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L'Hôtel de Ville


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Une mairie est l’édifice populaire par excellence. Troyes, capitale de la province de la Champagne devait tenir son rang avec un Hôtel de Ville monumental. Les Troyens voulaient un édifice de haute tenue, qui leur fasse honneur.

 

Les gens de Troyes ont d’abord un local communal, le Beffroy (Beffroi), construit au-dessus du rempart près de l’église Saint-Nicolas, et mentionné dès le 30 novembre 1279. C’est à la fois une tour de guet, où on peut mettre en branle une cloche d’alarme, et une maison de ville, communément appelée « l’Hôtel du Beffroy, le signe extérieur des privilèges de la commune », qui devient le symbole de la communauté des habitants, puisque dans sa galerie s’abritent les assemblées générales qui, réunies au son de la cloche, comptent plusieurs centaines d’habitants dans certains cas.

A partir du milieu du XIV° siècle, les habitants de Troyes élisent donc en assemblée générale, un conseil municipal pour administrer les affaires de la ville : ils se réunissent pour cela chaque année en la Salle royale, au mois de septembre ou d’octobre. A partir de 1429, les habitants de Troyes réorganisent leur administration municipale. Le conseil fait tenir soigneusement un registre de ses délibérations, et délègue ses pouvoirs à des commissions, qui se réunissent, à partir de 1431, dans des locaux loués à cet effet, et où l’on trouve la chambre des comptes, l’écritoire de la ville, la chambre des oeuvres, et où seront installés à demeure le secrétariat et les archives. La maison louée se situe près de la collégiale Saint-Urbain, chez Laurent Tournier. Le prix annuel du loyer est de six livres tournois. Cette maison est désignée sous le nom de chambre de l’Echevinage et aussi d’Hôtel de ville. On y place une cloche pour l’appel aux assemblées. La ville de Troyes est très fière de la grosse cloche (posée en 1432) Marie la Bourgeoise, qui a une grande renommée dans tout le royaume, et qu’elle doit à sa grosseur et à sa beauté, et de sa fille la grosse Marie (en 1462). Convoquée le 20 novembre 1494, l’Assemblée Générale des habitants autorise Edmond le Boucherat, maire de Troyes, à se porter acquéreur, au nom de la ville, de l’hôtel de Jeanne de Mesgrigny, veuve de feu Jean Molé et d’Edmone de Mesgrigny, femme de Simon Griveau (Jeanne et Edmone étaient filles de Jean de Mesgrigny, en son vivant receveur des aides à Troyes). L’acquisition se fait moyennant 2.770 livres tournois.

Cet hôtel occupait l’emplacement de l’Hôtel de ville actuel. Construit au XIV° siècle, il est en très mauvais état, et tombe en ruine. Cette vieille bâtisse, croule de toute part, et est indigne de la ville de Troyes. Sa reconstruction s’impose au plus vite. Depuis le XVI° siècle, elle abrite la juridiction consulaire (notre Tribunal de Commerce), puis la Justice de Paix s’y installe. On pense alors au déplacement de cet édifice : peut-être dans le Quartier-Bas, « par-dessus le canal, ou à l’emplacement de l’Hôtel-Dieu… et le vieil Hôtel de Ville pourrait recevoir l’Hôtel des Postes… ».

Ce n’est qu’en 1511, que le conseil se résout à faire reconstruire à neuf l’Hôtel-de-ville. Mais cette résolution n’est suivie que d’une restauration de l’ancien hôtel de Mesgrigny. La façade, en bois, est alors revêtue d’une peinture « honneste », et les armoiries de la ville, placées au pignon, sont remises à neuf. Sur cette façade, et selon le goût de l’époque, on  inscrit cette belle devise : « Pax huic et omnibus habitantibus in ea ! » (Paix à cette demeure et à tous ceux qui habitent en elle).

En 1524 Les restes calcinés du Beffroi ayant été démolis, l’assemblée traditionnelle de la Saint-Barnabé le 11 juin, a lieu dans la Salle du roi, ancien Palais des Comtes, siège du bailliage. La sonnerie de la cloche du Beffroi, brûlée, est remplacée par celle de l’abbaye Notre-Dame-aux-Nonnains, complétée par une convocation au son de trompe. Dans les années suivantes, c’est d’abord la cloche de l’église Saint-Jean qui remplit le même office, puis de nouveau celle de Notre-Dame-aux-Nonnains, dont le sonneur reçoit cinq sous de la municipalité. Lors de cette assemblée générale, la ville décide qu’une petite maison serait construite sur les ruines du Beffroi, pour que « Jehan Ploton, garde du Beffroi, puisse faire sa demorance doresnavant au regard à sa vieillesse et au bon service qu’il a afict par cy devant icelle ville ». C’est tout ce qui renaîtra des cendres sur la plate-forme du Beffroi.

