Les communes auboises




Merci à mon ami Robert Poisson, de la Société Académique, passionné de l’histoire de son pays.

 

« Jusque 1191, il n’y avait à Bucey qu’une chapelle, celle du château fort, alors que Chaast et Thuisy, avaient rang de paroisse, les Bucetons devaient traverser le haut plateau battu des vents pour entendre la messe à Thuisy.

Il avait fallu la volonté, et aussi la diplomatie de leur ancien seigneur, pour que Bucey-en-Othe devînt paroisse à part entière. Garnier était opiniâtre. Il lui avait fallu du temps, de l’habileté, de la générosité envers l’abbaye Saint-Loup.

 

Au cours de la décennie 1180 - 1190, les évêques de Troyes, successivement Manassès de Pougy et Barthélémy - dit aussi Loïce - de Plancy avaient obtenu du pape que l’église de Chaast soit supprimée, faute de paroissiens en nombre suffisant. Devenu simple hameau Chaast serait désormais uni à la nouvelle paroisse dédiée au Bienheureux Jacques, entendre par là, Saint-Jacques de Compostelle.

 

Quelque siècles plus tard l’eau avait coulé sous les ponts et le rû Saint-Bernard dans sa longue « vallée de chasse». De l’église primitive il ne restait plus, soutenant les murs de craie, que quelques pans de contreforts en grès noir.

 

 Au XVI° siècle, elle avait été, transformée, flanquée d’un fin clocher puis agrandie par un second transept au XVIII°, selon les élégantes proportions qu’on lui connaît.

 

Saint-Jacques le Majeur veillait donc sur le village depuis belle lurette, lorsque les Bucetons remirent en question ce saint patronage. On va voir que ce ne sont pas des raisons d’ordre religieux qui prévalurent alors. On était au XIX° siècle. Dans ce village, même si l’on n’était pas riche, chacun vivait dans une petite aisance. On travaillait beaucoup, mais quand c’était jour de fête, on faisait la fête. Et justement les agapes au cours desquelles on honorait le Saint-Patron de Bucey tombaient bien mal : le 25 juillet, en pleine moisson ! Comment inviter sa parentelle, ses amis, alors que chacun est attelé à l’ouvrage ? Pragmatiques, les Bucetons se dirent sans doute qu’il serait bienvenu de trouver une autre date sans pour cela oublier Saint-Jacques : il ne s’agissait pas de contrarier un grand saint... Qui d’entre eux proposa de substituer le mineur au majeur ? Un Jacques en valait bien un autre. L’apôtre homonyme saurait donc aussi bien veiller sur la petite communauté... C’était là raisons de gens simples mais néanmoins versés en casuistique...

Il semble que les autorités religieuses n’eurent rien à y redire.

 

J’interrogeai les vieux Bucetons. De toute éternité, ils avaient fêté Saint-Philippe et Saint-Jacques, les deux saints allant de pair depuis leur commune inhumation. Et c’était au joli mois de mai, alors que l’on peut prendre son temps. Mais de plus, on m’apprit que l’on fêtait aussi Saint-Rémy au mois d’octobre. Les choses se compliquaient : j’avais compris les raisons économiques ayant commandé l’abandon du mois de Juillet, mais Saint-Rémy ? Il fallait remonter le cours de l’histoire pour retrouver le patron des gens de Chaast, privés de leur église à la fin du XII° siècle. Il avait survécu à huit siècles d’oubli. Il faisait partie d’un héritage, auquel les Bucetons n’entendaient pas renoncer...

Je compris aussi pourquoi certains historiens locaux, dont Morel-Payen, désignaient l’église de Bucey sous le vocable « Saint-Philippe et Saint-Jacques » . Charles Fichot lui même parle de la représentation de Saint-Jacques le Mineur subissant le martyr et, à aucun moment, de la belle statue médiévale. Lors de sa visite, le grand tableau trônait, imposant, dans un retable en bois entouré de colonnes, derrière le maître autel, depuis le Second Empire. Quant à la statue de bois polychrome, elle était sans doute reléguée dans le grenier où la découvrira l’Abbé Mathieu qui lui redonnera sa place.

 

Lorsque je m’étais adressé au chanoine Zirnhelt afin d’étayer mon étude, il m’avait confirmé que l’ordo du diocèse indiquait sans ambiguïté le patronage de Saint-Jacques le Majeur. Il avait ajouté que pour des raisons de commodité identiques, on fêtait Saint-Nicolas à la Pentecôte et que Sainte-Germaine était célébrée à Bar-sur-Aube le 1er dimanche de mai au lieu du 19 janvier « à cause du froid ».

Le pragmatisme des Bucetons était donc une doctrine partagée...

 

Comme en de nombreux villages, il n’y a plus de fête patronale à Bucey en-Othe ».

 

 

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