Guerres et occupations


Troyes : 4 mars 1814 - octobre 1815


 Le 4 mars, la ville retombe à nouveau sous le joug de ses féroces ennemis, qui  se livrent à leur licence habituelle.

Les portes des maisons sont une fois de plus enfoncées et les citoyens arrêtés, dépouillés et maltraités, tant chez eux qu’au milieu des rues.

L’occupation précédente a enlevé grains, farines, bestiaux, et en général toutes sortes de subsistances. L’armée française, pendant le court séjour qu’elle fait à Troyes, en a épuisé le reste, en sorte que la ville se trouve réduite au plus strict nécessaire.

Le 7 mars l’ennemi demande une réquisition de 200.000 rations de pain et autres denrées. Les officiers municipaux ont 24 heures pour rassembler ce qui est demandé, sous peine d’exécution militaire, c’est-à-dire d’occupation de leur logement par les garnisaires (qui doivent être payés six francs par jour par les propriétaires de la maison où ils sont logés).

L’embarras du maire Piot de Courcelles est extrême, il ne sait ni où ni comment trouver ce qu’on exige de lui. L’autorité ennemie en fureur, menace de se retourner contre le maire et ses adjoints. Une forte garde s’établit à la mairie, et promet de tuer tous les premiers magistrats.

C’est alors que tous les habitants, d’un mouvement spontané, et sans s’être aucunement communiqué leurs intentions, sortent de leurs maisons, s’acheminent vers la mairie et s’empressent de porter, par un effort surnaturel, les uns plusieurs pains, d’autres un seul, d’autres un demi, enfin jusqu’aux malheureux couverts de haillons, qui apportent leur offrande de quelques morceaux, aux pieds des préposés chargés de les recevoir.

« Un peuple est grand quand il sait, dans l’occasion, déployer, comme les Troyens en cette circonstance, autant de noblesse de caractère, que de générosité et de grandeur d’âme ! et combien aussi des magistrats, placés à la tête du gouvernement d’une grande ville, doivent s’enorgueillir de commander à de tels subordonnés !... Quelle indignation est la nôtre, quand l’on apprend que les fourgons de l’ennemi, que grand nombre de leurs chariots regorgent de pain, et sont remplis d’une quantité prodigieuse de comestibles. Tout Troyes a su, partie de Troyes a été témoin, partie de Troyes a vu, dans la journée du 12, oh horreur ! jeter dans la Seine, du haut du grand pont du faubourg Saint-Jacques, une immense quantité de pains, farines et grains, qu’on avait à dessein laissé se gâter, uniquement pour se donner le cruel, le féroce plaisir, d’insulter au malheur de l’habitant ». 

Le 14 mars arrive à Troyes, accompagné de toute sa garde, S.M. l’autocrate de toutes les Russies. Le 16, c’est le retour de l’autrichien François et du prussien Guillaume. Le 24, dans la matinée, le général comte Frenel, avant de quitter la ville, se rend à la mairie, remet les clefs de la ville au maire, lui témoigne sa satisfaction pour les soins donnés aux malades, et lui recommande ceux qui restent et que leur état ne permet pas d’évacuer.

Enfin, du 25 au 29, la ville n’a dans ses murs aucune troupe, soit étrangère, soit française, et le gouvernement redevient municipal.

Le 1er avril, entre 3 et 4 heures de l’après-midi, 4 à 5.000 hommes de cavalerie russe traversent notre ville. Le 2, un nombre identique de cosaques arrivent à Troyes, et se renouvelle la scène du 7 mars : les chefs ennemis exigent du maire 40.000 rations de pain, à leur livrer dans les 2 heures, sinon, ils pilleront la ville et tueront le maire et les adjoints !

La trompette sonne dans toute la ville, et rapidement, le danger est connu de tous. Le 1er magistrat n’est pas déçu : chacun s’empresse d’y répondre et court une nouvelle fois déposer son offrande.

Ce n’est que dans la nuit du 13 au 14 avril, que le maire est informé de l’abdication de Napoléon, signée à Fontainebleau le 6.

La santé du maire Nicolas Piot de Courcelles l’empêche d’aller à son bureau. Alexandre-Claude Payn, son premier adjoint est toujours seul au bureau, obligé de faire face et de répondre à tout. Voici un exemple de « l’élévation de son caractère ». Le 18 juin 1815 a lieu la défaite de Waterloo. Le 9 juillet, les premiers éléments de la Garde Impériale russe entrent à Troyes, et le 12 , les Autrichiens y pénètrent à leur tour. Dans les jours qui suivent, un officier autrichien se présente à la mairie, demandant une chaise de poste. L’embarras est grand : tout a été enlevé depuis longtemps, voitures et chevaux, et l’administration ne peut contraindre les loueurs à fournir ce qu’ils ne possèdent pas. L’adjoint lui fait observer qu’il y a impossibilité de le satisfaire, que toutes les voitures sont prises, qu’il ne s’en trouve point dans la ville. L’officier, que cette réponse ne satisfait point, insiste. On lui réitère la même observation. Alors, entrant en colère, il se répand en menaces contre le magistrat, qui se trouve seul au bureau avec l’interprète. Il tire son épée, et déclare à ce dernier qu’il va de suite en traverser le corps de l’administrateur, si sur le champ on obtempère pas à sa demande. M. Payn, sans temporiser ni chercher à apaiser l’insolent Autrichien, se saisit de son écharpe tricolore et de son chapeau, dont il se revêt, puis, avec une fermeté à la fois courageuse et imposante, présentant sa poitrine au lâche qui ose le menacer, il lui dit avec le plus grand sang-froid : « Frappe, si tu l’oses », et le sbire rengaine son sabre dans le fourreau, et se retire honteux et plein de rage.

En 1815, Troyes se voit imposer 1.500.000 F par les russes. Les souverains alliés que le maire va supplier, ramènent la somme à 150.000 F. Il faut ensuite héberger les soldats qui refluent. Notre cité en reçoit 360.000 ! Les journées les plus terribles pour l’habitant et le maire, furent celles de juillet, celle du 20 l’emportant sur toutes les autres en brigandages et en férocité.

L’occupation des Russes dure encore deux ans, marquée de rixes, mais aussi quelques fois de mariages !

 

 

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