Evêques influents



Denis-François Bouthillier de Chavigny


     Le neveu de Mgr François Bouthillier qui lui succéda, était le fils d’Armand-Léon Bouthillier, comte de Chavigny, seigneur de Pont-sur-Seine, maître des Requêtes, puis conseiller au Parlement et d’Elisabeth Bossuet.

 

Appelé tout d’abord « l’abbé de Chavigny », Docteur de Sorbonne, vicaire général de son oncle, et archidiacre de Sézanne, abbé de Basse-Fontaine, de Saint-Loup de Troyes, d’Oigny et de Vauluisant, prieur de Marnay, il fut proposé à Rome dans un consistoire par le cardinal Bouillon, et obtint ses bulles le 10 mars 1697. Pour implorer le secours de Dieu à son entrée dans l’épiscopat, il chargea M. Vinot, doyen de la cathédrale et son grand-vicaire, de publier un mandement par lequel il donnerait avis que le jour de son sacre était fixé au 20 avril 1697, et d’inviter tous les diocésains à prier Dieu qu’il lui donnât toutes les grâces nécessaires pour bien gouverner son diocèse. Au commencement de l’année suivante, il prit possession par son procureur à cet effet, M. de Chavaudon, chanoine, archidiacre d’Arcis et abbé de Notre-Dame de Mores (abbaye de Celles-sur-Ource), assisté des doyens de Saint-Etienne et Saint-Urbain. Après avoir reçu la députation du chapitre à Pont-sur-Seine, le nouvel évêque vint à Troyes, où il ne fit pas d’entrée solennelle comme anciennement, mais il se contenta de prêter son serment entre les mains de Mlle d’Estampes, grande prieure, l’abbesse désignée n’ayant pas encore ses bulles. Lorsque le nouveau prélat vint se faire installer à la cathédrale, il y eut beaucoup de difficultés entre le chapitre et Mgr Imbert, archidiacre de Sens, à qui appartenait, en cette qualité, le droit d’installer les évêques de la province. Cet archidiacre voyant « qu’on lui faisait violence » se retira, et le doyen fit lui-même la cérémonie. Le lendemain on s’attendait à un procès, mais on remit le différend aux jugements de deux avocats qui décidèrent que le droit de l’archidiacre de Sens était incontestable. L’affaire n’eut pas plus de suite, et la délibération des avocats termina toutes les difficultés.

 

Le 4 décembre, Mgr de Chavigny envoya à tous les ecclésiastiques de son diocèse une « lettre pastorale pour confirmer les statuts de son oncle et ordonner en particulier l’exécution de quelques uns des plus importants. Au mois de mars suivant, il bénit à la Visitation le nouvel abbé de la Piété en présence de son oncle et des abbés prieurs de l’ordre de Citeaux.

 

Le livre des « maximes des saints » de Mgr de Fénelon, archevêque de Cambrai, venant d’être condamné, Mgr l’évêque de Troyes reconnut dans la constitution du Pape la voix du chef de l’église, en en vertu des lettres patentes du roi, il donna un mandement d’adhésion qui fut publié dans toutes les églises du diocèse, afin d’empêcher la lecture de ce livre.

 

         On parlait alors de réunir à l’évêché le prieuré de Notre-Dame-en-l’Isle, possédé par les chanoines réguliers du Val des Ecoliers. Ce changement parut aux Jésuites une occasion favorable pour reprendre le projet de leur établissement dans Troyes, en faisant aux habitants des propositions avantageuses. Ils se présentèrent au conseil pour en obtenir des lettres, mais on leur demanda la requête des habitants à cet effet, et n’ayant pas pu la montrer, ils furent déboutés de leur demande, et le prieuré fut réuni à la manse épiscopale pour en augmenter les revenus.

 

Mgr de Chevigny fut député à l’assemblée générale du clergé pour aller haranguer la reine d’Angleterre à qui Louis XIV avait donné un asile à Saint-Germain-en-Laye. 

 

Pendant son absence et celle de son oncle, le plus fâcheux événement jeta les Troyens dans la consternation. La nuit du 7 au 8 octobre, le tonnerre tomba sur la cathédrale, dont il brûla le clocher et où il fit les plus grands ravages. On envoya à Pont-sur-Seine où étaient les deux prélats, un messager pour leur annoncer cette fatale nouvelle. A la vue du désastre, M. de Chevigny ordonna des prières publiques pour remercier Dieu de ce qu’il avait préservé l’église. Il alla lui-même avec des députés du chapitre se présenter au roi pour obtenir des secours que le prince accorda à sa recommandation.