Une reconstruction de l’Hôtel de Mesgrigny s’impose, mais la ville manque de deniers. La guerre que livre Louis XII dans les Alpes, et le désastre de Pavie avec toutes ses conséquences, obligent notre ville à verser des milliers de livres au royaume. De plus, le terrible incendie de 1524 a fait que 3 000 ménages ont été sans abri. Alors, comment trouver des fonds pour restaurer cet Hôtel qui menace de s’effondrer ? Comme le signale Lucien Weil, de la Société Académique de l’Aube, «... construire, soigner, réparer et au pied levé nourrir des armées, sans disposer jamais des ressources nécessaires, c’est en ce XVI° siècle tourmenté, une charge redoutable que celle de maire et d’échevin de la ville de Troyes. Il y faut de l’habileté, des nerfs solides, passablement de courage et d’oubli de soi. Les maires ne baissent jamais les bras ». En 1616, on agite pour la première fois la question de reconstruire l’Hôtel de ville. Le 16 avril, le conseil de ville, autorisé par le roi, étudie le moyen de faire une levée de deniers ou de recourir à des dons particuliers, et de choisir un plan pour édifier un nouvel Hôtel de ville, en remplacement de celui qui n’est plus habitable. On choisit l’emplacement du vieil Hôtel de ville, augmenté du terrain d’une maison située au coin de la ruelle Daude (emplacement maintenant occupé en partie par l’aile droite de l’Hôtel-de-ville). Le 2 juin 1624, le maire Joseph de Vienne présente au Conseil trois projets pour la reconstruction de l’Hôtel de ville. Le projet choisi est celui d’un jeune artiste, Louis Noblet, venu de Rome (où il était pensionnaire du roi), architecte du roi de Pologne,  qui est adopté le 8 juillet par l’échevinage. L’édifice sera colossal, au milieu des maisons de bois recouvertes de chaume. La façade sera allongée au maximum, de solides fondations seront prévues... un dôme couronnera le tout. Le devis s’élève à 73.000 livres.

Louis XIII accorde à la ville 30 000 livres, à prendre sur les recettes de Louis Berthault, fermier des impôts, du produit de la vente du sel, et qui n’est en fait qu’une avance à valoir sur les rentrées. La démolition de l’hôtel de Mesgrigny est alors ordonnée. Le 8 juillet, le maire Joseph de Vienne (écuyer, seigneur de Saint-Benoît-sur-vanne, conseiller du roi), par procuration de M. le duc de Nevers, gouverneur de la province de Champagne, pose la première pierre de l’édifice actuel. C’est le seul édifice de style Louis XIII de l’Aube de cette époque. Il y a 2 jours de festivités, au bruit de l’artillerie, composée de canons, fauconneaux, arquebuses à croc, tambours, fifres et trompettes. Les travaux débutent dès le lendemain et l’on ne compte pas moins de 21 maçons aidés de 26 manouvriers. Dans les fondations sont déposées, le 17 juillet, les armoiries du duc de Nevers, et le lendemain 18, celles de M. de Praslin, lieutenant général au gouvernement de Champagne, celles du baron Largentier, celles du procureur du roi, M. de la Fertey, et du maire, M. de Vienne.

En 1625, le rez-de-chaussée de l’Hôtel-de-Ville est achevé, mais les travaux sont bloqués, en raison de difficultés financières : 33 000 livres ont été dépensées, mais 12 000 autres sont nécessaires pour achever la construction.

