Les Evêques influents



Jean-Baptiste Blampoix, évêque schismatique de l’Aube.


Eglise St Pierre de Vendeuvre sur Barse
Eglise St Pierre de Vendeuvre sur Barse

La loi du 9 décembre 1905, en séparant les Eglises de l’Etat, a inauguré dans l’histoire religieuse de la France une période nouvelle.

 

Grâce à la Révolution, le clergé français ne formait plus un ordre de la nation, ses prérogatives, ses privilèges avaient été emportés par la rafale révolutionnaire et ses biens confisqués au profit de l’Etat. La Constituante entreprit d’établir ce clergé diminué, amoindri, dépouillé, « sur des bases nouvelles ». L’éloquent Mirabeau avait proclamé : « Tous les membres du clergé sont des officiers de l’Etat, le service des autels est une fonction publique ».

 

Votée le 12 juillet 1790, la Constitution civile du clergé partageait la France en 83 diocèses nouveaux correspondant aux 83 départements récemment créés et statuait qu’à l’avenir les évêques et les curés seraient élus, tout comme les députés et les fonctionnaires. Les évêques ainsi choisis par le suffrage des citoyens n’auraient plus besoin, comme sous l’ancien régime, de demander au pape leurs bulles de confirmation. Ils n’étaient tenus que de l’avertir de leur élection, en lui adressant de simples « lettres de communion ». L’évêque et le curé se trouvaient donc en réalité transformés en fonctionnaires de l’Etat et l’Eglise nationale se trouvait établie.

 

Après avoir refusé longtemps de sanctionner la Constitution civile, sous prétexte qu’on n’avait pas consulté le pape, Louis XVI finit par s’y résigner, le 24 août. Immédiatement, dans les rangs du clergé, la résistance à la constitution civile s’organisa. Force fut à l’Assemblée Constituante de préparer des mesures coercitives. Un décret, en date du 27 novembre 1790, enjoignit  aux évêques, aux curés et autres « ecclésiastiques fonctionnaires publics » de prêter serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi et d’obéir à la Constitution. Ceux qui s’y refuseraient devraient démissionner immédiatement, sous peine d’être poursuivis comme perturbateurs de l’ordre public. Six évêques et environ un tiers environ du bas clergé prêtèrent serment. 46.000 prêtres, groupés autour de 130 évêques, s’y refusèrent. Dès lors, l’Eglise de France se trouva scindée en 2 camps irréconciliables : celui des « assermentés, constitutionnels, jureurs ou intrus » et celui des « insermentés » ou « réfractaires ». Ces frères ennemis se disputèrent les fidèles et se firent une guerre impitoyable. Notre département eut, comme les autres, son clergé constitutionnel.

 

Augustin Sibille (curé de Saint-Pantaléon depuis 1750), premier évêque constitutionnel de l’Aube, étant décédé le 11 février 1798, il faut, pour donner un évêque au siège devenu vacant, constituer un « presbytère ». Celui-ci est tout ce qu’il y a de plus illégal à tous points de vue. Il n’existe en fait, que pour ceux qui l’ont constitué. Jean-Baptiste Blampoix se donne, ou se fait donner la présidence de ce presbytère qui se compose de 10 curés assermentés. Le 29 Messidor an VI (17 juillet), le presbytère adresse une circulaire prescrivant l’élection d’un évêque. Les candidats sont cette fois : Blampoix et Buget (né aux Riceys, docteur en Sorbonne, curé aux Riceys, élu député du clergé du Bailliage de Bar-sur-Seine). Le successeur est donné en la personne de Jean-Baptiste Blampoix (né le 16 octobre 1740), qui, après avoir professé la philosophie au collège de Mâcon, est pourvu, en 1774, de la cure de Vendeuvre-sur-Barse.

 

Les autorités de la ville de Troyes ne reconnaissent pas ce presbytère qui s’est formé contre les lois. Aussi, elle a recours aux évêques de Paris, qui forment un concile. Blampoix est élu dans une réunion tenue sous sa présidence.

 

Le nouvel élu est sacré le 4 novembre 1798 à Notre-Dame de Paris, et est immédiatement en butte à l’hostilité des prêtres réfractaires de son diocèse et de leurs fidèles.

 

Blampoix se met de Vendeuvre, en devoir de préparer l’opinion à son épiscopat. Il se fait alors remarquer par sa mauvaise foi (il s’efforce de démontrer la nullité des « Brefs » du Pape du 10 mars et 13 avril 1791 et 19 avril 1792). Il fixe à Vendeuvre le centre de son administration, et c’est de là qu’il adresse sa première lettre épiscopale « où l’on peut apprécier l’hypocrisie tour à tour doucereuse et violente de l’auteur ».

 

L’administration locale réagit contre l’intrus et décide que « le citoyen Blampoix sera arrêté et conduit à la maison de réclusion ». L’ex curé de Chesley, le président Raverat considère le condamné plutôt comme un homme ambitieux que dangereux, et ne donne pas l’ordre d’incarcération. Tous les catholiques le méprisent ainsi que la plupart des constitutionnels.

