Guerres et occupations



Nogent-sur-Seine 1814


L’armée française, pressée par les forces de Schwartzemberg (dirigées par Napoléon), quitta Troyes le 7 février 1814.

 

         Aussitôt son départ, les alliés y entrèrent, et se mirent à sa poursuite, se dirigeant sur Paris, par les routes de Sens et de Nogent.

 

         Les villages n’échappèrent pas au pillage. La Rivière-de-Corps perdit 2 maisons, Torvilliers 4, la Grange-au-Rez et Montgueux 14…

 

         Les villages traversés n’offraient que les traces affreuses, non seulement de la plus horrible dévastation, mais encore de la mort même.

 

         Les ravages de l’ennemi dans notre département n’ont de comparaison qu’avec ce que rapporte l’histoire du passage des Vandales, des Huns et des Normands.

 

         Les crimes des Russes et des Prussiens allaient au-delà de tout ce que l’imagination peut se représenter de plus effrayant en atrocités : des monceaux de cendres et de braises, des débris de portes, de volets, de lambris, de cloison, de poutres, de solives… épars çà et là et à moitié brûlés, des maisons à demi ou totalement détruites par l’incendie… partout d’affreuses ruines.

 

         Pont-sur-Seine, dont le château, après avoir été pillé, dévasté, les meubles, glaces, tableaux… brisés, lacérés, fut, par les ordres des chefs alliés, livré aux flammes.

 

         Le 10 février 1814, l’armée française prit position sur les hauteurs qui avoisinaient Nogent-sur-Seine, entre Saint-Aubin et la route de Rosières, sa gauche appuyée sur le château de la Chapelle, qui de suite fut occupé par 3.000 hommes.

 

         Bientôt on en vint aux mains dans le château même, 2 fois pris et repris.

 

         Nos troupes se replièrent sur Nogent.

 

         L’ennemi, alors maître du château, acheva de détruire ce que la flamme avait respecté. Tout fut pillé de fond en comble, les meubles, glaces, marbres, lambris, parquets, portes, persiennes, furent cassés ou brûlés. Grains, fourrages, chevaux, bestiaux, et surtout un troupeau de 1.500 mérinos, furent pris, emmenés ou égorgés.

 

         Deux Russes, qui furent prisonniers dirent qu’ils avaient reçu ordre de leurs chefs d’agir ainsi contre tous les châteaux.

 

         Le soir du 12, l’armée française opéra sa retraite, et avec elle les troupes qui étaient demeurées dans la ville.

 

         L’ennemi entra dans la ville.

 

         Les officiers s’établirent dans les maisons que le feu du siège avait épargnées, et le soldat bivouaqua dans les rues. Ils se jetèrent comme des affamés sur toutes les provisions qu’ils rencontrèrent, pillèrent complètement les faubourgs et les maisons donnant sur les fossés.

 

         Ils recommencèrent le lendemain, et jusqu’au 21.

 

         C’était à coups de haches et de crosse de fusils qu’ils enfonçaient les portes des maisons, brisaient les volets, les fenêtres, les glaces, les meubles, défonçaient les tonneaux dans les caves et laissaient le vin se répandre.

 

         Il ne resta rien aux habitants : linge de corps et de ménage, habits d’hommes, de femmes et d’enfants, couvertures, couvre-pieds, lits, matelas traversins, draps édredons, rideaux de lits et de fenêtres…

 

         Tout leur fut enlevé. Les lits, traversins, matelas et édredons furent vidés, la plume, le duvet, la laine qu’ils contenaient, jetés dans la boue au milieu des rues ou brûlés.

 

         Les malheureux habitants se virent contraints d’abandonner leurs maisons, d’errer çà et là, dans les bois ou les prairies environnantes, afin d’éviter les mauvais traitements d’une soldatesque ivre et en furie, qui, nuit et jour, parcourait les différents quartiers, poussant d’horribles hurlements et s’abandonnant contre toutes les personnes qu’elle rencontrait aux plus affreux excès.

 

         Les officiers qui logeaient dans les maisons que l’incendie avait épargnées, en les quittant, faisaient charger sur leurs voitures tout ce qui s’y trouvait de plus précieux.

 

         Les efforts des habitants pour arrêter les flammes, éteindre l’incendie, furent repoussés par ces hordes féroces, qui, se croyant à Moscou, s’emparèrent des pompes à incendie.

 

         Cela dura pendant 9 jours, jusqu’au 21, quand l’armée française, commandée par l’empereur en personne, vint la délivrer de ces monstres.

 

         Nogent avait perdu pendant cette première occupation, par le seul fait de l’incendie allumé par l’ennemi, 160 maisons.

 

         Une partie des archives, qui, de Troyes, avaient été conduites à Nogent, devint la proie des flammes.

 

         Là, comme à Troyes, des hommes furent dépouillés, au milieu des rues, de leurs vêtements, montres et bijoux. Bien entendu, un grand nombre de femmes et de filles éprouvèrent les plus outrageants comme les plus affreux traitements.

 

         Ce n’était pas assez, pour le plaisir des chefs de l’infernale coalition, d’avoir réduit en cendres partie de Nogent, de l’avoir abandonné à un pillage perpétuel, d’y avoir frappé d’énormes contributions en écus et en denrées de toutes espèces, d’avoir exercé des violences sur ces infortunés habitants, et particulièrement sur le sexe féminin. Le 20 février, jour de la retraite, une heure avant la rentrée de l’armée française, le général commandant l’arrière-garde ennemie envoya un détachement avec ordre de mettre le feu au reste de cette malheureuse ville.

 

         Cet ordre barbare fut exécuté, et si Nogent ne fut pas alors totalement réduit en cendres, il ne doit sa conservation qu’aux efforts des habitants qui luttèrent et arrêtèrent l’incendie.

 

         Cette conduite avait tellement monté les têtes, que plusieurs habitants se joignirent à l’armée française et poursuivirent l’ennemi fort loin.

 

         Mais, quelques jours après, lorsque l’ennemi rentra à nouveau à Nogent, ces infortunés payèrent cher cet acte de courage et de patriotisme.  

 

 

 


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