Le département





Les Seigneurs de Beaufort (Montmorency)


Près de Chavanges, le nom du village de Montmorency lui a été imposé il y a 325 ans. Son nom d’origine est Beaufort. En 1689, la commune acquiert le nom de Montmorency par décision du Roi Louis XIV. C'est en 1919 que le village prend son nom actuel de « Montmorency Beaufort ».

          En 1764, les ruines du château s'élèvent encore à 14 mètres de hauteur.

 

Les habitants de cette commune connaissent-il bien l’importance de ce nom de Beaufort ?

         Y en a-t-il qui savent que le cardinal Henri de Beaufort fut un des juges qui prononça la peine de mort contre Jeanne d’Arc ?

 

Beaufort est le nom d’une ancienne châtellenie qui appartient du XI° au XVIII° siècle à des personnages et à des familles ayant occupé des rangs les plus élevés, et spécialement d’être, dès le XIV° siècle, le nom patronymique de l’une des branches de la famille régnante en Angleterre, de celle des Lancastre, qui donna plusieurs rois à ce royaume, et dont plusieurs descendants célèbres dans les annales de l’histoire britannique, continuent à le porter avec éclat jusqu’à nos jours.

En 1209, Henri III, comte de Champagne et roi de Navarre, épouse Blanche d’Artois, nièce du roi saint Louis. Avec une partie importante de sa dotte, Blanche fait l’acquisition en 1270, entre autres, de la châtellenie de Beaufort.

Lorsqu’elle devient veuve, Blanche l’apporte en bien lors de son second mariage à Edmond d’Angleterre, comte de Lancastre, de Chester, de Derby et de Leicester, fils du roi d’Angleterre Henri III et frère du roi Edouard 1er, qui ajoute à ses titres, celui de comte palatin de Champagne. Parmi ses 4 enfants, Jean reçoit en partage la seigneurie de Beaufort, et en porte le titre. Jean se marie en 1312 avec Alix de Joinville, dame de Beaufort et d’Arcis, qui est la fille du sénéchal de Champagne Jean de Joinville. Jean meurt sans postérité. Sa succession, dont la châtellenie de Beaufort fait partie, est recueillie par son frère Henri I, comte de Lancastre. Ce dernier, mort en 1345, n’a qu’un fils, Henri II, duc de Lancastre qui décède en 1361, n’ayant que 2 filles. L’une décède sans postérité, l’autre, Blanche de Lancastre, hérite de tous les biens de son père. Elle épouse  en 1359, Jean d’Angleterre, dit Jean de Gand, quatrième fils du roi d’Angleterre Edouard III, qui fut également duc de Lancastre. Dans les biens que Blanche apporte en mariage, se trouve la châtellenie de Beaufort. Blanche décède en 1369. De son mariage avec elle, Jean de Gand eut 3 enfants, dont Henri comte de Derby, duc de Lancastre, et au décès de son père en 1399, couronné roi d’Angleterre sous le nom de Henri IV. Ce dernier fut le père et l’aïeul des rois d’Angleterre Henri V et Henri VI, qui ont laissé en France, dans la guerre de cent ans, une douloureuse célébrité. Henri IV avait eu pour maîtresse, la veuve d’un chevalier anglais. De cette relation, sont nés au château de Beaufort, 4 enfants auxquels on donna le nom de Beaufort. Ils furent déclarés légitimes, moins le droit de succession royale. C’étaient : 1) Jean de Beaufort, qui fut chef de la branche des ducs de Sommerset ; 2) le cardinal Henri de Beaufort, d’abord évêque de Lincoln puis de Winchester et promu cardinal en en 1426. Son action  dans les affaires publiques fut considérable. Il fut un des juges qui prononça la peine de mort contre l’héroïne de la France, Jeanne d’Arc. 3) Thomas de Beaufort, duc d’Excester et 4) Jeanne de Beaufort, alliée à la famille des Névil, de qui est descendu le célèbre comte de Warvick. 

Le château où prirent naissance les enfants de Jean de Gand et de Catherine Roët est bien celui de la châtellenie de Beaufort, aujourd’hui Montmorency, et que c’est le Beaufort qui dès la fin du XIV° siècle, a donné son nom à la puissante famille qui a occupé en Angleterre un rang si élevé.

 

C’est donc en 1276 que la châtellenie de Beaufort est transférée à un prince étranger. Son retour à la France est un des incidents de la longue lutte engagée par l’Angleterre aux XIV° et XV° siècles, que l’on a appelée la guerre de cent ans.

Par le mariage de Blanche d’Artois avec un prince anglais, la châtellenie de Beaufort et le château-fort qui en est le siège, bien que situés dans une province de France, la Champagne, deviennent une propriété anglaise, appartenant en temps de paix à un étranger et en temps de guerre à un ennemi.

