Politique



Polémique électorale 1903


La politique politicienne a toujours existé,  mais pour les « Elections Sénatoriales du 4 janvier 1903 » dans l’Aube, les 2 quotidiens locaux, le « Petit Troyen » et la « Tribune de l’aube », s’injuriaient pratiquement chaque jour dans leurs colonnes. Il n’y avait même pas la « trêve des confiseurs » !  

 

         Dans la « Tribune de l’Aube » 5 octobre 1902, un Maire écrit :

 

<< Je viens de lire avec étonnement l’article publié par le « Petit Troyen » du 2 octobre. J’ai été surpris d’y voir l’éloge des impôts de consommation qui sont logiques, parce que la consommation est proportionnelle au revenu ! J’ai été surpris d’y voir un plaidoyer pour le maintien des octrois, et surtout une condamnation formelle de l’impôt unique, global et progressif sur le revenu… il n’atteindra pas les spéculateurs et les boursiers dont le revenu échappera à toute espèce de taxe. Il n’atteindra pas davantage les rentiers qui placent leur argent à l’étranger. Je me suis demandé si le « Petit Troyen » était encore le propagateur dans l’Aube des doctrines radicales socialistes, car, au point de vue de l’impôt sur le revenu, il sert à ses lecteurs les arguments que les républicains progressistes ont essayé de faire pour démontrer que l’application que voulaient faire les radicaux d’un principe absolument juste, proportionner l’impôt aux facultés de chacun, ne donnerait que des résultats déplorables. Je suis enchanté aujourd’hui de voir le rédacteur en chef du « Petit Troyen », subitement éclairé sur les inconvénients de l’impôt unique sur le revenu, commencer une campagne contre cet impôt et s’escrimer à prouver à ses lecteurs que les prétendus bienfaits de l’impôt unique sur le revenu ne sont que déceptions et mensonges >>.

 

M. A de Launay écrit dans la « Tribune de l’Aube » du 19 octobre 1902 : <<…M. le député Charonnat ne peut admettre que M. Rambourgt ait pu employer ce qu’il pouvait avoir d’influence à appuyer les désirs de la population de Montaulin, pour la création d’une halte. Que le souci de contribuer à assurer la réélection de M. Charonnat ait pu déterminer M. Baudin, alors qu’il était ministre  des travaux publics, à faire de cette halte une « question personnelle », comme dit M. le Député, cela ne doit étonner personne. Nous avons pu voir la candidature officielle s’épanouir à Troyes. M. Charonnat nous apprend que les Ministres tenaient leurs faveurs à sa disposition. Nous savions déjà que l’administration l’autorisait à puiser à pleines mains dans la caisse du département pour satisfaire ses électeurs…>>.

 

« Tribune de l’Aube » du 20 novembre 1902 : << Le Parlement va être appelé à discuter le budget de 1903, présenté par le Ministre Combes. Aussi, me semble-t-il intéressant de mettre en parallèle les actes du parti radical, qui constitue la majorité gouvernementale actuelle, et les promesses que ce même parti nous prodiguait pendant la période électorale, et de noter, au fur et à mesure qu’elles pourront se présenter, les discordances entre les paroles et les faits. Je voudrais montrer à vos électeurs combien ils ont été leurrés par les promesses de réformes qui emplissaient les cahiers électoraux du parti radical et combien peu maintenant les élus de ce parti se préoccupent de la situation économique qu’ils prétendaient transformer : depuis 2 années, le « déficit, un déficit toujours croissant », a pu faire son apparition dans nos finances… Les candidats du parti radical donnaient il y a 6 mois, dans les villes et les campagnes, le remède qui devait mettre fin aux iniquités, aux inégalités des impôts directs, qui devait apporter un terme à la situation malheureuse de l’ouvrier, du petit commerçant, du cultivateur, de l’employé écrasés par ces taxes qu’on qualifiait très sévèrement. Cette panacée qu’on nous vantait, c’était l’impôt « unique, global et progressif » sur le revenu… Certains candidats répondaient majestueusement « que si le parti radical entrait dans la majorité de la Chambre nouvelle, il aurait pour premier devoir d’imposer cette réforme au chef du Gouvernement, qui n’aurait d’autre alternative que de se soumettre ou de se démettre ». Le Président du Conseil, ému probablement par cette mise en demeure, s’empressait de se démettre après les élections en voyant le parti radical entrer en maître à la Chambre. Nous avons pu voir la majorité de la Chambre voter, sans discussion sérieuse, les 4 contributions directes présentées par le Ministère et contre lesquelles les candidats élus s’élevaient avec tant de force quelques semaines auparavant. Ils votaient, les radicaux, ces impôts qui écrasent si lourdement, si injustement le cultivateur dont le champ reste parfois stérile en dépit d’un dur labeur, ces impôts qui ruinent le petit commerçant succombant sous la charge de sa patente, ces impôts qui frappent l’ouvrier dans l’air qu’il respire, dans le jour qui l’éclaire… Que reste-t-il de la principale réforme du programme radical ? Le souvenir, pour les électeurs dupés, des boniments par lesquels on a extorqué leurs votes et le regret d’avoir pu être trompés avec une telle impudence.

