Communes auboises



Domaine de Servigny  


 

Je ne parlerai pas de l’alimentation de Troyes par l’eau de Servigny, vous la retrouverez dans « Histoire d’eau ».

 

Le nom de Servigny dont la forme actuelle apparait dans le cartulaire de Montiéramey en 1213, remonte aux 3 premiers siècles de l’ère chrétienne. C’est celui d’un riche gentilice d’origine celtique ou romaine qui s’appelait Sellvanus ou Silvanus ou encore Silvanius ou Silvinlus. Il aurait créé un domaine ou fundus, auquel, selon l’usage, il aurait donné son patronyme et dont l’importance se traduit encore aujourd’hui par les désignations de « Bas-Servigny », « Haut-Servigny », « Bois de Servigny ». Il aurait pour limites ou « fins », le chemin actuel de Gyé à Grancey qui rejoignait celui de Mussy à Essoyes et celui de Gyé à Essoyes, tracés ou améliorés à l’époque où les coteaux avoisinants, sous les efforts des Albins, se plantèrent de riches vignobles.

 

Bâtie sur les bords de l’Ource, la « villa » du propriétaire constituait un ensemble de vie heureuse et de travail intense : à côté des granges, écuries, étables et selliers où s’agitaient affairés et soumis les colons et les esclaves, la maison de maître développait une façade ornée de sculptures sur laquelle aboutissaient apparemment des ailes somptueuses, décorées de fresques soutenues par des colonnes de marbre et ouvrant sur une piscine chauffée par un hypocauste (système de chauffage par le sol utilisé à l’époque romaine et gallo-romaine, dans les thermes romains).

 

Les objets mis à jour à Gyé-sur-Seine, les substructions de Landreville,  dont le Musée de Troyes s’enorgueillit, permettent d’évoquer la vie dorée de l’opulent possesseur de Servigny : il partageait sa vie entre l’administration de la Cité plus lointaine, la gestion de son domaine, le repos et les fêtes.

 

Les invasions barbares du V° au X° siècle ont couvert ces lieux de ruines. Mérovingiens et Carolingiens se succédèrent au milieu de luttes continuelles, sans que l’histoire ne parlât de Servigny. La chapelle dite de Saint-Bernard conserve en sa vétusté la forme des constructions du XII° siècle, et dont la situation fait reconnaître en elle un oratoire où, dit la tradition, saint Bernard se serait reposé en allant de l’abbaye de Molesme à l’abbaye de Clairvaux.

 

La liste des seigneurs de Servigny est longue. La seigneurie a été possédée en même temps par plusieurs vassaux. Le premier en date serait Gauthier d’Avalleur qui, en 1114, gravement malade et redoutant la mort, prit l’habit religieux à l’abbaye voisine de Morres et, du consentement de ses enfants, lui fit donation de tout ce qu’il possédait à Servigny en terres et en bois. En 1213, la Seigneurie était tenue par Adam de Servigny et, en 1217, par son frère Hiondouin. Ensuite vint Guyot, qui en fit hommage après 1222 au Comte de Champagne Thibaut IV, puis en 1420, Renaud qui avait pris part à la première croisade de saint Louis. A sa mort en 1270, sa femme Agnès reçut en douaire « environ XX maisnies (ensemble de tous ceux qui habitent une même maison, des maîtres aux valets et servantes), avec toute la justice d’icelle ville, les bois, la maison, le pourpris (l’enclos), ainsi que l’étang, les vignes, les eaux et ennaises… ». Sous la courte régence de Blanche d’Artois, femme du Comte Henri III de Champagne, et roi de Navarre en 1275, Renien de Curnel tenait moitié de la seigneurie en toutes choses » avec Adam de Servigny pour l’autre moitié sauf une partie de terre dont il devait hommage au sieur de Chacenay.

 

En pleine guerre de Cent Ans, Servigny figure sur le registre relatif à l’aide de la prévôté d’Essoyes pour la rançon de Jean Le Bon, sous le nom de « Ville de Servigny ». Une prisée (estimation faite d’une chose qui doit être vendue) du  Comté de Vertus, pour le Roi, nous apprend qu’en 1365, le fief de Servigny était entre les mains de Pierre de Roncenay et de Jehan d’Arcenay.

M. de la Magdeleine de Ragny s'empara, le 13 avril 1395, de la maison forte de Servigny, appartenant à un sieur de La Marche. M. de Nogent prit le commandement de cette maison qui servit de refuge à 30 ou 40 voleurs. Le 21 avril, 35 d'entre eux, en embuscade dans les bois de Chappes, arrêtèrent les ambassadeurs suisses se rendant près du roi avec des passeports de MM. de Mayenne, de Nemours et de Tavannes. Toute l'ambassade se rendit sans lutte, et fut conduite à Servigny, où ceux qui la composaient furent dépouillés des objets précieux qu'ils portaient, d'une somme de 1.200 écus et de leurs chevaux, en tout environ 8.000 écus. Les ambassadeurs furent remis en liberté, sauf le chef, dont le sieur de Nogent exigeait une rançon de 20.000 écus. Celui-ci, ne pouvant payer cette somme, fut mené à Montbard. 