Longtemps, la châtellenie de Beaufort est, pour les Anglais, un repaire presque imprenable et une étape assurée dans leurs expéditions lointaines. 

Vers 1358, après la bataille de Poitiers, lorsqu’une partie de la France et notamment la Champagne sont livrées aux bandes armées de tous les partis, Pierre Dudeley, redoutable capitaine anglais, sut défendre ce château contre toutes les attaques dirigées contre lui.

C’est en 1369 que le château est livré par trahison à la France, et fait alors partie du domaine royal. Nos rois en font don diverses fois, afin de récompenser de grands services rendus à la couronne.

Charles en fait don à Jean II, comte de Tancarville. Charles son fils, donne à Philippe le Hardi, son oncle, duc de Bourgogne, la châtellenie de Beaufort. En 1404 intervient entre le roi de France et Charles II le Noble, le traité au cours duquel Charles abandonne tous ses droits au Comté de Champagne, réuni en fait à la  France dès 1284, par le mariage de Jeanne, unique héritière de Henri III, dernier comte de Champagne, avec le roi de France Philippe le Bel. En retour, cession lui est faite de « la châtellenie de Beaufort en Champagne ». Par suite de ce traité, la châtellenie de Beaufort est attribuée en toute propriété aux héritiers et descendants de Charles III duc de Navarre et duc de Nemours. Elle passe ensuite dans la famille d’Armagnac. En 1477, après la mort de Jacques d’Armagnac, le roi Louis XI en fait don, en viager, à Thierry III de Lenoncourt, bailli de Vitry. Après sa mort en 1483, ces biens retournent à la couronne. En 1507, le roi donne Beaufort à Gaston de Foix. Ce dernier décède en 1512, à la bataille de Ravenne, à l’âge de 24 ans, sans alliance ni postérité. Le roi François 1er donne la propriété à la sœur de Gaston, Germaine de Foix, qui a épousé Ferdinand V le Catholique. Odet de Foix, vicomte de Lautrec, comte de Comminges, qui acquiert un si grand renom dans les guerres d’Italie ajoute à ses titres, dès 1525, celui de comte de Beaufort. Henri de Foix, son fils aîné, porte en 1529 le titre de comte de Beaufort. Il décède sans alliance en 1540, et sa succession est dévolue à sa sœur Claude de Foix, mariée à Charles de Luxembourg. Elle meurt en 1553, sans descendance, et la propriété du comté de Beaufort passe dans la maison de Nevers, ses cousins germains. Le comté devient la propriété de François I de Clèves, duc de Nevers, gouverneur de la Champagne. Ce dernier décède en 1562, ne laissant que 3 filles. La dernière, Marie de Clèves, marquise d’Isle-Aumont, devient comtesse de Beaufort. Elle épouse en 1572, Henri 1er de Bourbon, prince de Condé, et meurt en 1574, laissant une seule fille, Catherine de Bourbon qui décède en 1595, sans alliance. En 1596, Beaufort est attribué à sa tante Catherine duchesse de Guise. L’année suivante, cette dernière vend le comté de Beaufort et toutes ses dépendances à Gabrielle d’Estrée, la maîtresse si connue d’Henri IV. Le roi réunit le comté de Beaufort et la baronnie de Jaucourt et les érige en duché-pairie en faveur de César son fils naturel, né de Gabrielle d’Estrée, marquise de Montceaux. Ce dernier décède en 1665. Son fils François qu’il a eu avec Françoise de Lorraine, duchesse de Mercoeur, reçoit le duché et le titre de duc de Beaufort. François, héritier de la valeur chevaleresque de son aïeul Henri IV, se signale par de grands services dans de nombreux combats livrés aux ennemis de la France, et dans des expéditions lointaines. Il décède au siège de Candie en 1669, sans alliance. Son neveu, Louis-Joseph, duc de Vendôme, vend en 1688, le duché-pairie de Beaufort à Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg. Par lettres-patentes du roi en 1689, il est statué que désormais, Beaufort serait appelé Montmorency.

 

 

Si le village de Beaufort a perdu son vieux nom, et avec lui les gloires de son passé, il lui a été donné de s’appeler du grand nom des Montmorency.

         Les Prussiens arrivent à Montmorency le 25 août 1870, dévalant les côtes environnantes. Les habitants, apeurés, quittent vivement le village et se réfugient dans le bois de la « Fin Champ », emmenant avec eux leurs bestiaux. Les Prussiens ne restent que le temps de se reposer et repartent rapidement vers Sedan, où s'écroulera l'Empire

 

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