Guerres et occupations



La filleule de Troyes : Dun-sur-Meuse


 

Sur l’initiative de M. Armand-Célestin Michel maire de Troyes, par délibération municipale du 26 avril 1919, la Ville de Troyes adopte comme filleule la bourgade de Dun-sur-Meuse.

 

Pourquoi cette ville plutôt qu’une autre ? Je n’en ai pas trouvé la raison dans les archives municipales.

 

           L’orage de la guerre 1914-1918 s’est abattu sur cette malheureuse ville. Situé dans la région des batailles, Dun en a subi durement les atteintes.

 

           Sur ses 290 maisons, 130 sont complètement détruites, 160 le sont partiellement : aucune n’est restée tout à fait indemne. La mairie, l’école de garçons, l’asile, la justice de paix, la remise des pompes, sont considérées comme non réparables.

 

           Voici le bilan du désastre dressé par le responsable des Ponts-et-Chaussées lorsqu’il est revenu à Dun :

 

Forêt de Murvaux : certaines parties ont été dépouillées de leurs arbres, tel le bois « Le Fayel ».

 

Bois de Dun : certaines parties, d’un accès facile, ont été complètement dépouillées de leurs arbres. Dans d’autres parties, les arbres encore sur pied ont été hachés par la mitraille et forment un fouillis impénétrable, obstruant les chemins et les lignes.

 

Terres : elles sont bouleversées par les obus dans les derniers combats. La prairie aux abords de Dun était parsemée de trous d’obus, qui ont été plus ou moins bien comblés  par les prisonniers.

 

Canal : la batellerie, interrompue, va essayer de reprendre son trafic.

 

Ponts : tous les ponts de la route traversant la vallée sont détruits, on les a rétablis provisoirement en charpente de bois.

 

Eglise de la Nativité de Notre-Dame : elle a été fortement atteinte par les obus. La toiture et les voûtes sont trouées à différents endroits. Tout l’intérieur de l’église est fort détérioré. Les orgues, à double clavier, n’existent plus. Le clocher est à moitié détruit. L’horloge, de grande dimension, n’existe plus. Il y avait 5 cloches et un jeu de carillons avec clavier. Le tout a été enlevé par les Boches. On ne sait encore si l’on essaiera de réparer cette église, ou si on en reconstruira une à la ville basse.

 

A gauche du porche, la petite chapelle de Notre-Dame-de-Bonne Garde a été brisée par les obus. Voici la légende inscrite sur le mur : « La tête de l’enfant Jésus de ce groupe de la sainte famille, est une précieuse relique de la statue de Notre-Dame-de-Bonne-Garde, si vénérée dans cette chapelle, et brisée en 1793. Portée sur les remparts, les clefs de la ville à son cou, Dun assiégé au XVI° siècle, lui dut sa délivrance, et on célébra longtemps le souvenir par une procession annuelle ». Autel Saint-Nicolas démoli par les bombardements. Autel Saint-Joseph fortement endommagé. La table console du XVII° siècle a disparu. Les vitraux, dessinés par le peintre prix de Rome Louis-Hector Leroux sont tous brisés. La moitié des tableaux du chemin de croix est détruite.

 

Attenant à l’église, derrière la sacristie, il existe une citerne qui recevait les eaux pluviales de toute la toiture de l’église, pour l’alimentation en eau des habitants de la ville haute. La margelle de cette citerne était surmontée d’une pyramide triangulaire en fer forgé, faite par les moines de l’abbaye d’Orval. Cette pyramide est tombée et détériorée. Les chéneaux et conduits de la toiture de l’église ayant été détruits par les bombardements, la citerne n’est plus alimentée.

 

Le dommage, on le voit, est considérable, aussi l’effort de la ville de Troyes ne saurait être trop grand. M. le Maire, ayant à cœur d’apporter une aide sérieuse à sa filleule si éprouvée par la guerre, d’en assumer la charge, a fait appel à la générosité de ses concitoyens. Ceux-ci y ont répondu d’une manière assez satisfaisante, bien que les conflits survenus dans l’industrie troyenne, conséquence de la vie chère, aient empêché de frapper à certaines caisses privilégiées sur le concours desquelles on était en droit de compter. D’autre part, des réunions organisées en faveur de Dun : les 31 mai et 1er juin, soirées au Théâtre municipal, le 14 juillet, fête sportive au vélodrome, le 11 août, bal donné par la société « La Légion étrangère », ont ajouté leur produit à celui de la souscription.

 

Le total des souscriptions recueillies s’élève actuellement (25 décembre 1919) à 26.356,60 frs. Tous achats et frais payés, il restera une somme de 9.000 frs au moins, qui, avec celle de 26.602,20 frs prélevée sur la taxe des recettes des cinémas et autres établissements de distraction, constituera un capital d’environ 35.000 frs qui doit servir à organiser une installation d’éclairage, de force motrice et d’élévation d’eau dans la petite cité meusienne relevée de ses ruines.

 

Cette œuvre utile, d’intérêt collectif et durable, dont il faut souhaiter l’établissement rapide, rappellera aux habitants de Dun la sympathie et la sollicitude que leur portent les Troyens épargnés par l’invasion.

 

Indépendamment de ces subsides en argent, des dons en nature ont été centralisés par le Mairie de Troyes : matériel et mobilier scolaire pour 2 classes, vêtements et linges nécessaires à l’exercice du culte catholique, objets de couchage, habits, linge de corps, volumes de bibliothèque…

 

Ces objets, joints à ceux de l’armée américaine par M. le Maire, ont été envoyés à Dun en 4 wagons dont le contenu a permis au maire de cette localité de faire une ample distribution aux 420 habitants qui sont rentrés au pays. « Leurs foyers se sont trouvés ainsi reconstitués en choses essentielles, et ils verront arriver l’hiver sans trop d’appréhensions ».

 

Quelques renseignements donnés au Conseil en 1919, pour faire connaître leur filleule aux Troyens : la ville comprend 2 parties : « Dun-Haut », ancienne forteresse, assise au sommet d’un monticule isolé, et « Dun-Bas », cité relativement moderne. Le nom de Dun est un mot celtique signifiant « hauteur ». Les gaulois avaient établi, au sommet de la côte qui domine les rives de la Meuse et la vallée de l’Andon, un « oppidum » ou forteresse dans laquelle les populations trouvaient un refuge dans les moments de danger. A l’époque austrasienne une ville commença à s’élever sur l’emplacement de l’antique station gallo-romaine. Vers 630, saint Wandrille, fils du gouverneur de Verdun, petit-fils de saint Arnould de Metz et cousin de Pépin d’Héristal, après avoir suivi quelques temps la cour du roi Dagobert 1er, entra en religion et vint établir à Dun le prieuré « d’Hélisgaudium » (joie des saints). Cet humble prieuré prit le nom de Saint-Gilles. Il fut doté en 1094 par Wauthier de Dun, et devint le riche couvent des Minimes, jeté à bas en 1793. Au XI° siècle, Dun entra dans le domaine des ducs de Basse-Lorraine. Godefroy II édifia un château sur la colline et les sires d’Appremont, en 1402 firent une enceinte fortifiée. Le château est démantelé en 1642, sur ordre de Louis XIII.

 

En 1648, Anne d’Autriche fait don de la ville au Grand Condé.

 

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