Les Ecoles

La vie à Troyes



Lycée Marie-de-Champagne


 

«  Si nous ne voulons pas voir nos filles entrer un jour au couvent, nous devons leur ouvrir un collège laïque » : Edmond Delaunay, Maire, de Troyes 1892-1896.

 

         Pourquoi les filles, comme les garçons, ne pourraient-elles pas  accéder à l’enseignement supérieur ?

 

La ville de Troyes se décide en 1883 à envisager, pour débuter, l’ouverture d’un cours secondaire pour jeunes filles. Aucun bâtiment n’était disponible pour cet usage. On se rabattit sur la vieille école de la rue Hennequin. Il semblait que les cours répondaient à un réel besoin. Mais à l’époque, on ne concevait guère que des filles de maison, vouées à des tâches familiales ressentent le besoin d’acquérir une instruction au-dessus de la normale. 6 à 8 externes seulement avaient décidé de tenter le brevet supérieur.

 

En 1886, on parle ouvertement d’un lycée de jeunes filles, et ce n’est qu’en 1893 que la municipalité admet d’offrir aux élèves un établissement équivalent au Lycée Pithou dévolu aux garçons. Le principe est adopté par 16 voix contre 7.

 

En 1896, les élèves se rendirent dans le groupe scolaire des Jacobins.

 

Vers 1900, la ville envisage un établissement pouvant recevoir 300 jeunes filles, soit 100 internes et 200 externes. La ville achète alors, en 1903, l’important immeuble de l’Hôtel-Dieu, pour installer dans ses vastes bâtiments le lycée de filles. Mais que vont devenir les malades ?

 

En 1906, l’architecte en vogue, M. Fontaine, est chargé de transformer l’hôpital en lycée. Mais un fait vient bouleverser ses prévisions, en vertu de la loi de Séparation, qui vient d’être votée, l’Etat saisit en 1905, les bâtiments du Petit Séminaire, sis à côté de l’église Saint-Martin-ès-Vignes.

 

Dès 1907, sous la municipalité Mony, la ville acquiert la belle propriété de Saint-Martin, formant un domaine d’un seul tenant, près de 4 hectares, admirablement situé aux portes de la ville.

 

Les Antonins occupaient cet emplacement depuis 1590, une commanderie leur succéda, puis la maison et le mobilier furent cédés aux Augustines, et ensuite fut élevé le Petit Séminaire, qui fut mis à la disposition de la ville le 3 mars 1909.

 

Les bâtiments étaient en mauvais état, alors on allait construire un lycée tout neuf, dont « Troyes serait fière ».

 

La chapelle, qui en remplaçait une autre, et datait seulement de 1848, serait conservée, car elle ne manquait pas d’intérêt.

 

Le mobilier fut vendu aux enchères le 2 mars 1909, mais le produit de la vente tomba dans les caisses de l’Etat.

 

Les architectes troyens, MM. Matrion et Viardot se mirent au travail afin que le collège puisse recevoir 350 élèves, dont 120 pensionnaires.

 

La date de la rentrée fut fixée en 1910.

 

Le Conseil troyen invita le Conseil général à consentir de substantielles subventions. La subvention départementale fut acquise sous forme de bourses d’encouragement aux élèves méritantes.

 

Une résolution municipale du 26 novembre 1909 décida d’un lycée entièrement neuf (sauf la chapelle). Trois corps de bâtiments figuraient au plan : le principal longerait la rue de Paris avec un certain recul, une longue grille de fer l’en séparera. Les murs afficheraient une certaine coquetterie, les lits de pierre dure alterneraient avec les bandes de briques rouges. les ouvertures recevraient des encadrements de pierre ouvrée, les parquets seraient en chêne, la couverture en ardoise et le chauffage à vapeur.

 

La surface bâtie mesurera 16.800 m², la salle de récréation 5.400 m². Quand cet aménagement sera terminé, il restera 22.000 m² inoccupés qui permettraient des utilisations futures.

 

Mais avec les adjonctions survenues, les 450.000 f envisagés au début atteignaient 700.000 f. Les honoraires des 2 architectes devaient s’y ajouter, soit 35.210,68 f calculés au plus juste.

 

Il fallait aussi répondre à des conditions d’esthétique. Le Conseil désire que la façade revête un aspect décoratif qui ne soit pas «  criard », mais qui, dans sa simplicité, doit convenir à un établissement d’éducation. Les architectes furent invités à s’inspirer du style qui pare le récent groupe des Jacobins.

 

Le Conseil accepta la subvention départementale sous forme de bourses, en espérant qu’elle sera versée généreusement.

 

On vote alors un emprunt de 350.000 f avec un intérêt de 3,75%, ce qui grossit la note du contribuable de 2 centimes additionnels.

 

Pour le bon ordre administratif, les plans devaient passer sous les yeux de l’architecte du Gouvernement. Celui-ci ne pouvait pas manquer de les modifier, c’est dans les habitudes. Nombre de salles changèrent d’affectation, seuls les murs ne bougèrent  pas, et le coût resta le même.

