Les Evêques influents


Mgr Guichard


 

 Le récit ci-dessous peut choquer certains lecteurs, mais, ce n’est qu’un résumé des archives du vatican.

            Guichard naît à Villemaur, au milieu du XIII° siècle. Sa maison, hantée du démon, est exorcisée par l'évêque de Troyes, Nicolas de Brie.

          Il est élevé dans l’état monacal. En 1273, il est prieur de Saint-Ayoul de Provins.

Le bruit court alors qu’il a empoisonné son prédécesseur pour en recueillir la dignité. Dix ans plus tard, il est abbé de Montier-la-Celle, monastère le plus riche de Champagne et de Navarre.

Il entre dans les bonnes grâces de la jeune héritière de la Champagne et de la Navarre, Jeanne qui, en 1285, épouse Philippe le Bel et devient reine de France.

En 1297, les chanoines de Troyes le choisissent pour évêque. Il prend possession de son diocèse, comme un être atroce. Il fait assassiner un curé qui le gêne, fait mourir de froid et de faim dans un cachot deux pauvres diables dont le seul crime est d’avoir joué aux dés, pend ceux auxquels il ne peut soutirer de sérieuses sommes, se montre parjure et larron de biens, usurier manifeste et faussaire, et ses mœurs sont à l’avenant. Il entretient publiquement Jacquette de Vinets, la femme d’un boucher de Provins, qu’il rosse d’ailleurs à tour de bras et il est de plus accusé de " sodomite, bougre et mécréant en la foi car quand il chante la messe, il tient le corps de Notre-Seigneur en sa bouche, sans user et le recrache ". Tout le pays l’exècre, mais sa puissance à la cour est telle, que personne n’ose se plaindre.

Un chanoine de Troyes, receveur des revenus de Blanche, reine douairière de Navarre, met imprudemment les revenus dans sa propre tirelire. Il est arrêté et confié à la garde de son évêque. Il s’enfuit à Rome et y vit bien à son aise.

Guichard est accusé d’avoir ouvert pour de l’argent, au chanoine indélicat, la porte de sa prison. Le chanoine avoue qu’il lui a donné 400 florins d’or et des joyaux pour sa délivrance.

La reine de Navarre et la reine de France, exaspérées par cette trahison, le renient, le rendent responsable des escroqueries du clerc fugitif, et le font chasser du conseil du roi.

L’évêque les hait et dit devant témoins : " Je serai bientôt vengé d’elle (la reine Blanche) et cela ne tardera pas ". Son désir se réalise en mai 1302. La reine de Navarre meurt et elle est à peine refroidie que son visage éclate. Les médecins ne comprennent rien et le bruit se répand que Guichard l’a fait empoisonner. L’enquête démontre que l’évêque a commandé à un apothicaire une drogue qui a été mélangée à une purée servie à la reine par un écuyer qu’il a soudoyé.

Trois ans après, la reine de France âgée de 32 ans décède d’un mal inconnu. En 1308, un ermite avoue en confession qu’à l’époque où la reine trépassa, Guichard était venu plusieurs fois la nuit dans son ermitage de Saint-Flavit, avec un moine, et y rencontrèrent une sorcière et une accoucheuse. Le frère modèle dans la cire une statue de femme et selon le rite de l’église, Guichard la baptise lui donnant le nom de Jeanne. La sorcière l’approche du feu et la pique plusieurs fois à la tête disant : " Celle pour qui ceci est fait, cette semaine n’aura pas sa tête ". Cela est renouvelé plusieurs fois. L’évêque trouvant que l’envoûtement n’agit pas assez vite, brise la statuette, la foule aux pieds criant : " Emporte-la, de par le diable ! ", et la jette au feu.

Presque aussitôt, la maléficiée meurt et Guichard jubile : " Grâce à Dieu, je me suis vengé d’elle et je me vengerai bien encore de quelques autres ! ".

Il retourne à l’ermitage de Saint-Flavit et prépare un poison violent, destiné aux fils et au frère du roi. De nombreux témoins affirment " qu’il a commerce habituel avec le diable ".

Le pape Clément V le fait arrêter et interner dans la tour du Louvre. Lors du procès, d’autres crimes sont reprochés à l’évêque : assassinats, simonie, faux en écritures notariées, subornations de témoins, hérésie, sorcellerie, alchimie criminelle, fausse monnaie, prêtre bigame ordonné par lui, usure…

L’enquête dure 1 an ½ et est close quand le pape réclame le prisonnier qui arrive en 1311 à Avignon. Là, Guichard est libre et vit à la cour pontificale. Son innocence est reconnue, le clerc, au pied de la potence, rétractant ses accusations. Un autre scélérat près d’être pendu assure qu’il est coupable avec d’autres complices, des faits dont l’évêque de Troyes est accusé.

Cependant une preuve de sa culpabilité existe dans un document retrouvé aux Archives nationales, lettre de Guichard à l’apothicaire qui se termine par : " mettez cette lettre au feu quand vous l’aurez lue ".

De toutes façons, l’évêque est bien l’inspirateur du crime, la mort de Jeanne de Navarre est bien son œuvre, œuvre de vengeance personnelle.

L’archevêque de Sens excommunie Guichard, mais Clément V, avant de mourir, le transfère à un évêché en Bosnie (où il n’a jamais été).

Lors de son décès en 1317, il est enterré dans notre cathédrale.

La conclusion de ce grand procès, l’acquittement de l’accusé par sentence papale, est assez extraordinaire.

Il est évident que Guichard a été la victime d’une machination impitoyable qui ressemble singulièrement à celles lancées contre les templiers.

Il est certain que l’évêque de Troyes eut pour lui l’opinion populaire et bourgeoise.

  

 

 

 

 

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