La lignée des Lenoncourt qui joua un rôle important dans l’histoire de la Champagne méridionale, posséda le fief pendant plus de 100 ans. Le premier, Philippe ou Philbert, était en même temps gouverneur de Dijon, seigneur de Loches et Chauffour, et il fut inhumé dans l’église de Loches. Son fils Philippe II fut confirmé en 1516 Bailli de Bar-sur-Seine par François 1er à qui il rendit de grands services pour le recouvrement du duché de Milan. Jean son fils aîné lui succéda en 1529, puis son frère en 1539, puis 1 de ses fils, Philippe III. Son fils Claude de Lenoncourt fut seigneur de Servigny en 1573, et son frère Edme en 1582. De 1665 à 1693, ce fut Blaise de Beaubreuil qui en devint le détenteur. Au XVIII° siècle, la seigneurie de Servigny entre dans la famille de Baptiste De Bondoire. Son fils Edme, Bernard, Louis lui succède en 1720. En 1746, à sa mort, sa veuve se remarie avec Joseph Halem de Rocquevert, qui devient seigneur de Servigny. Au décès de Mme De Bondoire en 1781, son fils aîné Auger devient seigneur de Servigny.

 

La Révolution ayant supprimé les privilèges royaux et les titres féodaux, faillit être fatale au seigneur de Servigny et à sa famille, bien qu’il n’ait jamais paru abuser de ses droits. En 1803, Marie-Françoise, fille de M. Bondoire devient propriétaire en 1803, 1 an avant son mariage avec Pierre de Zaddes. Le 22 juillet 1805, ils vendent le domaine de Servigny à René Cogit, banquier à Troyes, à condition qu’il entretienne la chapelle et le terrain autour, et qu’il promette « de laisser à perpétuité gésir en repos les corps desdits sieurs Bondoire père et fils ». Veuve, Mme René Cogit vendit en 1830, la propriété de Servigny à Maximilien Maillot, juge au Tribunal de Bar-sur-Seine. En 1831, ce dernier la céda à MM. Loudin, Herbin, Bourgoin, Dutailly et Degrand, négociants à Bar-sur-Aube. Elle revint en 1834 à MM. Dutailly et Degrand, et, en 1840, à M. Degrand. En 1851, ce dernier vendit la propriété à M. Barrachin Léopold, qui devint maire d’Essoyes.

 

Le 20 avril 1894, ce dernier vendit Servigny à M. Delaunay, maire de Troyes, « pour servir à l’établissement d’une distribution d’eau dans la ville de Troyes » (voir « Histoire d’eau »).

 

En 1941, la Municipalité souhaite créer une colonie sanitaire de vacances, une enquête ayant révélé que parmi les écoliers, 800 au minimum présentaient des caractères de faiblesse physiologique.

 

Furent édifiés 16 bâtiments ou pavillons : administration, infirmerie, personnel, lavabos et douches, cuisine, réfectoire, préau couvert, W-C. avec cabines sur fosses septiques, 2 châteaux d’eau (réservoirs en tôle) et 8 dortoirs pour 400 enfants.

 

En août 1941, 242 garçons partaient pour la 1ère fois à Servigny, accompagnés du Maire de Troyes et de plusieurs personnalités, et en septembre, 242 filles leur succèdent. Le Préfet, l’Evêque, l’Inspecteur d’Académie, la Municipalité troyenne, et de nombreuses personnalités inaugurèrent le 14 août la première tranche de travaux.

 

On pénètre dans le domaine des enfants par une porte monumentale Louis XV, seul vestige de la seigneurie du XVII° siècle. En 1942, 455 fillettes furent suivies par 422 garçons. Le 4 août eut lieu l’inauguration définitive, avec un nombre impressionnant de personnalités. Mgr Lefèvre, évêque de Troyes consacra la chapelle ce jour-là. Puis, la colonie fut pourvue d’un stade avec piste, portique, basket, volley, piscine, salles de récréation et de repos, bibliothèque…

 

Je ne peux terminer ce chapitre sans rendre hommage à Mademoiselle Roblot, ancienne institutrice qui dirigea d’une main de maître cette colonie pendant de très nombreuses années (je l’avais d’ailleurs choisie comme secrétaire de la Maison des jeunes et de la Culture que j’avais créée en 1959), et à Mlle Pierrel à l'économat.

 

Les bâtiments étant vétustes, et n’ayant plus beaucoup de demandes, la mairie de Troyes fit un appel d’offres à des sociétés privées. Celle retenue, cessa de fonctionner en 2007 après un problème d’encadrement.

 

Désaffecté, le domaine de Servigny a retrouvé une nouvelle jeunesse grâce à l’association de la ville de Troyes et de la maison de Champagne Moët et Chandon : les 3 dortoirs rénovés accueillent aujourd’hui près de 70 vendangeurs.

 

Charles Arpin, qui fut directeur de Chanteloup et créa les premières colonies de vacances « Le Grand Air », écrivait en 1950 : « La Ville de Troyes aura le grand mérite d’avoir, dans un site jadis agité par les passions humaines, recréé parmi les sylphes et les sylvains, à l’ombre des bois et au clapotis des eaux, de la vie, de la vie jeune, forte et bonne, capable dans un proche avenir d’œuvrer dans l’enthousiasme et la foi, pour une Patrie rénovée, unie et fraternelle. La Vie appelle la Vie ».

 


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