Scandales



Faux miracles


 

Depuis quelques années, une fille, nommée Catherine Charpy, née à Troyes en 1640, fille d’un orfèvre, paraissait vivre dans une telle abstinence qu’elle passa pour sainte, et que le bruit de ses prétendus prodiges se répandit dans tout le pays.

 

Mgr l’évêque François Malier, voyant que l’on commençait à ajouter foi à ses miracles, extases, révélations, prophéties et épanchements de sang, la veille des grandes fêtes, se crut obligé de l’observer de plus près pour découvrir la vérité. Il la fit transporter aux Ursulines et la fit examiner par M. Denise, son official et grand-vicaire, par le P. de la Mirande, docteur de Rome et supérieur de l’Oratoire, par la supérieure des religieuses et par les médecins MM. Barat et Maillet.

 

Dans les diverses interrogations qu’elle subit, les examinateurs aperçurent un grand attachement pour son directeur Pierre Andry, sous chantre de la cathédrale. Le P. de la Mirande lui demanda si elle voulait se réconcilier pour se mettre en état de communier. Elle dit qu’elle n’en avait pas besoin, que son directeur l’avait confessée quelques jours auparavant, et on lui donna la communion. Elle déclara que son époux ne voulait pas encore découvrir ce qui se passait en elle, que le Père Eternel lui avait donné le nom de « Catherine de l’enfant Jésus », en lui donnant son fils pour époux, que le Père Eternel, la sainte Vierge, saint Joseph, sainte Agnès, sainte Catherine et « son bon ami » paraissaient quelques fois au milieu de sa chambre, que son époux lui avait dicté des lettres plusieurs nuits, lui apportant lui-même du papier, de l’encre et lui servant de clarté, que le papier de sa lettre à Mgr de Troyes lui avait été donné par son bon ange, enfin que le démon ayant voulu s’approcher d’elle, elle lui avait donné un soufflet, qu’après ses refus elle en avait été maltraitée, mais que son époux l’avait défendue.

 

Après plusieurs jours d’examen, M. Denise et le P. de la Mirande remarquèrent un grand abus de la religion et beaucoup d’illusions dans cette conduite. Ils engagèrent cette fille à retourner à Dieu, et lui défendirent d’assister désormais à la messe de son directeur.

 

Depuis, elle fut un peu plus calme, et elle eut moins de convulsions. Les examinateurs lui firent faire des actes de renonciation au démon, ils lui remontrèrent que telle n’était point la conduite de  Dieu. Ils s’aperçurent qu’elle avait été abusée par son directeur, ce qu’elle avoua. Lorsqu’elle vit ses illusions découvertes, elle tomba dans une tristesse qui la faisait gémir et verser des larmes. Elle s’imagina qu’on lui ferait son procès et qu’on la fouetterait par la ville. Elle dit que son péché méritait châtiment, mais qu’elle espérait encore en la miséricorde de Dieu qui ne l’avait pas créée pour la perdre.

 

Les examinateurs dressèrent leurs procès-verbaux, où ils déclarèrent qu’elle avait bu et mangé les huit derniers jours de son séjour aux Ursulines, et avait fait toutes ses fonctions naturelles. Une abstinence entière de 22 jours eût dû passer  sans doute pour merveilleuse, mais on découvrit qu’elle avait une sœur qui lui donnait à manger en cachette.

 

Sur les procès-verbaux, Mgr l’évêque, le 19 juillet, rendit une déclaration par laquelle il désabusa le peuple des prétendus miracles de cette fille, l’exhorta elle-même à changer de conduite, nommant le sieur Chevillart pour lui en rendre compte de huitaine en huitaine, et la priva des sacrements jusqu’à ce que le changement de sa vie eut été certifié véritable et sincère.

 

Ayant été rendue à ses parents et ayant repris, avec la vie commune, la santé et son « embonpoint », elle rentra chez les Ursulines, où, par ordre de l’évêque, on prit un soin particulier de l’instruire des principes de la religion. Enfin, le vendredi saint 3 avril 1676, M. Denise s’étant trouvé à la grille du chœur des religieuses, la reçut à la pénitence et lui fit faire une confession publique de ses péchés, quelle lut, debout, à haute voix, dans un papier signé de sa main, et conçue à peu près en ces termes :

 

« Je soussignée, me confesse et dis ma coulpe et déclare que j’ai grandement offensé Dieu et l’église depuis plusieurs années, qu’étant séduite par le démon, j’ai voulu paraître et me faire passer pour sainte aux yeux des hommes, que j’ai, pour ce sujet, si souvent trompés et en plusieurs manières, c’est à savoir par des actions de piété qui n’étaient que feintes et en apparence supposant faussement des colloques et des entretiens avec Dieu et mon bon ange, par une abstinence feinte, par des convulsions fausses et simulées, par des connaissances que je disais avoir des consciences d’autrui, par un épanchement de sang, à de certains jours de saints et de saintes, que je me procurais par artifice, par les abus fréquents que j’ai fait des sacrements de pénitence et d’eucharistie, et par divers moyens. De tous ces sacrilèges et scandales que j’ai commis, j’en demande pardon à Dieu et à l’église, et quoique je m’en croie entièrement indigne, j’ose pourtant espérer de la bonté infinie de Dieu, qu’il me ferait miséricorde, et que l’église me recevra à la pénitence, à laquelle je proteste me soumettre sincèrement. Je vous la demande, Mgr avec toute l’humilité et la soumission possibles, vous promettant que je pratiquerai ponctuellement celle qu’il vous plaira m’imposer…».

 

Après cette confession, M. Denise lui représenta l’horreur qu’elle devait avoir de ses crimes et la colère de Dieu irrité contre elle, il récita les prières usitées en pareil cas, et lui donna pour pénitence de demeurer toute sa vie dans ce couvent, où elle resta en effet en qualité de servante, et y mourut le 23 novembre1701.

 

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