Le 12 octobre 1646, l’hôtel de ville n’est que commencé, et « apparavant que d’avoir vu le parachef », les anciens bâtiments doivent être démolis et ne sont pas habitables. Pour ce motif, les assemblées générales se font aux Cordeliers et chaque maire déclare que cet état de choses est un déshonneur pour la ville, capitale de province. Les bâtiments ne sont presque terminés qu’en 1672, mais ce n’est qu’en octobre 1699 que les travaux reprennent, sous la direction de Pierre Cottard qui dresse les plans d’achèvement, le maire étant alors Nicolas Vauthier : «…Un escalier monumental donnera accès à la salle d’apparat, l’immeuble sera couronné par un comble à la Mansard, un campanile dominera le centre de la composition». 30 000 livres, destinées à la réparation des remparts, sont employées à la reprise des travaux, et à amener l’Hôtel de Ville en l’état où nous le voyons aujourd’hui dans sa partie centrale. Des aménagements seront encore faits jusqu’en 1703. « Il a fallu, pour terminer les bâtiments, 46 années de rivalités, de tiraillements ridicules et de misères publiques ». Dans la salle du conseil municipal, il y a un médaillon sculpté par Girardon, de Louis XIV, en marbre blanc, « orné de couronnes, de festons, de médailles, de drapeaux, et de tous les accompagnements convenables au conquérant et au pacificateur », présenté officiellement le 3 septembre 1687.La niche centrale abrite avant la Révolution, l’effigie de Louis XIV couronné par la Victoire, et foulant à ses pieds l’hydre de  l’hérésie.  Le soubassement de cette niche, portait quatre vers latins, dont voici la traduction : « C’est celui que la victoire entoure de toutes ses faveurs. Il étendit ses droits sur la terre et sur mer, et, par lui, la religion, seule véritable, triomphe de tant d’ennemis. La ville, attachée à la vieille foi religieuse, lui consacre ce monument ». En 1793, la statue du roi est brisée et la figure remplacée par la statue de la Liberté coiffée de son bonnet phrygien, tenant un drapeau de la main droite et la main gauche appuyée sur le trophée romain.La Restauration change les attributs, et du bonnet fait un casque, elle transforme ainsi la Liberté en une Minerve, la Déesse de la sagesse, des Arts et de la Guerre. L’inscription ancienne des quatre vers latins est remplacée par ce distique : MINERVE FERME ENFIN LE TEMPLE DE LA GUERRE, LA JUSTICE ET LA PAIX VONT REGNER SUR LA TERRE.

Depuis 1869, on peut lire: « Unité, indivisibilité de la République. Liberté, égalité, fraternité ou la mort ».Seule une autre mairie en France porte cette inscription. La municipalité Argence, bonapartiste, juge l’Hôtel de Ville trop modeste, et élabore un projet ambitieux, avec statue de l’Empereur, et 2 niches devant abriter 4 statues des plus grands parmi les plus méritants de notre histoire. Survient la guerre de 1870-1871, et le beau projet est par terre. Lors des conseils municipaux, un vote démolit l’Hôtel de Ville, un autre à une autre séance le reconstruit !

En 1904, un nouveau plan met la façade sur la rue de la République, en 1905, un autre supprime le campanile central, en 1907 c’est un autre plan majestueux, de M. Balley, architecte du Gouvernement, M. Monceau étant l’architecte chargé de la direction des travaux. Dans l’Almanach du Petit Troyen de 1907 on lit : « Ces 2 architectes trouveront dans l’Hôtel de Ville de Troyes, l’occasion d’affirmer leurs beaux talents et leurs grandes qualités artistiques. A tous 2 nous adressons nos bien vives félicitations et souhaitons la mise en œuvre rapide de leur projet. Nous félicitons également notre Municipalité de son heureux choix et la remercions d’avoir confié les intérêts de nos concitoyens en des mains aussi dignes. Le futur monument alène, au cœur de notre ville, l’Hôtel des Postes, si défectueux actuellement, nous donne une remise digne de notre matériel d’incendie, un bel emplacement pour une grande administration financière, des magasins de luxe dont les brillantes illuminations contribueront, pour une large part, à la beauté et à la gaité de la rue de la République. Enfin, de belles et grandes salles des mariages, des fêtes, du Conseil municipal et des locaux spacieux et hygiéniques pour les bureaux. Rien n’a été omis, tout semble avoir été prévu avec soin et goût ».      

En 1913, l’ancien édifice est classé monument historique.

Le 5 novembre 1931, la façade de l’hôtel-de-ville est classée. Le conseil municipal décide, pour lui garder tout son caractère, de construire les deux ailes projetées en retrait, ce qui implique la démolition du bâtiment dit « Maison consulaire ». Les deux ailes de l’Hôtel de Ville sont construites de 1933 à 1937. La première pierre est posée le 13 juillet 1933, sous la municipalité d’Armand Privé. L’aile gauche, terminée en 1934, abrite les services et le cabinet du maire au premier étage. L’aile droite avec la salle des fêtes au premier, est achevée en 1937. L’inauguration a lieu avec le ministre de l’Intérieur et notre député-maire René Plard. Un banquet est servi à plus de 1.000 personnes, dont tous les responsables du Front Populaire. Puis bal sélect des notabilités dans la nouvelle salle des fêtes, tandis que les classes laborieuses « s’encanaillent dans des bals populaires mail du Lycée et rue Turenne ».

 

A 288 ans, en 2012, notre Hôtel de Ville voit sa façade rénovée. Ayant reçu tous nos Présidents de la République, il fait toujours bonne figure, et préside honorablement la vie de la cité.

 

 



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