 

« La guerre que lui firent certains catholiques fut impitoyable et excessive ». Blampoix dut subir des tracasseries inimaginables de la part des catholiques partisans des réfractaires. Durant toute la durée de son épiscopat, il fut abreuvé d’humiliations de toutes sortes. Il était depuis plus de 3 ans « évêque du département de l’Aube par la providence divine et l’élection du peuple », quand fut signé, le 9 février 1801, le traité de Lunéville. Après avoir invité « tous les Français, ou froissés par des pertes de bien ou de dignité, ou divisés par des opinions inconciliables, à oublier tout en ce beau jour ». Blampoix ordonnait que le 25 mars, il serait chanté en la cathédrale de Troyes un Te Deum solennel auquel il invitait les autorités.

 

Les administrateurs de la cathédrale, adversaires irréductibles du clergé constitutionnel, déclarèrent tout net « qu’ils n’avaient point appelé et qu’ils ne connaissaient pas le citoyen Blampoix pour ministre de leur culte », et qu’ils réclamaient l’exécution pleine et entière de l’arrêté préfectoral du 21 Brumaire an IX qui leur accordait l’entière disposition de l’église en question. Le préfet Bruslé sentit immédiatement la gravité de ce refus et prévit aussitôt le choc qui allait certainement se produire, lors de l’arrivée de Blampoix à la cathédrale. Aussi résolut-il d’empêcher tout conflit en interdisant à l’évêque constitutionnel de paraître à l’église Saint-Pierre. « Dans ces circonstances, écrivit-il au maire de Troyes, notre devoir est de prévenir les troubles que ces contestations pourraient exciter et de continuer à maintenir dans la commune de Troyes la tranquillité dont elle a le bonheur de jouir… Vous voudrez bien, en outre, prendre les mesures de précaution de police pour que le 4 Germinal, il n’y ait point de rassemblement dans les environs de l’église de Saint-Pierre et de troubles dans son intérieur. Je vous autorise même, si le cas l’exige, à faire fermer ce jour-là cette église… ». Bruslé adressa en outre à Blampoix une lettre lui interdisant de paraître en l’église Saint-Pierre.

 

Un groupe de citoyens « les plus notables », adressent alors aux consuls une protestation où ils demandent la « destitution de Blampoix, et l’ordre de rendre l’église Saint-Pierre au culte catholique ».

 

Blampoix intrigue avec Fouché, ministre de la police nationale, et le 10 Germinal arrive à la préfecture un courrier du ministre de la police générale ordonnant au Préfet de mettre la cathédrale « à la seule disposition du citoyen Blampoix, évêque constitutionnel de l’Aube ».

 

Le préfet prend un arrêté et le notifie au maire et aux « administrateurs du temporel de l’église Saint-Pierre », qui décident d’obtempérer aux ordres reçus, mais retirent de la cathédrale « une partie des objets mobiliers, qui leur appartenaient », et qu’ils lui renvoient les clefs de la cathédrale. Blampoix exulte et publie une convocation dithyrambique aux fidèles catholiques de Troyes, glorifiant le Gouvernement, et accusant le maire. Mis au courant, le maire de Troyes Paillot de Loynes, et ses adjoints rédigent une protestation indignée : « … Général Premier Consul, les magistrats de la ville de Troyes doivent à leurs concitoyens outragés de repousser sur-le-champ ces impostures… La prétention d’un prêtre, curé d’un village à 7 lieues de Troyes, est venue troubler l’heureuse tranquillité de notre ville… ». Malgré cela, le 19, l’évêque constitutionnel recevait les clefs de la cathédrale et le 22 il y célébra les cérémonies de son culte.

 

Quelques jours après on vit circuler partout, un petit pamphlet d’une douzaine de pages, intitulé « Le Loup devenu berger », satire virulente des moeurs de l’évêque Blampoix. Il y était affirmé que Marion, sa chambrière, était sa concubine.

 

A l’occasion de la paix avec l’Angleterre le 1er octobre 1801, les vicaires généraux de Mgr de Barral prescrivent un Te Deum à la Cathédrale. Cette fois, Blampoix comprend que la lutte devient impossible, et il se renferme dans le silence. Le Consulat met fin à son épiscopat et à ses tribulations. Il donne le 21 février 1802, sa démission d’évêque de l’Aube, comme le demande l’Empereur, car il ne peut pas faire autrement, et, pendant que Marc-Antoine de Noë prend paisiblement possession du siège épiscopal de Troyes le 30 mai 1802, il s’en va, simple curé de campagne, comme auparavant, « paître ses ouailles ! ».

 

En novembre 1802, il devient curé d’Arnay-le-Duc (diocèse de Dijon), et finalement, il se retire à Mâcon, sa patrie, après s’être réconcilié avec l’Eglise. Il est présenté au Pape Pie VII lors de son passage en cette ville en avril 1805, et, après un entretien assez long, le Souverain Pontife le prend paternellement dans ses bras.

 

Il meurt subitement le 18 juin 1820, repentant et consolé.

 

 

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