Pendant les Guerres




Croix de Feu, P.S.F., exode juin 1940


J’ai vécu cette époque, cela m’a beaucoup marqué, et je vais vous rapporter quelques souvenirs personnels, pour vous décrire ces moments-là.

 

Lorsque l'armée allemande  envahit la  Belgique, les Pays-Bas et la majorité du territoire  français en mai-juin 1940, en quelques semaines, huit à dix millions de personnes (soit près du quart de la population française de l'époque) s'enfuient du Nord vers le Sud de la France, emportant avec elles de maigres bagages, dans un chaos hétéroclite de piétons et de véhicules de toutes sortes, gênant le déplacement des troupes alliées. Lorsque les troupes allemandes s’approchent de Paris, les Troyens et Aubois s’enfuient à leur tour. Le gouvernement français (Gouvernement Paul Reynaud) s'était enfui de Paris dès le 11 juin 1940 pour gagner Bordeaux le 14 juin 1940. Avec mes parents et ma sœur, nous sommes partis de Troyes le 13 juin. Sur la Peugeot de mon Père, nous avions mis un matelas (2 raisons : une pour dormir le cas échéant en cours de route, l’autre pouvant protéger des bombardements), et ma bicyclette que je venais d’avoir pour mes 16 ans (jusque là, je n’avais hérité que des vélos de ma sœur !). Mon grand père maternel, et sa nièce, nous suivaient dans sa grosse Talbot. Nous ne nous arrêtâmes qu’à Chasseradès, un petit village de Lozère, d’environ 350 habitants (à l’époque), à 1.150 mètres d’altitude, où les allemands ne sont jamais montés ! Il n’y avait qu’un petit hôtel restaurant de 5 chambres, qui avait des réserves de café en grain, de beurre et toutes sortes de victuailles. J’ai fait connaissance de réfugiés Lorrains, avec 2 jeunes de mon âge, qui avaient aussi leur bicyclette. Notre plaisir était d’aller à Mende, la préfecture du département de la Lozère, 38 kilomètres de descente enivrante, mais qu’il nous fallait remonter au retour. L’amusement, le petit train de la ligne de chemin de fer SNCF qui relie Mende à Chasseradès. En effet il était très poussif, et patinait dans la montée. D’ailleurs, la ligne était souvent prise par les congères en hiver. Le 6 août, retour à Troyes. Nous avions juste le plein d’essence des voitures et quelques bidons. C’était une marchandise rare que l’on ne pouvait acheter qu’avec des tickets. Arrivés à Vichy, les réservoirs des voitures étaient pratiquement à sec, et pas de tickets. Heureusement, mon père avait fait partie des « Croix de Feu » du Colonel de La Roque, et ce dernier était dans un ministère à Vichy. Il n’hésite pas, va le voir, et revient avec des tickets d’essence, suffisamment pour nous permettre de rentrer à Troyes. A ce sujet, un mot pour la vérité qui a souvent été déformée. Il faut savoir qu’à cette époque, les anciens combattants troyens avaient tous adhéré aux « Croix de feu », et voulaient empêcher la France de tomber sous le régime communiste soviétique. L'insigne du mouvement Croix-de-Feu était une tête de mort superposée sur une croix orthogonale de six langues de feu et diagonalement de deux glaives. Mon Père (croix de guerre 1914-1918), Croix de Feu, se réunissait le soir, avec de très nombreux troyens, à la confiserie Rebours (Place de l’Europe, détruite en 1940), au milieu des tonneaux de bonbons. Quels souvenirs : nous habitions au 1er étage de la maison faisant l’angle des Comtes de Champagne et de la rue Hennequin, juste en face de la gendarmerie. J’étais bien placé lors des manifestations du 6 février 1934 (34 morts et 2.300 blessés à Paris), pour voir les grévistes et communistes, massés près du Cirque Municipal, chargés par les gendarmes à cheval, le commandant Bucquois à leur tête, debout sur ses étriers, sabre au clair. Un jeune communiste ayant réussi à passer sous les chevaux, avec un rasoir lamme, coupa les jarrets d’un cheval. La création des « Croix de Feu » répond à l'origine au désir de revivre l'esprit de fraternité des tranchées et de réparer un acte jugé ignominieux, la tombe du soldat inconnu ayant été souillée lors d'une manifestation organisée par des communistes. Les Croix-de-Feu étaient fidèles à l'esprit patriotique, s'opposant à l'internationalisme du parti communiste et aux ligues d'extrême gauche et d'extrême droite, qui venaient fréquemment troubler les défilés patriotiques.  