" La Ville de Troyes a eu comme maire, pendant quatre de ces années si pleines et si vivantes de notre histoire nationale qui s’écoulent entre 1588 et 1594, un serviteur dévoué de la maison de Guise, Nicolas de Hault. A cette époque, Troyes était l’une des villes les plus attachées à la Ligue... il n’y avait ville en France plus séditieuse et pleine de vengeance contre le Roy que celle-ci... Elle jouait dans celle-ci un rôle d’autant plus important que sa position géographique et la richesse de ses habitants en rendaient la possession précieuse pour l’un et l’autre parti. Elle formait un petit Etat, ayant, dans la Confédération qu’était la Sainte-Union, une bonne partie des caractères de la souveraineté : faisant la guerre, contractant des alliances, concluant des traités, levant des impôts, bref, se gouvernant elle-même et ayant voix au chapitre dans la direction générale des affaires de la Ligue...".
Nicolas naît en 1529. Il est ligueur avec passion.
Il épouse la veuve de François Mauroy, prévôt de Troyes, mariage qui fait de lui un Troyen.
Il devient trésorier du Cardinal, et prête de grosses sommes à la maison de Guise.
Il est receveur ordinaire des finances, et achète la commission de receveur particulier des décimes du diocèse de Troyes.
Il entre au Conseil en 1582 et est maire en 1588.
Le procureur qui a tout fait pour conserver la ville dans l’obéissance du Roi, est arrêté et pendu sur le marché au blé, devant une foule menaçante.
L’Etat ligueur s’organise dans la ville.
Le duc de Mayenne épure aussi le Clergé, il crée un Conseil de gouvernement où sont appelés à siéger le Maire et les Echevins, il confirme au premier magistrat de la Cité des pouvoirs politiques et militaires presque sans limites.
Nicolas de Hault est informé d’une conjuration pour la prise de la ville dans la nuit du 23 au 24 novembre. On doit s’emparer de lui. Chose grave, c’est un des conseillers de ville, Noël Coeffart, sieur de Vermoise, qui est à la tête de l’affaire. Le maire fait toute diligence pour les en empêcher et propose au Conseil l’arrestation de Vermoise et de ses complices. Les coupables sont emprisonnés aux Cordeliers.
Toutes ces agitations coûtent très cher. Nicolas de Hault avance de l’argent, mais il a bien du mal à se faire rembourser !
De Hault apprend que le Légat du Pape Sixte-Quint, doit visiter Troyes en janvier 1590. Il propose " de faire grandement les choses, et demande dix mille écus pour y réussir... ". C’est une somme énorme, mais il faut savoir que le cortège du Légat compte quatre cents chevaux, et qu’un grand nombre de hauts personnages l’accompagnent.
Le maire est aussi préoccupé par l’épidémie de peste.
Il supprime une partie des hôpitaux dont l’utilité lui paraît contestable, et sont mal tenus : à Saint-Bernard, le revenu est de 400 écus et il n’y a que 15 à 18 femmes qui vont mendier par la ville… l’hôpital Saint-Nicolas qui est ample, ne reçoit que 15 femmes...
Le bon entretien des murailles a préoccupé Nicolas de Hault dès son entrée en charge.
Dès l’arrivée du cardinal de Guise, plus de 300 familles se sont exilées.
En 1590, un coup de main est tenté sur Troyes, et plusieurs milliers d’hommes occupent par surprise, presque sans coup férir, le quartier bas. Le maire prend la tête des défenseurs, et met l’ennemi en fuite. Irritée, la population se venge sur les amis de ceux qui ont fait le coup de main, massacre 37 détenus, et d’autres " périssent d’une manière affreuse dans leur maison, tués à sang froid ... les corps morts de ces gentilshommes traînés ignominieusement par toute la ville... un arrache le cœur du sieur de Saultour... et le tenant entre ses mains sanglantes et impures dit qu’il en voulait manger et à l’instant se prit a le mâcher entre ses dents venimeuses…".
Le lendemain, de Hault rassemble son Conseil, décide des patrouilles pour empêcher le menu peuple de s’assembler, et fait célébrer un service pour rendre grâces à Dieu d’avoir été délivré de ses ennemis le jour de la Saint-Lambert. C’est sans doute l’origine du proverbe troyen :
" C’est aujourd’hui la Saint-Lambert
Qui quitte sa place la perd. "
Le maire veut éviter toute affaire de pédophilie à Troyes, et " prie le doyen de Saint-Etienne avoir l’œil a ce qu’il ne se voit plus tant d’enfants en maisons des chanoines, pour que cela ne puisse apporter scandale...".
En 1594, Nicolas de Hault est emprisonné, mais les échevins insistent auprès du Roi pour l’application, stricte de l’Edit : "... Sa Majesté a fait inhibition et défense de mettre en procès les anciens Maires qui ont eu charge pendant les troubles pour les choses passées, sous quelque cause et prétexte que ce soit…".
Nicolas sort de prison et est exilé dans sa propriété de Courcelles-Saint-Germain.
En 1597, estimant que sa pénitence a assez duré, il se décide à présenter requête pour être autorisé à rentrer à Troyes, et il reçoit l’autorisation de revenir.
Placé à la tête de l’administration municipale à une époque où celle-ci se trouve démesurément grandie, jeté au milieu des troubles de la guerre civile et des plus grandes affaires politiques de son temps, Nicolas de Hault, brave soldat, financier ingénieux, s’est tiré à son honneur des difficultés qui l’ont assailli.
Président des Trésoriers de France, Contrôleur général des Fortifications, il reste l’un des personnages le plus marquants de la Sainte-Union dans sa ville.
Sur le bandeau du bas de chaque page, vous cliquez sur "Plan du site", qui est la table des matières, et vous choisissez le chapitre qui vous intéresse.
Cliquez sur "Nouveaux chapitres" vous accédez aux dernières pages mises en ligne.