 

Lettre d’un Maire à la « Tribune de l’Aube » du 29 novembre :

 

« …les électeurs jugeront que ceux-là seuls mettent la République en péril qui veulent, comme les radicaux sectaires, frapper d’ostracisme des républicains éprouvés et diviser les Français au lieu de les unir dans l’amour de la République et de la Patrie. Ils sauront apprécier le néant des promesses par lesquelles les candidats radicaux ont toujours trompé les électeurs… ».

 

« Tribune de l’Aube », 5 décembre 1902, un « Délégué de la Vallée de l’Aube » écrit : <<… Le parti radical, qui a fait tant de belles promesses, sans qu’il en ait tenu aucune, sent si bien que le parti républicain libéral et progressiste peut seul donner quelques garanties au corps électoral, que le Comité qui nous écrit se garde bien de présenter ses candidats comme radicaux, ils ne sont plus que républicains. Le temps n’est pas loin cependant où ces candidats, en se présentant aux électeurs, affirmaient qu’ils étaient des « radicaux-socialistes ». Mettent-ils donc maintenant leur drapeau dans leur poche pour tromper de nouveau les électeurs, ou considèrent-ils que le parti radical, qui a trahi tous ses engagements, qui a déserté la cause de la liberté et de la justice, est devenu un parti inavouable auquel on doit craindre d’appartenir ? >>.

 

Un Maire écrit le 17 décembre 1902 dans la « Tribune de l’Aube : <<… Les 3 candidats radicaux appartiennent à ce parti qui n’a réalisé aucune des réformes qu’il avait promises, qui n’a même pas voulu cette année, commencer la discussion du Budget, sentant bien que cette discussion révèlerait, aux yeux de tous, son impuissance et son incapacité financière… Jamais ils n’uniront leurs voix aux voix socialistes, jamais ils ne pourront consentir à donner leurs suffrages à des radicaux qui, toujours prodigues de promesses, ne savent ou ne veulent réaliser aucune réforme et nous conduiraient fatalement au collectivisme… >>.

 

Sous le titre « Corruption électorale », un Maire écrit dans la « Tribune de l’Aube » du 23 décembre 1902 : << … un Gouvernement qui ne craint pas de peser sur les électeurs emploie aussi des moyens discrets, qu’il croit d’autant plus efficaces. Il sait que beaucoup d’entre nous pensent que la faveur d’orner sa boutonnière d’un petit bout de ruban, qui trop souvent est accordé à des personnes dont le mérite nous semble bien mince, nous serait octroyée, à nous-mêmes à bien plus juste titre… Lorsque nous rencontrons un candidat sénatorial qui, se disant fort de l’appui du Gouvernement, vient se mettre spontanément à notre disposition pour appuyer notre demande de la « décoration du Mérite agricole », nous devons, pense-t-il, nous sentir tout disposés à lui accorder un suffrage de reconnaissance. Mais cette promesse qu’il nous a faite à nous, il l’a faite à cent autres et, lorsque paraitra la bienheureuse liste, nous serons consternés en voyant que cette fois encore il n’a pas tenu compte du mérite des gens, et que nous n’avons rien obtenu. Si la fameuse liste paraissait le 1er janvier, tous ceux, et ils sont légion, qui ont pu être abusés par de fausses espérances et des promesses trompeuses, témoigneraient leur mécontentement en votant contre le candidat officiel qui les a dupés. Mais le Gouvernement veille, il déclare que la liste sera publiée après le scrutin. Il compte ainsi que nous resterons à attendre et à espérer, et que nous donnerons notre voix au candidat agréable qui a paru nous porter un si vif intérêt. Le lendemain du scrutin, nous apprendrions qu’on, s’est moqué de nous. Mais l’élection étant faite, le tour sera joué ! Cette manœuvre officielle ne trompera personne…>>.

 

Un Maire, le 25 décembre 1902, écrit dans la « Tribune de l’Aube » : <<… Voilà bien ces radicaux qui se proclament des démocrates et qui viennent imposer au vigneron distillant les résidus de sa maigre récolte, au manouvrier qui tire parti des quelques fruits tombés des arbres de son jardin, une nouvelle charge de 50.000.000 ! Il manquait 50.000.000 pour boucler le budget. La Commission, en grande majorité radicale, propose de les prendre dans la poche des bouilleurs de cru… >>.

