Guerres et occupations...


Creney 22 février, 22 août 1944


Le 22 février 1944, le Maire de Creney reçoit de l’autorité militaire allemande l’ordre de faire creuser quatre tombes.

En fin d’après-midi, quatre Francs-tireurs et partisans français (FTPF), dénoncés comme résistants, condamnés à mort le 17 février par le tribunal militaire allemand de Troyes, sont acheminés en camion, assis sur leurs cercueils, jusqu’au Champ de tir de Creney.

Attachés à quatre poteaux de bois, ils sont fusillés et inhumés sur place.
         Dans la nuit du 22 au 23 février, l’abbé BONNARD, aumônier de la prison de Troyes, revient sur les lieux avec quelques amis. Ils ouvrent les tombes et en extraient les corps qu’ils rendent clandestinement à leurs familles.

Les quatre patriotes fusillés à Creney ce 22 février sont : Albert Keyser, François Mothré, Georges Furier et Fernand Millot, un FTPF originaire de la région de Nantes, qui a été arrêté à Châlons-sur-Marne à l’automne 1943 alors qu’il transportait des explosifs dans sa voiture.

         Le 22 août 1944, la Gestapo de Rennes repliée sur Troyes, décide de vider la prison où se trouvent 167 détenus. Un sous-officier appelle 60 détenus auxquels on signifie qu’ils vont creuser des tranchées. Les 3 camions font un détour, pour dépister la résistance, et finalement arrivent au Champ de tir de Creney. Il est 17 heures. Là, on fait asseoir les 49 détenus au bord de 3 tranchées, et 14 allemands passent derrière eux pour les cribler de balles avec leurs mitraillettes. Ils sont achevés au revolver par des SS de la Gestapo.

Aucun n’a été jugé et pour la plupart, ils ont été arrêtés pour des motifs insignifiants : circulation après l’heure, refus de céder le trottoir à des soldats… plusieurs ont été dénoncés comme appartenant à la Résistance. Les corps sont abandonnés sur place, sans être ensevelis, dans trois tranchées peu profondes qui servent de fosses.

         Le massacre accompli, les Allemands retournent à Troyes, pour exécuter les autres détenus. Heureusement, tous se sont enfuis avec la complicité des voisins de la prison : des papiers que l’on brûle… " Au feu !! ", crie-t-on… il ne reste qu’un sous-officier que l’on bouscule. On se rue à l’intérieur, on enfonce les portes à coups d’épaule, de hache, de barre de fer, avec l’aide des pompiers. Et vite, on libère plus d’une soixantaine de prisonniers restants, avant que les bourreaux ne reviennent. L’opération dure moins d’1/4 d’heure. Heureusement, une ½ h plus tard, les assassins sont de retour, pour trouver la prison vide !

   Les quarante-neuf patriotes massacrés à Creney le 22 août 1944 sont : Paul Aubert, René Bailly, Gilbert Bellet, André Ben Ahmed, Claude Boucher (mon camarade de Lycée), Pierre Brost, Fernand Buffet, Jean Cantat, Robert Chauve, Marcel Choillier, André Chouard, Clovis Collot, Adrien Constans, René Cornélis, Jean Darce, Roger Denis, Pierre Gérard, Pierre Gobin, Marcel Gousserey, James Grados, Bernard Grimmer, Lucien Guichard, Marc Guignard, Jean Hogot, Louis Husson, Hubert Jeanson, Georges Klein, Fernand Lauret, Jean Laloy, Raymond Legendre, Roger Levert, Jean Lopez, Jean Madeleine dit Bob, Jean Miet, Gilbert Morin, Alain Pellerin de Beauvais, Jean Pierrard, Hubert Prillieux, Marcel Roux, Julien Sisternas, Alphonse Souquet, René Souquet, Bernard Suinot, Roger Vachez, Louis Valli, Roland Vaudez, Gabriel Verry, Georges Vincent.

         Le maire et le curé de Creney, Fernand Pierlot, ainsi que de nombreux habitants du village se rendent sur les lieux du massacre, pour tenter d’identifier les victimes afin de pouvoir rendre à leurs familles les corps qui sont ensevelis sur place dans des sépultures provisoires. Un seul ne peut être identifié.

         Au cours des jours qui suivent, l’abbé Pierlot et quelques habitants de Creney, mal armés, font prisonniers des Allemands qui, par groupes de trois ou quatre, battent en retraite en empruntant la RN 60 qui traverse leur commune. Ils s’emparent ainsi le 25 août, de 86 prisonniers allemands, dont le général Von Schram et son état-major, qui sont livrés aux libérateurs américains. Un seul Allemand, qui veut se servir de grenades, est abattu.

Les prisonniers, voyant le faible nombre de leurs gardiens, songent un moment, à se révolter, mais la ferme attitude des patriotes leur inspire la sage pensée de rester tranquilles.

 

Le dimanche 9 septembre, au lendemain de la Libération, une première cérémonie est organisée sur le terrain du Champ de tir où se déroule un service funèbre qui rassemble plusieurs milliers de personnes, et au cours duquel Monseigneur Le Couëdic, évêque de Troyes appelle de ses vœux l’érection sur ce site d’un mausolée.

Après la guerre, un comité d’érection du " monument aux martyrs de Creney " présidé par l’abbé Pierlot se met en place.

Érigé grâce à une souscription publique, le monument est inauguré le 24 août 1946.

Conçu et réalisé par l’architecte André Aubert et le sculpteur Albert Leclerc, il est constitué d’un piédestal de pierre surmonté d’une statue représentant un résistant abattu, les yeux fermés, la tête inclinée vers la gauche, à genoux les poings liés et attachés dans le dos.

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