Les Evêques de Troyes



Jacques-Bénigne Bossuet


         La vacance du siège de D.F. Bouthillier de Chavigny, LXXXVIII° évêque de Troyes, ne fut pas de longue durée. Les bulles de M. Jacques-Bénigne Bossuet (cousin germain de son prédécesseur) qui avaient été retardées à cause des affaires de la constitution, furent expédiées le 27 juin 1718.

 

Dès qu’il les eut reçues, il les adressa au chapitre de Troyes avec une procuration à M. le Fèvre, archidiacre et grand-vicaire pour la prise de possession, et une lettre par laquelle il avertit que son sacre était fixé au 31 juillet. Cette cérémonie se fit dans la grande chapelle de l’archevêché de Paris, par le cardinal de Noailles, assisté des évêques d’Auxerre et d’Avranches.

 

Le nouvel évêque de Troyes était le fils de Louis Bossuet, maître des requêtes, neveu et filleul du grand Bossuet, évêque de Meaux. Il fut élevé sous les yeux de son oncle qui l’envoya à Rome (Jacques-Bénigne était conseiller du roi) pour y suivre la condamnation du Quiétisme (doctrine mystique), obtint pour lui l’abbaye de Saint-Lucien de Beauvais, et le fit chanoine, archidiacre de Meaux et son grand-vicaire.

 

La réputation que M. Bossuet s’était acquise et le nom qu’il portait « le firent désirer dans Troyes ». Les citoyens allèrent au-devant de lui et l’amenèrent dans la ville comme en triomphe.

 

Le jour de son installation, le 11 novembre, il se transporta à l’abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains, où l’attendaient des notaires et autres témoins pour recevoir son serment. Le prélat étonné demanda ce que signifiait cet appareil, mais ayant appris qu’on se disposait à recevoir son serment comme avaient fait ses prédécesseurs, il dit d’un ton grave et sérieux aux abbesse et religieuses : « Je suis votre supérieur. En cette qualité, il ne me convient pas de faire de tels serments, je ne sais ce que c’est que vos privilèges. Je souhaite les voir et m’instruire avant que de rien faire. Je viens pour vous témoigner l’affection que je vous porte et l’estime que j’ai pour vous, je m’en vais entendre la messe, et après je vous donnerai ma bénédiction ». Après la messe, M. l’évêque se disposa à donner la bénédiction. Mais, comme il n’avait pas voulu prêter le serment accoutumé, les religieuses fermèrent leur grille et se retirèrent.

 

Le même jour, après midi, on procéda à l’installation. L’abbesse de Notre-Dame protesta pour conserver ses droits, mais ses protestations  n’empêchèrent pas de continuer. Le prélat fut mis en possession personnellement par MM. François Comparot, doyen, et Louis-Guillaume de Chavaudon, grand archidiacre, et installé par le célerier (titre dans certain monastère) de l’église de Sens, fondé de procuration du grand-archidiacre de cette métropole à qui ce droit appartient.

 

Après toutes ces cérémonies d’usage, M. Bossuet « s’appliqua tout entier à la conduite de son troupeau ». Il commença par soutenir les conférences ecclésiastiques, puis il entreprit les visites du diocèse. Ce pontife regarda la jeunesse « comme la portion la plus précieuse dont il devait tirer un jour de pieux ecclésiastiques ». Il fit faire par les Oratoriens du collège une mission en faveur des écoliers et des jeunes enfants de Troyes. Le petit séminaire mérita toute son attention. Il donna une lettre pastorale et ordonnance touchant l’éducation des  jeunes gens qui s’y destinent à l’état ecclésiastique, et promis une faveur spéciale envers ceux qui y seraient élevés. Enfin, il donna un règlement pour les conférences des clercs qu’il établit dans son diocèse, et qui tinrent le petit séminaire.

 

Il rendit une ordonnance pour faire garder la clôture dans tous les couvents, dont quelques religieuses sortaient au mépris de toutes les défenses.

 

Il réunit un synode en juin 1719, dont les statuts furent publiés aux prônes des paroisses et affichés aux églises et aux carrefours des rues, ce qui ne s’était jamais fait.

 

Il faisait de temps en temps des visites en différentes églises. Dans celle qu’il fit à la Madeleine, il proposa d’ériger cette paroisse en cure, comme il avait fait à Saint-Pantaléon et à Saint-Nicolas. Mais il rencontra trop d’oppositions, et cette église demeura succursale de Saint-Remi.

 

M. Bossuet se distingua d’une manière particulière dans l’assemblée générale du clergé de France de 1725. Les évêques voulaient faire dresser, en faveur de la bulle « Unigenitus », un formulaire que l’on ferait signer par tous les ecclésiastiques du royaume, sous peine de privation de leurs bénéfices. Indigné d’une telle proposition, M. Bossuet s’y opposa de toutes ses forces et montra une telle résistance, que ce formulaire projeté n’eut pas lieu, et que la hardiesse de cette action lui mérita l’estime de la capitale et de la province. A son retour à Troyes, il en fut complimenté par le chapitre de la cathédrale qui lui dit que « le diocèse et tout le clergé de France lui avaient fait obligation de ce qu’il avait fait à l’assemblée générale ».

 

Il travailla beaucoup à rassembler les manuscrits des ouvrages du grand Bossuet, son oncle, pour les donner au public : « La politique tirée des propres paroles de l’écriture », « Les élévations à Dieu sur tous les mystères de la religion chrétienne ». Quoique ce dernier ouvrage, eût été reçu du public avec empressement, les Jésuites entreprirent de le dénigrer. Notre prélat se pourvut en justice contre eux, et la cour rendit un arrêt en sa faveur, contre les Jésuites qui furent obligés d’avouer leur défaite. Des journalistes voulurent imiter les Jésuites, contre le livre des « Méditations sur l’Evangile » qui parut en 1711. Les journalistes furent obligés de se taire, et ces ouvrages restèrent au grand Bossuet et ont été applaudis par tous ceux qui se connaissent en matière de doctrine.

 

En 1730, M. de Tourouvre, évêque de Rodez, ayant abandonné la supériorité des religieuses bénédictines du Calvaire, madame de Coëtquen, supérieure générale, choisit pour le remplacer M. l’évêque de Troyes, dont elle connaissait les sentiments. M. Colbert, évêque de Montpellier, l’un des supérieurs de cette maison, en félicita la supérieure et en écrivit une lettre de congratulations à notre évêque.

 

M. Bossuet continua de publier les œuvres posthumes de son oncle : « Traités du libre arbitre et de la concupiscence », « De l’amour de Dieu dans le sacrement de pénitence »…

 

         Il composa un nouveau missel imprimé en 1733.

 

         M. Bossuet âgé, accablé par le poids des années et par le nombre de ses infirmités, se résolut à quitter son évêché et l’annonça à ses diocésains le 3 avril 1742. Monsieur Matthias Poncet de la Rivière, neveu de M. Poncet évêque d’Angers et grand vicaire de Seez, fut nommé pour successeur de M. Bossuet.

 

Jacques-Bénigne Bossuet décéda à Paris le 12 juillet 1743. Il était âgé de 82 ans et fut inhumé aux Feuillants, sépulture de sa famille. Un service solennel eut lieu à la cathédrale de Troyes, « avec un grand concours de tous les corps et états de la ville ». Les curés, dans l’annonce de leurs services, « firent l’éloge du prélat et rendirent à sa mémoire ce qui lui était dû ».  

 

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