Ecoles

La vie à Troyes


Pour vaincre la dépopulation : « La dépopulation vaincue par l’Ecole améliorée »


Et si nous avions un ministre de l’Education Nationale comme Frobert-Dumontier ?  

 

«  Supprimons l’ignorant stérile,    Le faux savant plus qu’inutile…

Faisons des travailleurs heureux,

Des Français sains et vigoureux ».

 

         Ainsi s’exprimait en 1913, dans un petit opuscule en « Hommage aux députés de l’Aube », Frobert-Demontier, témoin affligé et victime personnelle des principaux « Méfaits de l’Ecole Primaire », de « L’Ecole contre l’individu ». C’était pour lui, d’un « intérêt patriotique, humanitaire et philosophique ».

         Laissons-le s’exprimer : « Ce n’est point la gratuité, la laïcité ni l’obligation de notre enseignement primaire que je veux blâmer, c’est seulement la façon défectueuse d’inculquer le savoir que je voudrais qu’on modifie… Je me place, pour établir mes opinions, en dehors de toutes questions politiques ou religieuses, n’ayant d’autre but que d’éclairer le public  sur ce que je crois être l’intérêt mondial et particulièrement l’intérêt français… Guerre à la conception couramment admise et pratiquée de l’enseignement primaire. Oui, guerre à l’Ecole rurale moderne, que j’accuse d’être pourvoyeuse de la dépopulation générale et cause principale de l’exode croissant des ruraux vers les villes. J’accuse aussi l’école de contribuer puissamment à la dégénérescence physique et morale de notre dernière génération, dégénérescence qu’il me parait nécessaire de combattre sans plus tarder. Dépopulation, alcoolisme, sensualisme, neurasthénie, arthritisme et surtout tuberculose sont souvent les fruits éloignés et tardifs mais assez reconnaissables de l’Ecole obligatoire, car c’est à notre enseignement trop précoce, trop exclusif et trop intensif que nous devons cette intellectualité fiévreuse, ennemie de toute besogne manuelle et plus spécialement agricole, et qui domine de nos jours au grand préjudice de tous. L’Ecole nous perd beaucoup en voulant trop bien nous sauver. N’oublions pas que les premières impressions, physiques ou morales, lorsqu’elles sont répétées ou prolongées, deviennent souvent indélébiles et que l’empreinte profonde que l’être subit pendant la première période de son existence persiste fort longtemps, sinon jusqu’à la fin de sa vie. Or que ferons-nous de nos enfants grâce à l’Ecole obligatoire moderne ? Nous en faisons des petits intellectuels qui, emprisonnés, attendris et disciplinés dès leurs premiers ans, seront désormais bien préparés pour les bureaux du fonctionnarisme, les ateliers de l’industrie et les magasins du commerce, mais non pas pour les champs de l’agriculture. Par l’école et son internat nous éduquons nos enfants pour la vie agitée, cérébrale, collective et cloîtrée des cités, mais nous ne les préparons nullement pour l’existence agreste, manuelle et relativement solitaire des campagnes. Nous faisons de nos écoliers des apprentis prisonniers, désormais grands amis de la cage abritée, mais non pas des courtisans de l’indépendance ni des amateurs passionnés de la terre, du soleil, du vent… Je tiens à faire observer que l’oiseau élevé en cage finit par ne plus aimer ni désirer sa liberté. Aussi, quand pendant 6, 8 ou 10 ans un enfant a pris l’habitude quotidienne et anémiante de la classe, c’est-à-dire l’habitude d’être rassemblé avec ses condisciples et troupeau obéissant et discipliné, longuement assis, à l’ombre en été et au tiède en hiver, et très bien abrité de la pluie et du vent en toutes saisons, croyons bien qu’après ce long stage à l’école, l’enfant est assez amolli et déprimé pour craindre désormais, et pour longtemps, les écarts de température, les fatigues variées et la solitude ennuyeuse de la vie agricole… Lorsque le citadin a déjà vanté la supériorité de son travail de bureau, d’atelier ou de magasin, et toutes les distractions que l’on éprouve dans l’ambiance des villes, notre apprenti cultivateur s’imagine avec tristesse que sa future profession est indigne de lui. Jeune homme instruit et intelligent comme il croit l’être, notre campagnard soupire en regardant à l’horizon la fumée du train qui conduit à la cité voisine, et bientôt il se dit << La campagne est belle en théorie ou de loin, et comme les montagnes qui paraissent bleues à distance, mais je n’en serai pas dupe plus longtemps et travailler la terre c’est bon pour les ignorants, c’est trop bête et trop fatiguant. Si j’avais l’âge voulu, je ferais une demande au chemin de fer ou dans les postes, ou je m’engagerais tout de suite au régiment, mais je verrai plus tard, quand j’aurai déjà essayé autre chose. En attendant, j’irai bientôt chercher une place en ville, comme mes amis, qui en ont bien trouvé une et qui se fichaient de moi l’autre jour à la fête du pays >>. Notre agriculteur débutant, au sortir de l’école, le terrible ennui le