Guerres et occupations...


Nicolas Oudiette, aubois rescapé de la Retraite de Russie


Un Aubois nous fait vivre intensément sa retraite de Russie, passionnant et terrible reportage, un témoignage peu connu ! !

Laurent Oudiette, surnommé « L’Ancien » est entre 1755 et 1765, « recteur des petites écoles » de Marnay (Aube).  Son fils Laurent (1762-1806) est maître de pension. Il donne naissance le 19 octobre 1782, à Marnay, à Nicolas Oudiette (qui eut 6 frères et 5 sœurs), celui qui a participé à la campagne de Russie en 1812. Ce dernier reçoit dans son village natal, sous la férule de son père, les rudiments d’une instruction qui, à l’époque, n’était pas l’apanage du commun des mortels : lecture, écriture, calcul, éducation religieuse. Le 9 messidor an XII (28 juin 1804), Nicolas Oudiette devient vélite-grenadier de la garde impériale. Il est emporté par l’euphorie patriotique qui souleva la France. N’oublions pas que le plébiscite qui ratifia la décision du Sénat donna 3.500.000 oui contre 2.579 non ! Les vélites étaient de jeunes soldats appartenant à une école de cadres que créa Bonaparte en 1804, peu de temps avant la création de l’Empire et qui avait pour but de former de futurs gradés de la Garde. Pour devenir vélite, 3 conditions étaient nécessaires : avoir une taille minimum de 5 pieds 3 pouces (1,70 m), justifier d’un certain revenu et posséder un niveau d’instruction suffisant. Nicolas Oudiette répondait parfaitement à ces 3 critères de recrutement. 3 ans plus tard, le 13 juillet 1807, il était promu au grade de sergent-fourrier au régiment des fusiliers-grenadiers et le 14 juin 1811, il obtenait les galons de sergent-major. En mars 1812, le 1er régiment de fusiliers-grenadiers est cantonné au Portugal où il combat les troupes de Wellington. Le régiment doit regagner la France, car on y prépare l’invasion de la Russie. Traversée de l’Espagne : « chaque jour de marche marqué par un combat, quelquefois 2 », 25 kilomètres quotidiens, 1 jour de repos par semaine. A Bayonne, les hommes sont acheminés jusqu’à Paris par voitures de poste. Puis, par fiacres, carrioles, fourgons, les fusiliers-grenadiers se retrouvent à Mayence. A pied désormais, ils traversent le grand duché de Francfort, la Franconie, la Saxe, la Prusse, la Pologne. La Vistule est franchie à Marienwerder, puis la Poméranie et le 25 juin l’armée passe sur la rive orientale du Niémen, entre en Lituanie, la première province russe. Après la terrible bataille de la Moskowa livrée le 5 septembre, l’Empereur entre à Moscou le 15. La retraite débute 1 mois plus tard. Le 19 octobre, la Grande Armée évacue Moscou. L’Empereur qui a atteint Smolensk le 8 novembre, ordonne le repli le 14. Dès lors, la retraite tourne à la catastrophe, le froid s’accentue, les vivres manquent, les Cosaques harcèlent l’armée qui se désorganise, se morcèle, se dissout dans l’immensité de la plaine russe. Des milliers de traînards s’étirent le long d’une interminable route, la retraite devient un enfer. Et pourtant, les épreuves qui ont commencé depuis un bon moment ne sont rien auprès des horreurs qui vont suivre. « Nous faisons une marche forcée pour arriver à Dorogobuzh. Le bivouac est formé avec les débris des maisons, nous trouvons assez de bois pour faire du feu et nous chauffer. Mais déjà tout nous manque et nous sommes tellement fatigués que l’on n’a pas la force de chercher un cheval pour le voler et le manger ensuite… Le 18 novembre, lendemain de la bataille de Krasnoié, nous partons et notre marche est fatigante : il a dégelé, nous avons les pieds mouillés… le soir, la gelée reprend et c’est un verglas à ne pas se