Métiers anciens


Les orfèvres

Un des premiers orfèvres troyens est Arnoul, orfèvre attitré de notre comte de Champagne Henri 1er, dit le « Libéral ».

         Il y a également Premierfait, habile orfèvre de Troyes, qui compose plusieurs croix et reliquaires pour la cathédrale de Troyes, et est envoyé en Angleterre comme otage « pour sûreté de rançon » du roi Jean le Bon, en exécution du traité de Brétigny.

         Lorsque Charles V vient rendre visite à Troyes en 1367, une très riche croix empierrée et émaillée est fabriquée par un orfèvre Troyen, et donnée par notre comte  Henri 1er ( 1151-1181) à la Collégiale Saint-Etienne, à sa demande.

Sous le règne de ce roi, amoureux des arts, l’orfèvrerie est infiniment plus riche, les missels reliés en argent repoussé, les calices, les encensoirs, les reliquaires même, sont en or massif et s’enrichissent d’émaux et de pierres fines. Toutes ces pierres précieuses proviennent de dons d’origines illustres, fruits souvent de la rapine et de butins de guerre qui affluaient dans les églises. C’est ainsi que l’ordre de Citeaux et divers couvents, reçurent des objets de grande valeur, fabriqués par nos orfèvres troyens, donation des comtes Thibaud I (1037-1089), Thibaud II (1125-1151) et Henri 1er, pour acheter des indulgences et des prières.

         On relève, dans les  « Statuts de l’Hôtel-Dieu de Troyes », rédigés en 1263, la recommandation suivante : « Nulle religieuse ne doit porter anneau de pierre précieuse, si ce n’est pour cause de maladie ».

         Le XIII° siècle voit apparaître les premières réglementations des corporations d’arts et métiers. Leurs statuts donnent une existence légale et authentique aux orfèvres, pour lesquels la municipalité de Troyes donne une constitution « à cause de beaucoup de fraudes ». En effet, on vend alors impunément au titre de l’or, des métaux adultérés par des mariages de toutes sortes : on se contente tout simplement de colorer du cuivre. L’argent était plus exposé que l’or à subir des altérations de faussaires. Les procédés sont divers. Tantôt on mélange du plomb, de l’étain et du cuivre blanc, pour composer un métal ayant l’apparence de l’argent.

Dès 1260, les orfèvres ont leur administration régulière et leur juridiction intérieure avec des privilèges et des droits. Elle existe bien avant, sous forme de coutume transmise de père en fils par une fidèle tradition.

Philippe le Hardi rappelle que Troyes doit avoir son seing propre et « que nul se serve du poinçon d’un autre ».

En 1313, Philippe le Bel soumet tous les métaux précieux aux poinçons des orfèvres, dès lors tout orfèvre qui néglige de faire marquer ses ouvrages par les « prud’hommes établis et élus à ce faire », est puni de « corps et d’avenir », c’est-à-dire, par l’amende et la prison.

Chaque communauté se trouve avoir sa marque que les gardes opposent sur les ouvrages à la suite des poinçons de maître, après avoir contrôlé et pesé le métal. Avant la Révolution, les marques ou « Jurandes » représentent des armes parlantes, des figures, des objets, des lettres, dates ou des animaux. Ces symboles permettent ainsi de retrouver la communauté d’où provient l’ouvrage. Pour la communauté des orfèvres de Troyes, ce symbole représente, dès 1369, un manche de bobine. Il était insculpé sur deux plaques de cuivre et confié aux gardes de la communauté de Troyes.

En 1369, il y a 13 maîtres orfèvres à Troyes, date de la fondation de la communauté de la ville, 38 en 1556, et au XVI° siècle, 222 orfèvres.

Jacques 1er de Marisy est le seul maître orfèvre de Troyes à devenir le maire de la ville (1515-1517, 1521-1522). Il a fait des objets d’orfèvrerie pour la cathédrale, Sainte-Madeleine et Notre-Dame-aux-Nonnains.

Les orfèvres troyens ont toujours eu une réputation « d’habiles fondeurs, marteleurs, ciseleurs, repousseurs » Le plus réputé et le plus célèbre est Jean Papillon (1498-1528) qui fabrique pendant 3 ans, un splendide reliquaire pour mettre les reliques de saint-Loup, dont le cardinal de Bouillon avoue qu’il n’a rien vu de si beau en Italie, « c’était le plus beau joyau que l’on puisse voir en France ».

Lorsque François 1er fait son entrée à Troyes en 1521, il reçoit en présent une petite statue équestre d’Hector de Troie en argent réalisée par 19 orfèvres de la ville. Le roi et sa suite trouvent ce présent « fort gorgias et très beau ».

En 1548, 3 orfèvres troyens travaillent à la création d’un lys d’argent et d’un cœur en or qui sont remis en présent à Henri III et Catherine de Médicis.

Le chef de file d’une dynastie d’orfèvres troyens, Jacques de Rouaire a été au service du roi et des Guise, et François Guyart devint orfèvre du duc et de la duchesse de Guise.

Pierre de la Rothière et Guillaume de Premierfait, orfèvres troyens, ont réalisé deux statues en argent pour les tombeaux des comtes de Champagne Henri 1er et Thibault III.

Une grande table d’or chargée de bas-reliefs et enrichie de diamants, est réalisée par nos orfèvres troyens, pour la Collégiale Saint-Etienne. Elle servit de contribution pour payer la rançon du roi Jean.

        L’église Sainte Madeleine est la paroisse des orfèvres. Leur corporation a offert en 1506 la verrière centrale qui expose la vie de saint Eloi, avec les Armoiries des orfèvres (voir église Sainte-Madeleine).

La rue Mignard s’appelait autrefois rue de l’Orfèvrerie, et nous avons toujours la Tourelle des Orfèvres, qui fait la joie des dessinateurs et peintres, et dont les cartes postales sont les plus vendues !

 

La Tourelle des Orfèvres
La Tourelle des Orfèvres


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