Ses Croix-de-Feu ayant été dissous le 18 juin 1936, le colonel de La Roque, personnalité politique de premier plan, fonde en juillet 1936, aux côtés de l'aviateur Jean Mermoz le « PSF » (« Parti Social Français »), dont la devise sera reprise plus tard, sans lui demander son avis, par Vichy : « Travail, Famille, Patrie ». À la veille de la guerre, le P.S.F. est le premier parti de France avec un effectif de plus d'un million d'adhérents. Lors de l'Armistice du 22 juin 1940, le Colonel rappelle que cette situation dramatique ne suspend nullement les hostilités et dénonce la collaboration avec l'Allemagne : « pas de collaboration sous l'occupation ». La Rocque reçoit un poste de chargé de mission au cabinet de Pétain.  Pour lui, une seule consigne civique, quoi qu'il arrive : tous les citoyens doivent être prêts à la résistance totale, et jusqu'au bout. Le parti est officiellement « mis sous séquestre » par le Gouvernement de Vichy, puis dissous sur ordre du chef des S.S. en France, en novembre 1942. []La Rocque prend ses premiers contacts avec la Résistance en 1941, en collectant des renseignements, formant le réseau Klan qu'il dirige à partir de mai 1942 pour le compte de l'Intelligence Service britannique. François de La Rocque est arrêté par la police allemande le 9 mars 1943, ainsi que, dans les deux jours qui suivent, 152 dirigeants du Parti Social Français. Cette arrestation provenait des tentatives faites par le colonel de La Rocque pour convaincre le maréchal Pétain de partir en Afrique du Nord, et était liée à un déploiement d'une activité de Résistance. Il est interné durant les six premiers mois dans les prisons du Cherche-Midi puis de Fresnes, et est déporté en Tchécoslovaquie à Eisenberg (dépendant du camp de concentration de Flossenburg), puis en Autriche au château d'Itter, où il a la surprise de retrouver Edouard Daladier, Paul Reynaud, Jean Borotra, Léon Jouhaux. Il est libéré par la 103e division américaine en juin 1945. Lors de son décès en avril 1946 (2 de ses fils, aviateurs, sont « morts pour la France »), le général De Gaulle, en tant que chef de l'État, rendit hommage à la mémoire du colonel de La Rocque. Léon Blum lui-même avait dit : «  Si la colonne qui s'avançait rive gauche aux ordres du colonel de La Rocque ne s'était pas arrêtée devant le mince barrage de la rue de Bourgogne, nul doute que l'Assemblée aurait été envahie par l'insurrection ».

 

Rentrés à Troyes, nous avons récupéré nos maisons qui avaient été occupées par les Allemands. Une anecdote : mon grand-père Charles Kesselring, qui portait le même nom que le Général Feldmarschal allemand de la Luftwaffe, avait mis dans son portefeuille une coupure d’article avec la photo du Général. Les Allemands ayant découvert dans le grenier de sa villa un fusil Lebel (tout rouillé), viennent l’arrêter et le conduisent à la prison rue Hennequin (il avait 72 ans). On lui retire ses bretelles, sa ceinture, les lacets de ses chaussures, on lui demande de vider ses poches et le portefeuille. Les Allemands voyant la photo du Feldmarshal, se sont mis au garde à vous devant lui ! Quelques jours après, notre ami, le grand avocat et résistant Troyen, André Mutter, qui fut député et ministre, le fit libérer.

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