tenir, les hommes tombent à chaque instant, plusieurs sont grièvement blessés…». C’est alors que se déroule l’inoubliable passage de la Bérézina à Studienka entre le 26 et le 29 novembre. Les régiments sont amputés des deux tiers de leurs effectifs, les hommes, épuisés, se laissent distancer, perdent de vue leurs compagnons plus robustes. « Je marchai longtemps, au milieu de la cohue, sur un verglas qui, à chaque instant, me faisait tomber. La nuit me surprit au milieu de toutes ces misères. Le vent du nord avait redoublé de furie… Bientôt je me trouvai seul, n’ayant plus pour compagnons de route que des cadavres qui me servaient de guides… ». Oudiette tente, à l’aide d’une petite hache, de découper un morceau de cheval mort, mais il ne le peut « tellement il était durci par la gelée ». Il en est réduit à briser la neige glacée imprégnée du sang de l’animal, il en mange quelques morceaux qui lui « rendirent un peu de force ». Quel que soit l’état d’épuisement, il faut marcher, il faut encore marcher. S’arrêter, c’est périr, comme des milliers de traînards. De la Bérézina au Niémen, il y a plus de 300 kilomètres à parcourir par un froid atteignant 30 degrés sous zéro. Les débris du 1er fusiliers-grenadiers atteignent le fleuve le 14 décembre. Il a fallu 18 jours de marche, à ces hommes épuisés, malades, harcelés par les Cosaques, pour couvrir une telle distance. 17 kilomètres par jour, dans des conditions atroces, une performance extraordinaire. « Nous vîmes 5 ou 6 malheureux soldats ressemblant à des spectres, la figure hâve, barbouillée de sang provenant de leurs mains qui avaient gratté dans la neige pour y chercher quelques miettes de biscuits tombées d’un caisson pillé… ». Oudiette a de terribles gelures, ses compagnons ont les pieds plus gelés que les siens et c’est lui qui, à l’étape, partira à la recherche de provisions car il lui est moins douloureux de marcher. Il arrive à Gumbinnen et les souffrances vont prendre fin : « On nous donna un billet de logement pour nous 5, et nous eûmes une chambre bien chaude et de la paille… Je fus voir dans la ville, si nous ne trouvions pas quelque chose à acheter. Le hasard me conduisit dans une maison où je rencontrai un chirurgien-major de mon pays (Nogent-sur-Seine). Il était logé avec 2 officiers et 3 soldats, reste du régiment. Ils étaient dans un état pitoyable, ils avaient presque tous perdu les doigts des pieds et des mains… ». Nous parvenons enfin à Elbing le 22 décembre 1812. Des 217 officiers, sous-officiers et soldats composant la 1ère compagnie du 1er régiment de fusiliers-grenadiers, 22 seulement ont survécu. 168 hommes « sont restés en arrière » et ont disparu entre le 15 novembre et le 29 décembre. Ils sont morts d’épuisement, de froid, de faim, de maladie sur la longue route glacée, ou tués par les Cosaques. Le 6 avril 1813, Oudiette reçoit la Légion d’honneur et le surlendemain il est promu au grade de lieutenant en second. Puis c’est la Campagne de Saxe et la Campagne de France. Durant la 1ère restauration, il fait partie des grenadiers royaux de France. Voici les 100 jours : Oudiette est lieutenant au prestigieux 1er Grenadiers, pilier de la Vieille Garde à pied. Et c’est Waterloo ! Fin de la bataille, 9 heures du soir. La déroute… Nicolas Oudiette est mis en demi-solde par Louis XVIII jusqu’en 1819. Cette année-là, le 6 juillet, il revient à Marnay, comme témoin de sa sœur Louise qui se mariait. Il est réintégré dans l’armée en 1820, il est fait capitaine en 1824 et décède l’année suivante, à 43 ans, jeune mais avec une vie bien remplie !     

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