prend, désormais il ne se consolera qu’en rejoignant quelques copains le soir dans l’auberge de la localité. Là, il prendra l’apéritif en se lamentant sur l’ingratitude de son nouveau métier et sur l’humiliation qu’est pour lui l’agriculture. Les charmes trompeurs des carrières libérales, industrielles ou commerciales et surtout bureaucratiques le fascineront et les parents, qui tombent souvent dans le même panneau, l’encourageront  bien au besoin à faire de nouvelles études, à aller en pension et à devenir un « Mossieu » pour avoir moins de mal et gagner plus !... Ainsi, on fera de la terre paternelle un fermage trouvant difficilement preneur ou en vendra à vil prix tous les champs pour faire de son fils un nouveau raté de plus. Là-bas, en ville, pense-t-on, l’on travaille beaucoup moins et l’on gagne davantage, on a des congés, des jours libres, et on est à l’abri des injures du temps ainsi que des mauvaises années et des impôts terriens progressifs… on est bien habillé et proprement chaussé, enfin on a le temps d’aller au café en compagnie d’amis nombreux et à la portée de distractions, avec des secours, des hôpitaux… qu’on n'a pas ici. Donc, vive la ville, et adieu la campagne et le métier de paysan… Le Congrès tenu contre la tuberculose à Rome au printemps dernier a placé l’école au premier rang des causes originelles de la tuberculose… L’école est préjudiciable à beaucoup d’individus. Ce stage, assis dans l’extrême jeunesse affaiblit la vue qui devient myope, dévie la colonne vertébrale qui s’incurve, et restreint les poumons qui respirent mal… Et c’est pour acquérir hâtivement quelques maigres connaissances élémentaires, dont l’enseignement pourrait être retardé avec profit, que toute notre enfance est emprisonnée, comprimée, anémiée et pour ainsi dire persécutée. Aujourd’hui, pratiquée en chambre close, l’école est une pépinière de faux intellectuels, de neurasthéniques, de maladifs désormais sans carrière et sans goûts, parce que les aptitudes manuelles n’étant pas développées chez eux dès leur début dans la vie, elles ne seront jamais dans la suite ce qu’elles auraient pu être par leur précoce éducation. Nous avons, ainsi, beaucoup plus qu’autrefois, des déracinés, des déséquilibrés, des tuberculeux, des alcooliques et surtout des paresseux qui trouveront toujours la terre trop basse et la journée trop longue. Je voudrais que les Français se ressaisissent et qu’ils sachent que les travaux agricoles valent bien les sports modernes, tant pour la culture physique que pour l’éducation morale de la jeunesse. Aimer l’effort, c’est bien, mais aimer l’effort utile qui contribue à la production nationale et à la richesse du pays, c’est autrement mieux… Cela ne les empêcherait pas de s’instruire, aussi bien et mieux que qu’ils ne le sont, en les envoyant aux cours d’adultes du soir que j’instituerais obligatoires, à un âge où on abandonne les adolescents à eux-mêmes, attendu que l’école n’est malheureusement plus obligatoire du tout après l’avoir été beaucoup trop avant cela… Le travail est surtout 100 fois préférable à l’oisiveté, cette mauvaise conseillère, et on ne le dit pas assez à nos enfants ruraux, la futilité des richesses excessives, les dangers des excès de repos et de nourriture et surtout la vanité du luxe trompeur de nos cités… Pour éviter l’émigration vers les villes, il faudrait, dès leur premier âge combattre chez les hommes de l’avenir les besoins factices, la peur de l’effort, le mépris du travail manuel au dehors, les ambitions illimitées, les insatiables besoins de confort superflu et toutes nos conceptions mensongères du bonheur humain, bonheur que nous plaçons sottement dans la paresse, la gourmandise la luxure et la vanité d’une fortune acquise promptement et sans fatigue… Pour conclure, je viens demander aux maîtres de l’enseignement moderne si l’on tardera encore longtemps à enseigner efficacement, c’est-à-dire par la pratique courante elle-même, la loi de l’utile effort, la nécessité du travail manuel et la supériorité de la vie active et libre du travailleur des champs. Et, cessera-t-on prochainement de faire de beaucoup de nos écoliers, des faux savants, des inutiles déracinés, des malades incapables, des sots prétentieux et surtout des raisonneurs, paresseux et malheureux ? A l’appui de mes dires, sachons bien que la tuberculose fait des progrès, que l’alcoolisme, l’anarchie, la prostitution et la criminalité, toutes conséquences de la paresse physique et de la déchéance morale, augmentent aussi progressivement.

 

         Et puisque nous n’avons pas craint de supprimer une puissance éducative que nous avons crue néfaste et qui s’appelle religion, craindrions-nous d’améliorer beaucoup, en la réformant seulement un peu, la nouvelle idole qui s’appelle instruction laïque, gratuite et obligatoire ? ».     

       

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