Mgr Marie-Etienne-Laurent Monnier

 

Marie-Etienne-Laurent Monnier naît le 23 décembre 1847 à Poligny, dans le superbe hôtel du lieutenant-général Etienne Monnier, son grand-père. Son père Edmond, a laissé le « souvenir inoubliable d’un patron profondément chrétien ». Il était chevalier de Saint Grégoire et de la Légion d’honneur, sa mère était née Bathilde de Baudicour. Les Monnier sont une famille aux traditions chrétiennes et profondes où l’amour du passé n’enlève rien à un sens profond du présent. Il commence ses études à Baudin, dans la « Maîtrise blanche » qu’avait organisée son cousin germain, dom Gréa, plus âgé de 20 ans. Il puisa dans cette éducation forte l’énergie qui devait jusqu’au bout le caractériser. Il passa ensuite au Collège Saint-Clément de Metz où il conquit les gardes de bachelier-ès-lettres et ès-science. Il fut admissible à Polytechnique, entra au Séminaire de Saint Sulpice. Il y fut de suite remarqué et ses maîtres le choisirent comme maître de conférences en philosophie et aumônier des pauvres. Il reçut le sacerdoce en septembre 1871, en même temps qu’un jeune diacre de Troyes, auquel il conserva toute son amitié. L’abbé Monnier fut nommé vicaire à la cathédrale de Saint-Claude, où sa bonté lui attira de suite les sympathies. Au bout de 10 ans de vicariat, on lui confia le doyenné de Saint Aubin. En 1894, l’abbé Monnier est proposé comme curé de Poligny, mais le gouvernement ne l’ayant pas agréé, on le fit alors chanoine titulaire du noble chapitre de Saint-Claude. Puis il quitta le diocèse et devint, à Paris, directeur des Prêtres de Saint François de Sales. En 1898, il est nommé archiprêtre de la cathédrale de Saint-Claude. C’était l’heure des expulsions et de la séparation, celle où on faisait le siège de l’évêché en hurlant : « L’évêque à la lanterne ! ». C’était l’heure où l’on saccageait la Cathédrale, où l’on tentait d’incendier ses magnifiques stalles… Laurent Monnier vécut ces heures. En septembre 1907, il est nommé 101° évêque de Troyes. Il  reçoit la consécration le 21 novembre.

 

Fin 1909, Mgr Monnier décide la création d’un « Bulletin paroissial diocésain ».

 

Dès 1910, Mgr Monnier constitue une « Association départementale des pères de famille », pour la défense de la liberté d’enseignement.

 

Lors de la guerre 1914-1918, le coudoiement dans la tranchée entre prêtres, séminaristes, ou laïcs chrétiens et leurs adversaires de la veille, amènera ceux-ci à une meilleure intelligence de leurs concitoyens sous quelque habit qu’ils se présentent. La bonté de Mgr Monnier, y contribuera beaucoup. Il prescrit des quêtes pour venir au secours des soldats blessés, des combattants, des prisonniers. Il institue « l’œuvre du tricot » qui leur fournira des vêtements chauds, il collabore aux initiatives de la Croix-Rouge, mais encore à celles  de la « Ligue des Dames Françaises », sans se préoccuper de son caractère « neutre » et encore moins de sa direction protestante, il visite les hôpitaux militaires et s’impose partout par sa bienveillance souriante et sa compassion effective. En septembre 1914, il ferme les yeux de son frère héros de la guerre le colonel Georges Monnier qui décède à l’évêché de Troyes le 8 septembre. En 1914, Mgr Monnier ouvre, à Ville-sur-Terre, une « Maison de retraite » pour les prêtres, la « Maison Saint-Joseph ». Celle-ci subsistera jusqu’en 1930.

 

Notre évêque s’occupe beaucoup de l’enseignement et de l’éducation : avec lui, l’enseignement primaire n’a pas été interrompu par le retrait des écoles communales aux « Frères des Ecoles Chrétiennes ». Sécularisés, il en forme d’autres : 5 à Troyes qui, en 1911, totalisent quelque 550 élèves. Il y a 10 écoles pour les filles, à Troyes, dont le pensionnat de Sainte-Savine dirigé par les Oblates de Saint-François-de-sales, avec 166 élèves. Une vingtaine d’autres, sont réparties dans le département. Quant à l’enseignement secondaire, il continue d’être représenté par le « Collège Urbain IV », qui a succédé, depuis 1906, à l’ancien « Saint Bernard » et que dirigent des laïcs et des prêtres du diocèse : 102 élèves en 1911. Les Oblates, sécularisées en 1904, avaient ouvert pour la jeunesse féminine, un « Cours Sévigné » de 102 élèves.

 

Parmi d’autres mesures, sous son épiscopat, il réunit un synode en 1923, complété par la publication d’un « Manuel pratique à l’usage des prêtres », petit code du ministère paroissial des plus utiles.

 

Cette même année, Mgr Monnier réunit un « Congrès diocésain des hommes et des jeunes gens », et en 1925, il fonde un « Comité diocésain des réunions d’hommes ».

 

         Mgr Monnier songe aussi aux paroisses rurales. A titres d’exemples, l’année 1919 vit, du 11 au 21 novembre, à Ervy, 300 assistants, dont une trentaine d’hommes, à Auxon, du 18 au 28 novembre, 200 personnes, au Mesnil-la-Comtesse, en décembre, se « trouva un très bel auditoire où les hommes étaient aussi nombreux que les femmes ».

 

         Son Grand Séminaire avait doublé depuis 1920. Il avait également créé un Petit Séminaire où il attirait des jeunes gens originaires d’autres diocèses.

 

         Après la loi de 1905, une reprise des relations diplomatiques eut lieu en 1921. Mgr Monnier constitua en mai 1924, une « Association diocésaine » conforme aux statuts acceptés par le pape Pie IX et reconnus légaux par le Conseil d’Etat. Il rédigea sa lettre pastorale du carême 1924, sur le « Culte de Notre-Dame de la Sainte-Espérance » et participa au pèlerinage de Mesnil-Saint-Loup. Au mois de novembre, il publie un tableau des missions à donner dans la ville de Troyes et dans les paroisses rurales durant la période décennale à dater du 1er janvier 1925.

 

A 79 ans, il sillonne encore les routes de France pour assister à toutes les cérémonies de famille, conférer un baptême, bénir un mariage ou présider une première messe.

 

         Jusqu’à la fin, chaque jour, et sans y manquer une seule fois pendant ses 56 ans de prêtrise, il dit sa messe.

 

         Il s’éteint doucement, le 7 juillet 1927. Même les journaux socialistes de Saint-Claude et de Troyes relatent alors des regrets unanimes. 

 

        Il ordonna 71 prêtres, mais il y eut 157 décès de prêtres !