Coutumes, tradition



Mariages


 

Les fiançailles terminées, la cérémonie même du mariage peut maintenant être préparée.

 

         Dans les communes où Saint Gengoult (patron des maris trompés) est prié, le promis se livre à une pratique singulière. Il se rend à la fontaine Saint-Gengoult, et il trempe un doigt dans l’eau. S’il le retire mouillé, il sera infidèle, mais s’il le sort tout-a-fait sec, il respectera toujours son serment.

 

         La promise, elle, se hâte de terminer son trousseau dont elle a filé et brodé les principales pièces depuis l’âge de 12 ans. Pour être considéré comme bien fourni, il doit comprendre au minimum : 3 douzaines de chemises, 12 draps, 12 taies d’oreiller, 12 serviettes de table avec la nappe assortie, 12 serviettes de toilette, 3 douzaines de torchons, 12 mouchoirs de couleurs, le même nombre en fil blanc. Le trousseau doit encore comprendre les pantalons, les bas, les jupons, le matelas du lit.

 

         Il faut fixer la date du grand jour. La cérémonie se déroulera le matin, à moins qu’on s’unisse à une veuve ou « qu’on ait déjà pris un pain sur la fournée ». Dès la date fixée, les invitations sont faites par les parents ou les jeunes gens. Elles doivent être terminées avant le jeudi précédant le mariage, car une invitation adressée après serait considérée comme une grave impolitesse, une insulte ou un impardonnable oubli.

 

         La veille du grand jour, les femmes des 2 familles s’en vont à l’église afin de la décorer de fleurs et de nettoyer les bancs. Des descentes de lit sont déposées devant l’autel, sous le prie-Dieu des jeunes mariés, afin de donner plus de solennité à la cérémonie. Les hommes ne sont pas moins actifs. Les garçons plantent des sapins ornés de roses blanches, devant l’église et la porte de la jeune mariée. La grange où demain se déroulera le repas est décorée de guirlandes, feuilles de lierre et roses en papier. Un drap blanc est tendu derrière l’emplacement qui sera occupé demain par les mariés, et les jeunes filles y cousent les initiales patronymiques formées avec des feuilles de lierre. Il va sans dire que tous ceux qui participent à cette préparation mangeront le soir « à la maison », les « abattis » et la galette.

 

         Le soir, profitant de son dernier jour de jeune homme, le jeune marié se joint à ses camarades, afin « d’enterrer sa vie de garçon ». Ensemble, ils mangent, boivent, chantent jusqu’au matin et à l’aube, dans la cour, tirent des coups de fusils. A l’aide des instruments les plus invraisemblables, ils vont ensuite faire des aubades à ceux qui doivent assister à la noce.

 

         Voici le grand jour arrivé. Une heure avant la cérémonie religieuse, les cloches se mettent à sonner. Pendant que tout le monde s’affaire, on fait envoyer des brioches aux voisins et amis qui ont offert des chambres pour les invités. La jeune mariée tout de blanc vêtue, se voit poser la couronne de fleurs d’orangers qui symbolisera sa virginité, cette couronne sera placée sous globe et conservée comme un précieux souvenir. La ceinture de mariée sera également conservée, avec soin, afin de servir de lien au berceau du premier né.

 

L’heure de la cérémonie approche et chaque cavalier met un point d’honneur à aller chercher sa cavalière chez elle, pour se rendre ensuite chez la jeune fille à marier. Pendant ce temps, les parents des conjoints se rendent seuls dans une pièce, où le père du jeune homme réitère sa demande en mariage qui naturellement, est acceptée.

 

Le Suisse arrive bientôt en uniforme rouge, avec sa hallebarde sur l’épaule droite, la canne de la main gauche.  Il précède le cortège, du domicile de la jeune fille jusqu’à la mairie et de la maison commune à l’église. Après la messe, il reconduit le couple à la porte, les musiciens le remplaçant alors à la tête du cortège. La croyance veut que « plus Monsieur le Curé attend, plus le mariage sera heureux ». La mariée ouvre le cortège au bras de son père, puis suivent les familles et les invités, fermant la marche, le jeune homme s’achemine au bras de sa mère. La jeune mariée offre un bouquet au maire, s’il marie pour la première fois de son mandat. Avant que la noce s’en aille, le premier magistrat embrasse la mariée.

