais ce dernier reçut la mort dans un combat contre les Anglais. La terre et le château revinrent à Erard. Alix épousa Henry d’Angleterre, fils d’Edmond de Lancastre, qui habita longtemps le château. Erard fut tué en Prusse, où il était allé en 1344 secourir les chevaliers teutoniques contre les Sarrazins. En lui, s’éteignit la seconde branche de la maison de Brienne-Chacenay.             

En 1474, le Donjon de Chacenay, dont la propriétaire, Jeanne de Choiseul, suit le parti de Charles le Téméraire, est assiégé, pris d’assaut et en partie ruiné par Léger de Dinteville, au nom de Louis XI.

 

 On le relève de ses ruines, mais les Tours Sainte Parisse restent à l’abandon, parce que dès cette époque les seigneurs de ce fief cessent d’y habiter. Le rétablissement du château du Donjon est d’ailleurs assez lent : en 1503, on le dit encore en ruine.

 

 Galas de Salazar fait faire quelques réparations qui sont sans doute peu importantes, car, en 1545, on continue à dire qu’il est en ruine.

 

Les Dinteville, qui ont acquis la baronnie en 1551 y font de sérieuses réparations.

 

 En 1725, le nouveau propriétaire est M. de Poncher. Certaines circonstances scandaleuses de la conduite de son épouse amènent de vives querelles entre eux. Le mari lui abandonna l’administration de Chacenay moyennant une somme de 100.0000 frs. Mme de Poncher fit immédiatement réunir tous les habitants du pays, et leur signifia qu’ils avaient à lui payer ses droits seigneuriaux et que, s’ils ne se conformaient pas à sa demande, elle recourrait « aux moyens rigoureux ». Les habitants depuis les dernières guerres étant réduits à la misère et ne pouvaient satisfaire aux réclamations de leur baronne. Cette dernière ne voulut pas accorder de délai, et les terres furent confisquées à son profit. La châtelaine fit réparer et embellir son château, relever la nef de la chapelle et construire un auditoire. Elle réunissait différents personnages de la cour « aux mœurs plus qu’équivoques », on y jouait la comédie. A son décès, son neveu M. de Plancy hérita de Chacenay. C’était un homme « bon, généreux et charitable ». Pendant la Révolution, M. de Plancy fut déclaré « suspect », arrêté et jeté dans les cachots de Troyes, mais heureusement, il échappa au couteau révolutionnaire en s’évadant de sa prison. Il mourut dans son château de Chacenay en 1806. Son héritier direct, M. Armand-François Bertherand, décéda en 1851, regretté par tous les habitants de Chacenay, dont il avait été « le soutien et le bienfaiteur ». La restauration entreprise par ses héritiers MM. Edmond et Arthur Bertherand dura 6 ans, de 1852 à 1858. Le Donjon proprement dit ne fut pas rétabli, mais on a réparé l’ancienne porte du midi avec son pont-levis. Le corps de logis fut remis complètement à neuf. On trouve encore d’authentiques morceaux échelonnés du XII° au XVII° siècle. Les plus vénérables témoins du passé sont les deux grosses tours Sainte Parisse qui portent le nom de Galas de Salazar. Nous ne savons pas qui est cette sainte dont ne nous parlent pas les hagiographes.

 

Histoire ou légende, les gens du pays parlent de Méleusine de Broye, qui se promène la nuit sur les tours Sainte Parisse. Cette femmed’Erard de Chacenay avait salué son mari partant sur son destrier pour la Terre Sainte. Pendant son absence, elle devait mener les affaires en se conformant strictement à ses recommandations, car le maître était strictement autoritaire. Mais, dès qu’il fut hors de vue, elle s’affranchit de toutes ses promesses. Elle aussi voulait gouverner à sa guise. Et même, comble d’indépendance, elle se donne des soins de beauté que son farouche époux considérait comme un luxe coupable. Au retour du Croisé, le désaccord éclate violemment et Méleusine perd ses droits. Comme elle veut avoir le dernier mot, elle revient la nuit dans ces lieux pour réclamer à grands cris et à grands gestes son autorité écartée. Ceux qui croient l’entendre la nuit disent : « Celui qui l’a vue une fois ne peut plus en dormir. Qui l’a entendue une fois ne peut plus que l’écouter. Ses cris et ses soupirs ne s’oublient plus ». La nuit lui appartient, elle s’y retrouve sans rivale, dame de Chacenay, comme autrefois.

 

 

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