Hôtel

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Hôtel d'un ancien lieutenant de Prévôt


En voyant la façade se la maison qui porte le numéro 42 de la rue de la Monnaie, on aurait peine à soupçonner qu’il existe dans la cour de cette maison, un charmant spécimen de l’architecture de la Renaissance.

 Le corps-de-logis, qui s’élève sur la rue, a été réédifié à la fin du XVII° siècle. Avec ses lignots et son pignon, il présente un type de construction en bois que l’on rencontrait presque partout à Troyes. 

 La porte seule a conservé le cachet du XVI° siècle, avec ses gros clous à tête ronde aplatie, largement espacés, son mascaron de cuivre repoussé, et surtout son heurtoir de fer forgé. Ce heurtoir se compose  d’un anneau de fer tordu en spirale, que l’on fait mouvoir le long d’une tringle perpendiculaire, de même métal, également tordue en spirale, de manière à produire un grincement en les frottant l’un contre l’autre.

          La porte franchie, on se trouve dans un corridor dont le mur de droite présente un appareil réticulé de craie et de brique, le damier champenois, très en usage au XVI° siècle. Le corridor aboutit à une petite cour étroite au-delà de laquelle se dresse un corps-de-logis, construit en pierre et en briques (voir le dessin de D. Royer fait en 1885 pour « L’annuaire de l’Aube »). La rampe d’escalier ne date que de la fin du XVII° siècle. Mais les 2 fenêtres superposées, à fronton surbaissé, la porte de la tourelle, les arabesques qui sont au-dessus de cette porte et au-dessous des fenêtres, ont tous le cachet de l’architecture la plus pure de la Renaissance. 2 inscriptions, dont l’une se trouve sur le piédestal d’une des colonnes qui accompagnent la fenêtre inférieure, nous apprennent en outre que ce corps-de-logis a été construit en 1545. Sous la galerie qui relie les 2 corps-de-logis, s’ouvre, en face du corridor d’entrée, une porte surmontée d’un fronton triangulaire ornementé, de style Renaissance, comme la façade. Près de cette porte venait aboutir un petit escalier à vis qui communiquait avec l’escalier plus large qui contient la tourelle.

          La rue de la Monnaie était alors  presque au centre des résidences des riches marchands et des magistrats de Troyes.

 Ce fut un magistrat qui fit édifier cet hôtel. On lit sur une pierre du corridor d’entrée, ces mots nettement gravés en lettres capitales romaines :

 JEHAN DHEURLES 

 MARIE RAVAU

 1545 ONT FAIT EDIFIER

 CETTE MAISON

          En 1548, Jehan Dheurles était lieutenant du prévôt de Troyes. Il fut chargé à cette date, avec d’autres magistrats, de procéder à une enquête sur les frais de justice, dont on demandait déjà la réduction. Plus tard, il embrassa la religion protestante, et, conformément à un édit de septembre 1568, il fut privé, pour cette raison, de sa charge de lieutenant du prévôt, qui fut donnée à Séraphin Favier.

         En 1573, Jehan Dheurles était sans doute mort, car on peut lire sur une pierre placée au-dessus de celle qui le concerne :

 PIERRE BERTHIER

 MARIE DHEURLES

 1573. SUCCESSEUR

          Pierre Bertier était le gendre de Jean Dheurles. Il appartenait à une famille bourgeoise troyenne qui avait une chapelle à Saint-Jean. La maison paraît s’être transmise de beau-père à gendre jusqu’à la fin du XVI° siècle, car nous lisons sur une troisième pierre placée au-dessus des autres :

 PIERRE LE VIRLOIS

 ANNE BERTHIER

 1594. SUCCESSEUR

          Comme ses prédécesseurs, Pierre Le Virlois appartenait à la haute bourgeoisie troyenne. L’avocat Claude Le Virlois avait représenté le procureur du roi à Troyes, en 1555, à l’assemblée pour la rédaction des coutumes de Sens. Claude Deheurles qui occupait un des premiers rangs dans la cité, avait tenu à réunir dans sa demeure l’élégance et la solidité. La maison avait été construite sur de solides fondements. Les caves sont surmontées de larges et hautes voûtes cintrées, en bel appareil de craie. Ces caves contiennent une sorte de caveau, qui servait de cachette dans les temps de trouble, et à côté de la rue, une porte aujourd’hui murée, qui donnait accès à un long souterrain, dont l’extrémité aboutissait à la porte du Beffroi. Ce souterrain suivait la rue de la Monnaie. Dans les temps de guerre civile ou étrangère, il fournissait une issue secrète et sûre aux habitants notables auxquels était confiée la garde de la cité.

 Le grand plan d’alignement de 1769 indique que la maison de Jehan Dheurles appartenait à cette époque à M. Gallien. Gallien, ancien échevin, était le beau-frère de Grosley et avait réuni par héritage, la plus grande fortune qui fut alors dans la ville. A l’époque de la Révolution, la maison appartenait à sa fille, Elisabeth Gallien veuve de Bonaventure Huez de Pouilly.  Huez de Pouilly était un des personnages les plus considérables de Troyes : il avait été conseiller à la Cour des Monnaies de Paris, , et parmi ses seigneuries figurait celle de Pouilly, située à l’extrémité du faubourg Saint-Martin. Mais, Mme Huez n’habitait pas la maison de la rue de la Monnaie. Elle occupait un des beaux hôtels qui avaient été construits vers le milieu du siècle, sur la place de l’Etape-au-Vin (Audiffred), au lieu même où s’était longtemps élevé l’auditoire de la Prévôté, (Crédit Lyonnais actuel). Cet hôtel, situé au coin de la place et de la rue Juvénal des Ursins, fut mis sous séquestre en 1793, parce que les fils de Mme Huez avaient émigré, et fut loué sous le Directoire, par adjudication publique, au receveur général du département, moyennant le prix annuel de 450 livres. Ce bel immeuble, dont on signalait la « magnifique terrasse », n’était alors estimé qu’à 20.000 livres.

          La maison de la rue de la Monnaie, considérée comme biens d’émigrés, fut mise en vente le 24 nivôse an VIII (14 janvier 1800). L’adjudication se fit, selon les termes imprimés du procès-verbal, « à la chaleur des enchères et à l’extinction des feux ». Ces enchères furent assez caractéristiques. La mise à prix avait été fixée à 13.000 frs, d’après le revenu estimé à 400 frs en 1796. La première mise à prix fut de 120.000 frs. Une enchère en porta tout à coup le prix à 200.000, puis une légère surenchère de 500, lorsqu’une mise de 413.000 frs vint écarter les autres concurrents. Qu’on ne s’exclame pas sur cette somme énorme ! Les biens nationaux étaient payables en bons de rente, et ces bons de rente perdaient 98 ½ %, de sorte que les 413.000 frs représentaient au cours du jour, en écus, 6.595 frs, que l’acquéreur Bourgoin fils, demeurant alors à Bruxelles, versa entre les mains de l’administration.

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