 

Le cortège s’achemine alors vers l’église, environné de jeunes gens qui tirent des coups de fusil. Le bruit des cloches se mêle aux coups de fusil, alors que le cortège pénètre solennellement dans le sanctuaire par la grande porte. Au pied de l’autel, le père de la mariée quitte son bras et la remet au jeune homme. Ce dernier prendra soin pendant toute la messe, de s’agenouiller sur une partie de la jupe de son épouse, afin de marquer par là sa prise d’autorité dans le ménage.

 

Au moment de passer les alliances on guette avec intérêt les gestes du couple, car si l’époux glisse l’alliance jusqu’au fond du doigt sans résistance « il sera le maître chez lui », « il portera la culotte ».

 

Les époux vont ensuite seuls au cimetière, sur la tombe de leurs parents décédés.

 

A Saint-André-les-Vergers, toute la noce se dirige vers un champ proche, où le nouveau couple est attelé à une charrue qu’il doit tirer pendant quelques mètres. On voit ainsi s’il est capable de travailler et on lui indique par la même occasion qu’il est « attelé pour la vie aux mêmes tâches, aux mêmes peines ».

 

Après le repas, la « jarretière de la mariée » est découpée en petits morceaux qui sont distribués par les demoiselles de la noce et épinglés à l’habit et au corsage des assistants. Auparavant, la jarretière a été vendue aux enchères et le produit de cette vente sera donné aux écoles ou affecté à l’entretien de l’église ou du monument aux morts.

 

L’après-midi, des jeux sont organisés : « La course aux gants », « Le saut du pâté », « Le saut des aiguillettes », « La danse de la galette », le « Tir à l’oie »…

 

Le soir, après un léger repas, ce sont les danses.

 

Le deuxième jour, tout le monde se retrouve en fin de matinée à l’église du village. Une messe est célébrée à la mémoire des défunts des deux familles. La jeune mariée porte à l’autel de la Vierge, sa gerbe de mariée, et tous se rendent sur les tombes des deux familles.

 

Lors du repas qui suit, les enfants pauvres du pays viennent « fleurer » autour de la cuisine. On leur donne une collation, composée du bœuf restant, du pot-au-feu et de pain.

 

Le second après-midi sont organisés des jeux : « La course à la poule », « La course au ruban »…     

 

  Après le dernier repas, la mariée partage son voile de tulle entre toutes les jeunes filles présentes afin de leur porter chance.

 

Les obligations du jeune marié : ce sera lui qui sera chargé de garder les récoltes un peu avant la moisson. Fusil sur l’épaule, il se promènera la nuit dans les champs afin d’écarter les maraudeurs. Un peu avant les vendanges, il sera « garde-vignier » également, héritant de la même fonction. Pendant 1 an, aussi, il aura toutes les fonctions de garde-champêtre communal.

 

Ainsi, de nombreuses traditions se sont-elles développées autour des fiançailles et des cérémonies religieuses et civiles de l’union. Par exemple, 2 sœurs ne se marieront pas en même temps, de peur « qu’un époux ne meure dans l’année ». Il est aussi néfaste de vouloir le faire en mai « le mois des agneaux dernes », on aurait des enfants idiots. Si les futurs « ont fêté Pâques avant les Rameaux » ou « la Pentecôte avant Pâques », le mariage est vite « bâclé ».

 

En 1680, la bienvenue des nouveaux mariés fut rigoureusement interdite par les statuts synodaux : « Nous défendons… à tous jeunes gens, garçons et filles, et toutes autres personnes que ce soit, d’user de menaces, injures ou violences, par soi ou par autrui, à l’égard des nouveaux mariés, pour exiger d’eux quelques sommes ou autrement ».

 

Une ordonnance de police de la ville de Troyes, produite en 1693, est aussi catégorique : « Défense à toutes personnes d’exiger aucunes choses des nouveaux mariés, de faire bruit, cris et clameur sous prétexte de bienvenue ou autres usages abusifs ».

 

Au XVIII° siècle, d’après un relevé des mariages dans l’Aube, les garçons se marient en moyenne à 27 ans révolus et les filles à 26 ans.

 

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