 

         Les contestations sur le Jansénisme s’étaient renouvelées, et le pape Clément XI, venait de donner la bulle « Vineam Domini Sabaoth », qui fut envoyée en France. Le roi la remit à l’assemblée du clergé qui y reconnut la doctrine que le clergé de France avait toujours suivie. Sa Majesté exhorta les évêques à la faire exécuter dans tous les diocèses, et Mgr de Chavigny la fit publier à Troyes par un mandement daté du 2 novembre. Il donna cette même année, un catéchisme pour remplacer celui de Mgr Malier dont les exemplaires étaient rares et le langage suranné. Ce fut celui le plus à la portée des enfants.

 

Mgr de Chavigny convoqua un synode pour le 18 mai. Il établit des assemblées de doyenné appelées « calendes », pour lesquelles il donna un règlement, et qui se tinrent pour la première fois le 3 mai 1707, au séminaire. Il supprima quelques fêtes chômées à l’imitation de son oncle qui en avait déjà retranchées quelques unes en 1688. Le 3 mai 1707, à la fin de la « calendes », Mgr de Chavigny fit sortir tous les ecclésiastiques, à l’exception des curés. Il fit à quelques uns des reproches sanglants sur leur conduite, il en condamna même au séminaire les uns pour 8 jours, les autres pour 1 mois, d’autres pour 3 ou 6 mois, ce qui le fit blâmer dans Troyes, où il fut accusé d’indiscrétion.

 

         L’abbé de Saint-Loup, simple tonsuré, âgé de plus de 80 ans, voulut se démettre de son abbaye. Mgr de Chavigny pensa à se la procurer et même à la faire unir à l’évêché. Le roi l’y nomma le jour de l’assomption.

 

         Notre évêque fut consulté sur un événement extraordinaire. Une muraille du couvent de Foissy étant tombée, les religieuses profitèrent de cette occasion pour se « procurer de la société ». On vint les voir en foule, on entra librement partout, on chanta des chansons peu décentes, on proféra toutes sortes de «  paroles sales », de sorte qu’un religieuse voulant y mettre de l’ordre, reçut un soufflet pour récompense de son zèle. On demanda à Mgr de Chavigny si les coupables étaient excommuniés. Il répondit que cela n’était marqué dans aucun statut, mais que néanmoins, il fallait leur imposer une forte pénitence.

 

         En 1711, il prit possession du prieuré de Notre-Dame-en-l’Isle, uni à l’évêché.

 

         Le pape Clément XI venait de donner en 1713 la bulle « Unigenitus » contre le livre du P. Quesnel et les Jansénistes. Le clergé de France s’assembla pour en décider l’acceptation. Mgr de Chavigny fut un des acceptants, et sa signature se trouve parmi celles des 40 évêques, en 1714. Son oncle parut le blâmer d’avoir signé, mais il donna pour toute réponse qu’il y avait 39 évêques à l’assemblée, et que lui faisait le quarantième.

 

M. l’ancien évêque, son oncle, devenu conseiller de la régence à la mort de Louis XIV, chercha l’occasion de faire passer son neveu à un siège plus considérable. Elle se présenta peu de temps après. Mgr Fortin de la Hoguette mourut le 28 novembre et laissa vacant le siège archiépiscopal de Sens. A la supplication de Mgr Bouthillier, le régent y nomma Mgr de Chevigny, et pour l’évêché de Troyes, M. de la Croix de Castries, grand archidiacre de Narbonne, premier aumônier de la duchesse de Berry et d’une des plus illustres familles du royaume, qui n’accepta pas. « On jeta alors les yeux » sur M. Bossuet, cousin germain de Mgr de Chavigny, neveu du grand Bossuet et archidiacre de Meaux. MM. de Bouthillier et de Chavigny se rendirent ses protecteurs, et le firent nommer à l’évêché de Troyes. Un nouveau bréviaire fut imprimé en août 1717.

 

         Mgr de Chavigny reçut ses bulles pour l’archevêché de Sens. Il écrivit de Pont-sur-Seine, au chapitre de Troyes, qu’il remettait entre les mains des chanoines le « dépôt que la providence lui avait confié, et qu’ainsi, ils devenaient chargés du gouvernement du diocèse ». Il témoigna dans sa lettre « qu’il se séparait, avec beaucoup de peine, d’une église qu’il révérait infiniment… ».

 

Mgr de Chavigny mourut à Sens le 9 novembre 1730, âgé de 65 ans.

 

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