 

 Un Maire écrit le 3 janvier 1903  dans la « Tribune de l’Aube », sous le titre : « Et le budget ? » :

 

<< Les candidats radicaux socialistes du « Petit Troyen » ont publié leur profession de foi. Ce boniment, un peu plus vague encore que tous ceux qui avaient été débités devant les électeurs par les candidats de ce parti, contient, en fait de réformes, des promesses incompréhensibles dans le genre de celle-ci : « Donner à la République les organes qui lui conviennent ». Ce que nous y avons cherché vainement et ce qui nous eut semblé d'une actualité immédiate, ce sont les conceptions financières de ces candidats qu’ils auraient à appliquer s’ils étaient élus… Nous savons que, pour arriver à équilibrer les recettes et les dépenses, la Commission radicale de la Chambre, docile instrument du Ministre des Finances, a supprimé le droit des bouilleurs de cru afin de trouver là de quoi combler le déficit prévu s’élevant à 50 millions… La politique gouvernementale, politique d’imprévoyance et de gaspillage, nous a conduits à cette situation : c’est qu’il est impossible d’équilibrer le budget sans frapper les contribuables par de nouveaux impôts ou sans combler les déficits par des emprunts… Que les radicaux ne tentent pas de nous leurrer en nous parlant de la suppression du budget des cultes, car elle ne suffirait pas à nous donner l’équilibre de nos finances, même sur le papier, puisque le budget des cultes n’atteint pas, à beaucoup près, 50 millions. Ils ont donc le devoir de nous dire ce qu’ils feront pour équilibrer le budget de 1903 et pour liquider les déficits de 1901 et 1902 qui dépassent, à eux deux, 350 millions…>>.

 

Nous lisons ce même jour, sous le titre : « Flèche de tous bois » :   <<… On faisait connaître aux populations de l’Aube qu’une partie du réseau téléphonique départemental allait être bientôt mise en construction. Cette nouvelle sensationnelle n’est guère vieille que de 4 mois, puisque le Conseil général en votant les fonds nécessaires à cette dépense uniquement départementale, a reçu l’assurance que les travaux commenceraient dès que ces fonds seraient mis à la disposition de l’Etat, c’est-à-dire dès le 1er janvier 1903. La veille, il signalait à l’attention des délégués sénatoriaux les « innombrables » services rendus par M. Mony à la région de Bar-sur-Seine. Heureuse région ! Il aurait pu leur rappeler encore que M. Mony s’était toujours montré l’adversaire absolu de la construction de la ligne de chemin de fer de Riceys à Cunfin. Certes, s’il n’avait tenu qu’à M. Mony, jamais cette voie, si utile pour les vallées de l’Ource et de la Laignes, n’aurait été construite. Aussi, tous ceux qui ont pris part aux fêtes ayant pour but de célébrer l’inauguration, étaient-ils stupéfaits de voir au milieu d’eux l’adversaire qui avait toujours blâmé l’œuvre du Conseil général de l’Aube…>>.

 

Un Agriculteur délégué écrit dans la « Tribune de l’Aube » du 4 janvier 1903 : << … C’est aux agriculteurs qui ont su titer parti du vœu émis sur proposition de 15 conseillers généraux que les cultivateurs doivent être reconnaissants des résultats obtenus et non pas à MM. Mony et Marion qui n’avaient rien su proposer d’assez précis pour être réalisé…>>.

 

Ce même jour, était écrit un autre article intitulé « M. Mony et le chemin de fer départemental » : << Le Conseil général, soucieux d’assurer à toutes les régions du département déshéritées jusqu’ici au point de vue des moyens de transport le bénéfice de voies ferrées si indispensables à la circulation actuelle, avait étudié un réseau desservant les parties du département que les grandes lignes laissaient de côté… Les régions traversées par ces lignes avaient été privées jusqu’alors de tout moyen de communication et la construction d’un pareil réseau devait leur apporter un peu de la prospérité qui leur fait défaut. La réalisation d’un projet si utile devait trouver au Conseil Général un adversaire : cet adversaire, c’est M. Mony ! Dans la séance du 24 avril 1900, il s’exprimait ainsi : « J’ai toujours voté contre la construction de chemin de fer des Riceys à Cunfun. Mes sentiments n’ont pas changé et je persiste à ne pas m’associer à cette œuvre ». Ainsi donc M. Mony persistait à ne pas s’associer à l’œuvre de solidarité et de justice entreprise par le Conseil général, il refusait de faire quelque chose pour des communes pauvres et isolées. Electeurs sénatoriaux, qui habitez des communes privées de l’avantage d’avoir un chemin de fer près de chez vous, vous qui payez comme contribuables les garanties d’intérêt servies aux grandes lignes qui apportent la richesse dans les villes à vos dépens, vous connaissez votre adversaire : c’est M. Mony !

 

C’est lui qui sollicite vos suffrages que vous saurez lui refuser, et vous aurez raison ! >>.

 

Dans la « Tribune de l’Aube » du 11 janvier 1903, un article est intitulé : Comité « extra-lucide » : << … Qu’ils avouent donc, les membres du Comité républicain démocratique de Bar-sur-Seine, qu’ils sont tout simplement des farceurs furieux d’avoir été outrageusement battus et complètement déçus dans leurs espérances par le bon sens montré le 4 janvier par les électeurs, qu’ils voudraient bien, pour masquer leur défaite, jeter un peu de poudre aux yeux en essayant de faire croire, malgré tout, à leur lucidité >>…


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