 

Les travaux commencèrent en 1910. Mais, avec la Grande Guerre de 4 ans, les locaux, sans être terminés, reçurent l’hôpital canadien puis un hôpital militaire français.

 

La paix amena l’achèvement des travaux et la réception définitive eut lieu le 28 août 1924, sous la municipalité Emile Clévy. La note atteignait alors 2.200.000 f.

 

         En 1955, il fut dénommé « le lycée Marie-de-Champagne », épouse d’ Henri 1er le Libéral, protectrice des lettres et des arts.

 

A l’époque, cette construction acquit la flatteuse réputation d’être un des établissements secondaires féminins les plus beaux de France.

 


Le lycée de jeunes filles en août 1944.


 

 

Lors de  la Libération de Troyes, le 23 août, la 3° compagnie commandée par l'Ostuf Guse est maintenue en réserve au lycée de jeunes filles, PC de la Brigade, où elle sera en position de détachement, à la disposition de Jöckel.

 

Pendant que le major américain West lance ses blindés vers la gare de Troyes en empruntant la rue des Marots, le major américain Elwell sent la résistance du Lycée de jeunes filles fortement tenu. En évitant l'avenue Pasteur, trop large et trop rectiligne à son goût, Elwell ne se doute pas qu'il se prive du plaisir de neutraliser la P.C. du Sturmbannführer Jöckel (« boucher de Buchères »), enfermé dans le Lycée. Quelques blindés  s'embossent tout de même à proximité des bâtiments de manière à tenir les issues sous leur feu et en interdire toute sortie. Pour les Allemands la situation est désagréable, Jöckel et l'état-major de sa brigade sont sous la menace directe des chars américains alors que la bataille de Troyes vient à peine de commencer.

 

La rue Diderot brûle entièrement, un convoi allemand de carburant ayant réussi à tromper la vigilance, sans doute relâchée à l’aube, des forces américaines surveillant le lycée de jeunes filles. Des fantassins américains sont assis, le dos contre le mur du lycée, d’autres, allongés sur le trottoir de la rue Emmanuel Buxtorf, récupèrent les heures de sommeil qui leur ont été volées. Des half-stracks se disposent à prendre position rue Saint-Antoine, sur l’arrière du Lycée.

 

Un bazooka percute une Panzerspähwagen mal camouflée dans la cour du lycée. Une flamme éblouissante s’en dégage et le véhicule blindé brûle comme une charrette de fagots secs. Un gradé américain, portant un panier d’où émergent des goulots capsulés de vin rouge, distribue 2 bouteilles de vin par véhicule, expliquant qu’un habitant du quartier lui a fait ce cadeau, pour « boire à la santé du président Roosvelt ». Au même moment, 2 brancardiers poussent et tirent une civière sur laquelle repose un soldat américain dont la tête  disparait à demi sous un gros pansement. Les yeux clos, les narines pincées, l’homme parait dans une situation désespérée. Une balle a traversé son casque et s’est plantée dans les os du crâne. En même temps, un SS vient de tirer sur la tête d’un américain, et aussitôt une mare de sang s’élargit et ruisselle en direction du caniveau. Deux rigoles rouge sombre coulent entre les jambes du second et personne, chez les, américains, ne semblent s’apercevoir, du drame.

 

100, peut être 200 SS, bras levés sortent du lycée. Un cadavre allemand, recroquevillé est devant la porte de la cave. Un américain monte aux étages pour inspecter les bagages des Allemands. Les SS ne se privent de rien : pâtés fins en conserves, cartons de bon vin et boîtes de cigares sont éparpillés dans une pièce, et dans les autres voisinent des armes, surtout des mitrailleuses, des caissettes de munitions, des bandes de cartouches et quelques cadavres que les soldats américains fouillent consciencieusement, récupérant Croix de fer, documents et photos. Dans une salle, un médecin SS explique que ses blessés, une quinzaine, allongés côte à côte  sur des couvertures nécessitent des soins urgents.

 

Pourquoi les Américains ne procédèrent-ils pas à une fouille systématique de tous les locaux, cave comprise, du lycée de filles ? Pourquoi n’ont-ils pas été intrigués par le très petit nombre d’officiers qui se rendaient avec les SS ?

 

Si l’Américain avait dégoupillé une grenade pour la balancer devant nous, le Sturmbannfürer Walter Jöckel en personne tombait entre ses mains, et avec lui, les 3 officiers de l’état-major de la 51° Brigade SS dissimulés dans la cave.

 

Les Américains laissèrent les habitants du quartier puiser dans les stocks de vivres, de sous-vêtements et de chaussures.

 

Jöckel et les autres fugitifs profitèrent de l’obscurité et de la joyeuse ambiance régnant chez les vainqueurs pour sortir des caves, puis du corps du bâtiment, traverser les faubourgs de Troyes, franchir la Seine sur les débris d’un pont et disparaître en direction du nord-est.

 

Les évadés tomberont entre les mains d’une patrouille américaine dans les premiers jours de septembre, à quelques kilomètres de Verdun.

 

C’était sur ordre du Sturmbannführer Jôckel qu’eut lieu le massacre de Buchères. En 1952, il rentre chez lui en Allemagne, après six ans de prison à Metz. 

 

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