Guerres et occupations


La Dame de Payns et le sac de son château


Dame de Payns
Dame de Payns

En 1590, en France, royalistes et ligueurs essayaient de se convaincre, mais en Champagne, la Ligue avait le dessus, et avait délogé ses ennemis de plusieurs places importantes. Cependant, nombre de châteaux fortifiés demeuraient entre les mains de seigneurs dévoués à la cause royale, aux portes même de Troyes.

C’est pourquoi, le 20 février 1590, en la Chambre de l’Echevinage, le duc de Chevreuse, lieutenant-général au Gouvernement de Champagne décide que tous les châteaux du voisinage seront démantelés afin que l’ennemi ne puisse s’y loger et que les chemins seraient rendus libres. Successivement, Saint-Lyébault, Payns, Chappes, furent enlevés,  et livrés aux flammes.

         La prise du château de Payns fut remarquable par le fait qu’il était défendu par une jeune femme.

C’était un riche domaine, et la qualité de ses possesseurs, ajoutait encore à son importance. Il appartenait à un membre d’une puissante famille de robe parisienne du nom de Dauvet, qui avait pris pied à Payns par une alliance avec la fille de Jean Raguier, Seigneur de la Motte-Tilly et Payns, maître des Comptes, et parente de Robert Dauvet, Conseiller au Parlement, et de Jean Dauvet qui fut  membre du Conseil du roi Charles VII et devint procureur général au Parlement de Paris, puis ambassadeur à Rome, puis auprès des Pères du Concile de Bâle, jouissant d’un grand crédit auprès du roi Louis XI. C’est un de ses descendants, Jean Dauvet qui était Seigneur de Rieux et baron de Payns au moment où les ligueurs troyens avaient résolu de s’emparer du château qui les incommodait. C’était un fidèle serviteur du Roi, toujours prêt à répondre à son appel pour entrer en campagne avec lui et employé par son souverain dans toutes les affaires de ces époques troubles. En août 1590, il ne se trouvait pas chez lui, en déplacement pour le service du Roi, et avait confié la garde de son castel à sa femme. Il avait épousé le 29 novembre 1583, Jeanne du Puy-Vatan, qui lui avait déjà donné 4 enfants et se trouvait enceinte d’un cinquième au moment où les troyens se présentèrent devant ses murs. Sa maison se composait de « 2 demoiselles et 4 servantes ». Pour les garantir « des insultes des partis armés » qui couraient la campagne, le sieur de Rieux avait pris la précaution de laisser à Payns une garnison de 30 hommes d’armes, mais insuffisante pour résister à un siège en règle, mais dont la présence devait exciter la colère de ses voisins. Le 28 août 1590, la châtelaine vivait paisiblement dans son château de Payns et y fut assiégée par les habitants de Troyes, « avec beaucoup de forces et sous la conduite du capitaine Picard », lesquels la firent prisonnière et dont elle eut à subir « mille indignités » à commencer par le vol de « ses bagues, perles et joyaux ». Ses biens furent pillés, volés et ravagés, car ayant toujours été reconnue comme « affectionnée au service du Roi ». Après 120 coups de canon, le château fut rasé, et sur les 30 soldats de garde, 1 seul survécut et fut prisonnier, donnant 100 écus de rançon. La jeune dame fut « violée, traînée au travers des fossés et menée en triomphe par dérision à Troyes, et là retenue près de 6 mois en cette captivité misérable, et rendue prisonnière à Troyes ». Elle était prisonnière dans une ville où l’on n’était pas tendre pour les royalistes, et où on la menaçait journellement : « de la forcer, violer, lui demandant 10.000 écus de rançon… avec de continuelles vexations, poursuites, menaces et intimidations qu’on lui faisait pressentir pour elle et ses enfants… ».

Le sieur de Rieux se préoccupa avant tout d’adoucir son triste sort. Escorté de 20 chevaux, il se rendit de sa maison de Rieux à la Cour et, s’étant jeté aux pieds du Roi, il en obtint l’autorisation « de faire saisir par le Grand Prévôt de l’Hôtel des femmes du parti de la Ligue pour leur faire tels traitements que l’on ferait à sa femme à Troyes ». Le 10 février 1591, il eut le plaisir de voir le lieutenant du Grand Prévôt et son greffier partir avec 50 chevaux et se faire ouvrir les portes du château de la Mothe, où ils trouvèrent la femme, la fille et la soeur du capitaine ligueur de La Rochette. Ce dernier, lieutenant de la compagnie du duc de Chevreuse était à Troyes avec son maître et se trouvait être en situation d’éviter à sa femme et à sa fille, les mauvais traitements dont elles étaient menacées « au cas que la châtelaine de Payns fût par trop persécutée ». De 10.000 écus, les Troyens n’en demandèrent plus que 2.500. L’infortunée prisonnière en fut réduite à emprunter à ses amis. La situation ainsi réglée, elle dut être remise en liberté. Mais toutes les souffrances qu’elle avait endurées avaient gravement affecté sa santé et la pauvre femme mourut au moment où elle allait mettre au monde l’enfant qu’elle portait lors de la prise de son château.

         Jean Dauvet consacra son existence à obtenir justice, et il alla de procédures en procédures, pour finir par ne demander que 60.500 écus, puis, fatigué de poursuivre toujours une vengeance qui lui échappait un peu plus chaque année, il accepta un compromis, le 16 mars 1602, la Communauté des habitants de Troyes, ne lui versant que 45.000 écus, dont il ne toucha que… 15.000 livres en 1605 et 10.000 livres chacune des années suivantes « jusqu’à complet paiement ».

         Tout en poursuivant ainsi les responsables de son veuvage prématuré, le seigneur de Rieux n’avait pas tardé à passer à de secondes noces et, comme la première fois, avait pris femme de grande maison. La seconde dame de Rieux fut en effet Marie de Gaillard, fille de Michel, seigneur de Longjumeau et de Claude de la Fayette qu’il épousa par contrat du 22 juillet 1597. Elle lui donna 10 enfants qui tous moururent jeunes ou furent d’Eglise. L’un d’eux, François, chevalier de Malte, fut baron de Payns. Quant aux 4 enfants de Jeanne du Puy-Valais, 2 d’entre eux, les 2 aînés se marièrent. Le fils Pierre suivra, la fille Anne devint en 1530 l’épouse de François de Chabannes comte de Saignes, les 2 petites filles qui avaient suivi leur mère dans sa douloureuse fin d’existence, cherchèrent au contraire la paix du cloître : l’une fut religieuse à Variville, l’autre, Carmélite à Troyes.

         En 1605, la baronnie de Payns passa à Oudard Colbert, conseiller d’Etat et privé, premier maître d’hôtel de la Reine, seigneur de Villacerf qui se qualifiait de marquis de Payns.


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